Le régime de Ben Ali se basait, entre autres, sur les thuriféraires ; cependant une grande majorité de Tunisiens qui l’étaient sont vraiment dans le besoin et applaudissaient le président déchu non par gaîté de coeur mais pour avoir quelques miettes pour survivre. La pauvreté, ce mal social, continue à sévir dans notre société et s’offre en spectacle à chaque tournant, à quelques mètres de l’épicier, à quelques pas du bureau dans lequel on travaille… Lors d’un reportage sur terrain on a rencontré une femme qui nous a prié de la suivre.

Elle s’appelle Mme Naima Mrabet et habite à Den Den. Contrairement à ceux qui ont renié leur passé d’rcdiste, Mme Mrabet n’a pas honte de le dire:

Oui, j’applaudissais Ben Ali, je voulais qu’il nous regarde… Aujourd’hui je hais cet homme, regardez où il nous a menés.

Avant la Révolution et pendant des années, le directeur du local de l’RCD à Den Den contactait à chaque fois Mme Mrabet pour qu’elle vienne applaudir les visites de Ben Ali ; il lui demandait aussi de mobiliser les femmes du quartier, ce qu’elle faisait certes avec zèle mais avec beaucoup d’amertume.

Une fois je me suis réveillée à quatre heures du matin, on nous a donné un t-shirt et une casquette pour faire partie du cortège venu saluer Ben Ali mais on nous a pas donné de l’argent.

Condition sociale difficile de la famille de Mme Naima Mrabet

Regardez comment on vit ! Mon mari ne travaille pas, il subit une dialyse régulièrement, mes enfants sont au chômage et on n’a que cent dinars par mois pour survivre, il y a quelques mois on ne recevait que soixante dix. Notre maison a été sur le point de s’effondrer, le gouvernera nous a donné trois cent dinars pour rebâtir le plafond mais Dieu merci les voisins nous ont beaucoup aidés.

Comment vivre quand on a que cent dinars par mois pour cinq personnes ? « On vit le jour le jour » me répondit madame Mrabet. Dans le reportage qu’on a fait, elle a refusé qu’on filme une partie de son témoignage qui révèle un autre aspect de cette dure réalité que vivent des milliers de familles en Tunisie (24,7% de Tunisiens vivent sous le seuil de la pauvreté) qui choisissent des voies pas très orthodoxes pour survivre. Car, saida Naima est une diseuse de bonne aventure. Se disant musulmane, on lui a demandé si cela ne se comptait pas parmi les péchés mais sa réponse fut sans appel : « Je suis musulmane, je connais Dieu et Dieu merci pour tout mais comment pourrais-je subvenir aux besoins de ma famille si je ne faisais pas ce travail ? »

Quelles solutions ?

Avec le nouveau gouvernement en place, les attentes des Tunisiens sont de plus en plus pressantes mais les reflexes thuriféraires subsistent, non par mauvaise foi mais par besoin. Ils contribuent à leurs manières à la campagne électorale de tel ou tel parti pour s’accrocher à un poste promis, à quelques dinars ou à une autorisation de travail quelconque…

Après un an de la chute de Ben Ali, les solutions d’ordre économique tardent à venir car, rappelons-le, ce gouvernement provisoire mis en place depuis le mois de décembre 2011 ne peut établir un plan d’action à long terme car il est provisoire. Le programme qui sera proposé incessamment sous peu à l’Assemblée Constituante définira au moins des solutions de secours, en attendant Mme Mrabet continuera à lire l’avenir de ses voisins pour nourrir sa famille…