Nous vivons depuis la date mémorable du 23 octobre 2011, premier jalon d’élections démocratiques et pluralistes en Tunisie, suspendus au rythme et au pouls de l’ANC, l’Assemblée Nationale Constituante élue, qui devrait porter la pays vers une Constitution en rupture avec le passé, garante de la liberté, de la dignité, de l’égalité des droits pour l’ensemble des catégories sociales, spécialement celles les plus défavorisées.

Or, pendant que les deux commissions de l’ANC, conduites par le parti classé premier des élections, mais non majoritaire Ennahdha, et les deux partis “satellites”, le CPR et Le FDTL (Ettakatol), continuent à se focaliser sur la répartition des pouvoirs et des attributions, au risque de faire imploser la Troïka, et après qu’Ennahdha ait dévoilé ses intentions “primaires” d’autocratie, deux ou trois étudiantes de la Faculté des Lettres et des Arts de Manouba, provoquent un tollé général à cause du Niqab, qui s’est vu propulser comme LA priorité des priorités, éclipsant tout le reste de l’actualité nationale.

Les actions et les réactions en chaine se succèdent depuis, Sit-in, contre Sit-in, violence verbale et même physique, arrêt forcé des cours et du déroulement des examens, grève générale de l’UGET et du corps des enseignants universitaires, et par dessus tout, focalisation et couverture exagérée des médias. A titre d’illustration, le JT de la TTN1 consacre pas moins de 20 minutes quotidiennes lors de l’édition principale de 20h. Le doyen de la Faculté des Lettres et des Arts de Manouba se voit installé à la tête du box office de la médiatisation. La planète Tunisie ne parle plus que du Niqab. Faut-il l’interdire ? Si oui, comment ? Faut-il le tolérer ou bien le règlementer ?

Sacré Niqab, il a réussi à jeter un voile des plus opaques sur les travaux de l’ANC, et par dessus tout sur les préoccupations et les revendications de tous ceux qui se sont révoltés d’abord en 2008 au bassin minier de Gafsa, puis un certain 17 décembre à Sidi Bouzid, Rgueb, Bouzayene, Kasserine, Thala, pour gagner l’ensemble des régions et le point culminant le 14 janvier à Tunis.

Aurons nous l’audace et le courage de faire un travail, d’abord sur nous-mêmes, pour contrer le pouvoir de déviation de ce bout de torchon, de ne pas faire de ses défenseurs des Che Gue Varra, et d’éviter que cet épiphénomène ne soit la cause d’une guerre de religion.

Niqab ou pas niqab, notre priorité ici et maintenant, c’est de déchirer le voile sur l’ANC et les acquis de la Révolution.