Par Zied Ben Amor*

Personne ne doute de la grande expérience politique du 1er Ministre du gouvernement de transition Monsieur Beji Caied Sebsi. Néanmoins, le débat télévisé du 08 May 2011 a révélé certains aspects qui méritent, à mes yeux, l’analyse et la réflexion. Je voudrais partager, par conséquent, les points suivants avec le citoyen Tunisien quant aux révélations de Mr. Sebsi et aux réactions des journalistes:

– Sur le plan de la forme et malgré l’aisance habituelle de Mr. Sebsi, le ton utilisé par le Premier Ministre n’est pas propre à sa fonction (je reviendrai sur ce point dans un article futur).

– J’ai constaté dans les propos de Mr. Sebsi un message qui porte des accusations contre des journalistes et des partis politiques sans nommer les choses par leurs noms ni donner plus de précisions. Nous sommes donc toujours dans le flou et les imprécisions. Quelle est la différence, en l’absence de preuves, entre les insinuations de Mr. Sebsi à propos de certains partis politiques et celles de Mr. Rajhi à propos de l’armée etc. ? Quelle est la différence entre ces mêmes insinuations et celle de ZABA lorsqu’il avait parlé des terroristes cagoulés ? Faute de précisons, je me permets de demander jusqu’à quand va-t-on nous faire avaler la pilule des ennemis qui complotent contre la sureté de l’Etat ?

Je crois qu’un haut responsable, pour honorer son contrat moral avec les Tunisiennes et les Tunisiens, est dans le devoir d’être précis en désignant les coupables par leurs noms. (Là je m’étonne qu’aucun journaliste ne demande de précisions et essaie de le mettre devant la responsabilité de ses propos).

– Je signale la passivité des journalistes lorsque Mr. Sebsi a affirmé qu’il est le seul à gouverner. Ils auraient du lui rappeler, que même en cette période de transition, la marche vers la démocratie nécessite au moins la présence de deux pouvoirs : Le judiciaire et l’exécutif et cela est pour le bien de toutes les instances du pouvoir et l’intérêt général du pays. La présence de deux pouvoirs indépendants et séparés contribueraient a limiter la crise de confiance chez les Tunisiens.

– «Le prestige de l’Etat », une expression que Mr Sebsi apprécie particulièrement, ne passe que par une garantie maximale des piliers de l’Etat. Or Mr Sebssi, en parlant de l’Etat, ne désigne que le gouvernement. Néanmoins, le concept de l’Etat est beaucoup plus complexe que celui présenté pour le 1er Ministre du gouvernement de transition et je reviendrai sur ce point dans un article que je publierai très bientôt.

– J’ai été choqué par la stipulation de Mr Sebsi qu’il existe un vrai risque d’interruption de salaires le mois prochain et encore plus surpris de l’absence des réactions des journalistes :

Sur quels critères avance-t-il ces propos ? A partir de quels chiffres ? Pourquoi ne précise-t-il pas ses références ? Il est indéniable que l’économie souffre surtout dans le secteur du tourisme. Mais l’industrie fonctionne à plus de 90%. L’agriculture est en pleine expansion. Nos exporations de pétrole, de phosphate et de gaz naturel continuent à être effectuées d’une façon ordinaire. Il y a également les prêts donnés par les USA et la CEE. D’un autre coté, un Premier Ministre doit rassurer plutôt que de semer la panique et l’incertitude. Faute de chiffres précis et d’un bilan réel, j’ai le sentiment que nous ne sommes pas loin des méthodes de l’ancien système lorsqu’il s’agit de faire peur aux citoyens. A ce gouvernement de dissiper ces craintes alors !

-Pas de réponse convaincante quant aux différentes affaires (Kasserine. Le Kef, Siliana et les fuites des prisons mais aussi les responsables des assassinats de plus de 230 martyrs.).

– Un laxisme étonnant de la part des journalistes mais aussi un sous-estime, voire même, un dédain de la part de Mr. Sebsi quant au droit à la manifestation pacifique. Il aurait pu par exemple essayer de proposer une façon constructive pour organiser les manifestations et contribuer à introduire une culture de manifestation (un travail en commun entre les manifestants et la police, la création de service d’ordre, se mettre d’accord sur les lieux des manifestations etc.)

– Minimiser les répressions policières et trouver des prétextes pour la violence sanglante dont furent des journalistes et des civils à l’Avenue Bourguiba et à Siliana sans éclairer l’opinion publique à propos des enquêtes ni les démarches à entreprendre pour éviter les dérapages dans le futur.

– Des fausses prétentions à propos de la liberté de la justice. J’ai été déçu de ne voir aucun journaliste tenter de lui démontrer que la justice est sous tutelle.

– Le fait qu’il a mentionné l’emprisonnement d’Habib Achour comme exemple et la façon dont il avait évoqué cet acte scandaleux et encore une fois la passivité des journalistes face à ce dérapage.

Nous voulons construire une vue solide pour l’avenir. Nous voulons vraiment réussir la construction d’un projet démocratique pour le pays. Nous souhaitons réussir des élections démocrates. Cette façon de faire n’est pas la meilleure pour la Tunisie. Sans autocritique, sans vouloir écouter la société civile, sans un vrai débat et sans journalisme pertinent, précis et percutant les choses risqueraient de s’empirer.

*Maitre Assistant à la faculte des Lettres et des Sciences Humaines de Sousse