Béji Caïd Essebsi

Par Tahar Chegrouche

Chassés par la grande porte, ils reviennent par la petite fenêtre. Ils ne sont plus RCDist, mais destouriens et bourguibistes. En fait ils ne sont ni les uns ni les autres.

Les destouriens étymologiquement les personnes attachées au Destour, à la constitution : la loi fondamentale qui organise les pouvoirs et garantit les libertés fondamentales subsidiairement les personnes adhérents au parti qui lutte pour le recouvrement de la souveraineté nationale en partant de son attachement au Pacte Fondamental de 1857.

Quelles étaient leurs attitudes lors de la rédaction de la Constitution de1959 ? Les plus en vue d’entre eux, ceux qui ont eu une formation juridique dans les meilleures universités de France sont restés muets, quand les principes les plus élémentaires du droit constitutionnels étaient bafoués…. Aucun commentaire n’a émané de l’un d’eux, sur la concentration des pouvoirs entre les mains du Président de la République…ni sur l’assujettissement des pouvoirs judicaire et législatif au pouvoir exécutif, Pourtant, tous savaient que équilibre entre les trois pouvoirs et leur l’autonomie, sont une condition incontournable de tout régime Démocratie??!!! Comment peuvent-ils ignorer une telle norme ?

Aussi, ces destouriens ont été de tous les combats que le peuple tunisien a mené contre l’occupant. Ils ont connu les geôles, les bagnes et la mort dans le champ de bataille particulièrement au cours de la troisième épreuve 1952-1955. Ce qui afflige le cœur, c’est que les plus “authentiques” d’entre, ont assisté motus et bouche cousue, lorsque leurs anciens camarades de cellules et d’armes, les youssefistes, ces vaillants patriotes, étaient livrés corps et mains liés à leurs tortionnaires –qui n’étaient souvent que d’anciens supplétifs de l’armée d’occupation : anciens gendarmes, goumis ou kaouads…. qui voulaient se racheter. Tout le monde savait que les Comités de Vigilance torturaient à Sabbat Edhelem, à Béni khaled… et que les procès iniques des tribunaux populaires étaient des mascarades qui visaient à maquiller des crimes d’Etat. Personnes parmi ces destouriens n’a osé élever la moindre protestation contre ces crimes…ni se constituer partie civile.

Quand la répression prenait des tournures dramatiques et atteint des paroxysmes et que l’on commence à tirer à bout portant sur de paisibles citoyens chassés de leur demeure comme à Borj Ali Rais en 1965, ou de leurs terres comme à Ouerdanine en 1968… loin de se préoccuper du sort de ces opprimés et exclus, ces messieurs n’avaient alors qu’un souci comment accumuler plus de gratifications et posséder le maximum de privilèges. Et pourtant, tout le monde croyait alors que les arrivistes sont déjà arrivés ?!

Quand la chasse aux sorcières est déclenchée contre les militants de la Nouvelles Gauche à partir de décembre 1966, qui se soulevaient contre la domestication des syndicats par le PSD( résolutions du congrès du Destin 1964) et l’étouffement des libertés fondamentales et que l’Etat « moderne » et néanmoins « républicain » se donnait de nouveaux moyens de répression de masse: police politique(Dst)1962, Brigade d’Ordre Public(Bop)1967, juridiction d’exception(Cours de Sureté de l’Etat)1968 … qui emportaient les derniers bribes de libertés qui subsistaient. Messieurs étaient occupés à discourir sur les vertus du socialisme destourien et la joie de vivre qu’il est censé apporter aux tunisiens.

Quelles étaient leurs attitudes quand les meilleurs enfants de la Tunisie indépendante étaient traduits dans des procès injustes et préfabriqués devant la Cours de la Sureté de l’Etat en 1968, 1972, 1974, 1975… où ils se font envoyer au bagne de Borj Erroumi, après avoir subi les tortures les plus cruelles…Ces jeunes dont le seul forfait est d’avoir voulu assumer pleinement une citoyenneté qu’ils ne croyaient pas formelle. Pire encore ! Quelles attitudes avaient-ils, lors du soulèvement massif de la jeunesse estudiantine de février 1972…

Quelles attitudes avaient ces destouriens, quand la constitution fut bafouée et le régime républicain déchue lorsque Bourguiba, au crépuscule de l’âge et de la raison, se déclarait Président à vie, sous l’influence de vos conseils et intrigues,. Qu’avaient-ils de particulier, ces jeunes perspectivistes et Amel tounsi qui osaient défier la Cour de la Sureté de l’Etat et proclamer haut que cette reforme constitutionnelle transformait Bourguiba en monarque, l’avilit et saborde la Constitution.

Le comble est que ces destouriens ne l’étaient que de nom; pas plus qu’ils n’étaient des bourguibistes. Lorsque Ben Ali a démis Bourguiba de ses fonctions présidentielles. Rares, très rares sont ceux qui ont préféré, se retirer dans la dignité et par respect à leur leader. Au contraire, la quasi majorité d’entre eux ont proposé servilement leurs services au nouveau maitre de Carthage. Le roi est mort vive le Roi.

Du moment où qu’ils ont cautionné le putsch, et accepté que leur leader soit emprisonner dans des conditions humiliantes et de devenir les chantres du Ben alisme et les apôtres du RCD, ils n’ont plus le droit t de se proclamer destourniens, ni bourguibistes. Ils se sont métamorphosés en rcdistes et ben alistes. Cet acte n’a qu’une seule qualification : usurpation d’identité.

Y-a-t-il une seule personne parmi ces messieurs les rcdistes qui a eu le courage d’exprimer une opinion même timorée sur le système de torture que ben Ali a érigé en méthode de gouvernement, sur la violation systématique des droits de l’homme, sur la corruption et la mise à sac du pays par les Trabelsi devenu une politique d’Etat.

Après avoir laissé la tempête de la révolution passée, cette frange des rcdists relève la tête, se dit destourienne et bourguibiste avec la bénédiction de si Béji qui se découvre des vertus démocratiques, alors qu’il était de toutes les répressions des yousséfistes aux perspectivistes et qu’après une petite virée du coté de si Ahmed Mesteri ; il rejoint le bercail et ne laisse le pouvoir que quand il était renvoyé par ben Ali.

Où était- ce bourguibiste si convaincu quand Ben Ali maltraitait Bourguiba ?!! Seule Georges Adda le « camarade de gamelle »de Bourguiba osait écrire à Ben Ali pour dénoncer le sort qu’il réservait à Bourguiba et demandait sa libération. « Aujourd’hui, je suis affligé, lorsque je vois dans mon pays un de mes vieux compagnons de camp de concentration être le plus vieux interdit de liberté du monde. Je suis attristé de voir que le grand dirigeant qu’il fut ne vive pas libre à Tunis ou dans sa banlieue, près de sa famille et au milieu de ses petits-enfants et arrières petits-enfants. » (Lettre du 04/07/1997).

Oh ! J’ai failli oubli une chose importante, Monsieur C. Béji a publié un livre sur Bourguiba en Avril 2009, dix après sa disparation Avril 2000. Son récit sur le parcours de Bourguiba se termine comme par enchantement bien avant son emprisonnement par Ben Ali. Il est vrai qu’il consacre deux pages à ses funérailles !

De par les fonctions qu’il a exercées : conseiller écouté de Taieb Mhiri de 1956-1963, Directeur Général de la Sureté de l’Etat de 1963-1967, Ministre de l’Intérieur de 1967-1969, Monsieur C. Béji n’était pas uniquement le mieux informé, mais participait directement aux prises des décisions les plus graves touchant la sécurité du pays. Il était informait de tout et mieux que quiconque des arrestations, des interrogatoires, des sentences réservées à chaque opposant. Dans son témoignage de 515 pages, Mr C. Béji efface les années noires et passe sous silences les souffrances des youcefistes, des perspectivistes, des communistes, des baathistes, des syndicalistes…. leur calvaire ne mérite pas d’être mentionné…. Lisez les 515 pages de son livre, si vous y trouvez une petite trace, je vous concède qu’il est le plus démocrate des tunisiens.

Ces partis rcdistes à qui vous conseillez, Monsieur B.caid essbsi, de se regrouper et ne pas s’allier avec les extrémistes, usurpent une identité qui n’est pas la leur. Ils sont ni bourguibiste, ni destourien, ils sont des rcdist. La révolution a été faite contre eux et non avec eux.

Ce n’est pas parce que les Nahdhoui ont réalisé une avancée électorale que les démocrates et les progressistes vont perdre la tête et donner une nouvelle légitimité à vos amis rcdiste.

Vous avez raison d’avoir peur des nahdhaoui car au moment où ils gisaient dans les geôles de votre ami Ben Ali et subissaient les tortures les plus cruelles, vous étiez président du Parlement, mais incapable de relever la moindre de ces violations.

En Nadha, quoi qu’on dise, est arrivé au pouvoir par les urnes. Nous la renvoyons par les urnes parce que nous sommes démocrates Monsieur Béji. Contrairement à vous et à vos amis rcdistes, nous n’avons jamais eu peur des islamistes. Nous les avons combattus quand votre PSD imprimait leur journal. Nous les avons remis à leur place quand ils étaient forts de leur alliance avec votre ami Mr Mzali, voulaient venir aux coups de poing.

Aussi, lorsqu’ils étaient arrêtés, nous avons partagé la même gamelle, subit les mêmes abus. Nous les avons défendus à la LTDH et devant les tribunaux. Nous avons œuvré ensemble pour résister à Ben Ali, et surtout trouver des points communs d’entente pour une Tunisie Démocratique et Moderne, mais aussi Arabe et Musulmane.

Messieurs !! De grâce, laissez le Président Bourguiba et le défunt le Parti Destourien reposer en paix. Vous leur rendez ainsi un immense service. Je vous adjure. Ne souillez pas leur mémoire.

Bourguiba et le Parti destourien peuvent encore constituer une partie importante de notre identité nationale et une référence incontournable pour notre peuple et surtout pour notre jeunesse dont elle a fort besoin par les temps qui courent de symboles. Bourguiba et le parti Destour peuvent devenir un patrimoine commun à tous les tunisiens à condition de les soustraire aux enchères des uns et des autres. Ne les transformez pas en un fonds de commerce.

Quand à nous autres, les anciennes victimes de Bourguiba et du Destour, nous sommes enclins d’oublier leurs méfaits et crimes contre nos personnes et ne retenir que leurs bienfaits d’armes lors du combat national et durant la construction nationale.

Les rcdistes et leurs alliés misent lors de la campagne de promotion qu’ils sont en train de mener sur la prétendue large base qui leur est acquise. Ils font miroiter ce patrimoine comme s’ils en disposent toujours à leurs guises comme un monopole exclusif. Qu’ils se Détrempent. Ils savent mieux que quiconque, que ce ni les principes du RCD ni le rayonnement et la moralité des ses affilés qui attiraient le plus grand nombre d’entre ces adhérents, mais bel et bien les services et les prestations qu’ils pouvaient en tirer et qui étaient le plus souvent leurs droits les plus légitimes. Ils savent aussi que ces rcdistes récidivistes ne disposent plus du pouvoir. Ils sont libérés comme tous les autres tunisiens et en premier lieu de la peur que les rcdistes leur inspiraient autrefois. Cherchez messieurs, d’autres formes de légitimité.

Prouvez à vous-même et au peuple que vous pouvez construire quelques choses par vous-mêmes. Prenez exemple sur Bourguiba lorsqu’il a affronté, en 1933, un grand leader Thâalbi et un parti qui n’avaient pas alors d’équivalent en Tunisie.

Faites valoir vos compétences réelles et vos allégeances. C’est à ces conditions le peuple pourrait vous accepter les forces démocratiques acquiescer de s’allier avec vous.
Tahar Chegrouche. Militant de gauche