Ce qui s’est passé à la faculté des Lettres de la Manouba hier représente un exemple d’affrontement entre islamistes et laïcs issus de la nouvelle génération. Au-delà des convictions de chacun, il y a des faits notables sur lesquels il faudra s’arrêter.

Heurt et Agression

On a interviwé le doyen de la faculté et l’une des étudiantes niqabées. Chacun avait sa propre version de l’histoire qui a eu lieu le 6 mars 2012 vers 14h30.
M.Habib Kasdaghli présente les étudiantes comme étant les fautives qui se sont introduites dans son bureau sans permission, qu’il n’a fait que les pousser pour qu’elles sortent. Il a affirmé que Imen Ben Rouha l’a agressé, qu’il aurait même des hématomes et que son amie Fatma Hajji a dispersé ses documents se trouvant sur son bureau.

De l’autre côté, Imen dément ces propos et accuse le doyen de l’avoir frappé sur le visage et avec un porte-document, l’a poussée dehors et qu’il a refusé catégoriquement tout dialogue avec elle. Selon ses dires, elle voulait juste connaître les raisons de la “décision injuste” de son exclusion de la faculté pour six mois, chose qu’elle a apprise non via une lettre de l’administration mais à travers les médias.

Drapeau tunisien au cœur du conflit

Un salafi est monté hier sur le toit de la faculté et a remplacé le drapeau tunisien par celui représentatif du califat. Cet incident a été perçu comme une spoliation de l’identité nationale, d’autant plus que cela été fait dans une institution publique. Cette histoire a provoqué un tollé sur la scène médiatique et dans les réseaux sociaux. Certes, l’incident a été bien dangereux car toucher au drapeau tunisien et mettre à la place celui en noir (sur lequel est écrit : Il n’y a de dieu que Dieu, et Mohamed est son prophète) revient à renier toute l’histoire de la Tunisie.

Une étudiante, Khaoula Rachidi, est montée pour interpeller le salafi et enlever le drapeau noir mais ce dernier l’a poussée et l’a jetée par terre. Les compagnons de ce dernier se sont rendu compte de la gravité de l’acte de leur ami et ont couru acheter un autre drapeau tunisien afin de le remettre à sa place sur le toit de l’établissement universitaire.

Etudiants de l’UGET armés de bâtons en bois et en fer

Durant la journée d’hier (7 mars 2012) où la faculté des Lettres était bien agitée, divisée en deux, d’un côté l’UGET et de l’autre côté les salafis pro-niqab, certains étudiants de l’Union Générale des Etudiants Tunisiens se baladaient avec des bâtons qu’ils essayaient de cacher aux caméras. On a interpellé l’un d’eux qui a nié détenir un bâton alors qu’on en avait la preuve.
Les salafis, aux aguets, ont suivi les étudiants aux bâtons. La tension était bien palpable dans les deux camps. Vers 15h des heurts ont eu lieu (coups de pied, insultes…)

Tout le monde criait à tue-tête, les uns avec des « Allah Akbar », d’autres ripostaient avec des slogans tels que « Faculté populaire, éducation démocratique, culture nationale »…

Ambiance très tendue

L’ambiance était bien tendue et certains ont eu des crises de dépression à force de crier et à cause des disputes ce qui a nécessité leur transport à l’hôpital. Pendant plus cinq heures où on était sur les lieux (entre midi et 17h), des accrochages ont eu lieu avec quelques professeurs et entre étudiants.

Des étudiantes en hijab et des étudiants pro-niqab ont empêché ceux qui étaient munis de caméras de filmer les étudiants de l’UGET qui se sont évanouis. Un journaliste français a été même poursuivi par une étudiante qui lui criait dessus : « Ne filmez pas, je vous dis ne filmez pas ! »
L’agressivité de cette dernière démontrait un état de paranoïa vis-à-vis des médias. Elle nous a accusé de vouloir déformer la réalité des faits.
Chaque camp était en train de provoquer l’autre, entre temps, les professeurs syndicalistes étaient réunis dans une salle afin de discuter de cette situation de plus en plus compliquée qui pourrait engendrer le report des examens au mois de septembre prochain.

NB:
– Faculté des Lettres -Faculté des lettres des arts et des humanités de la Manouba
– UGET : Union Générale des Etudiants Tunisiens