Crédit photo: gnet.tn

Dans un livre écrit par Ahmed Ounais pour le compte de Beji Caïd Essebsi, le « Paon » de Wassila ben Ammar n’a fait que relater que les évènements et faits dont il prétend être le personnage de premier plan. De ce fait et contrairement à ce qui a été écrit dans « l’Express », le livre ne peut en aucun cas être considéré comme une biographie de Bourguiba, mais plutôt une biographie de Béji Caïd Essebsi lui-même à travers Bourguiba. N’a-t-il pas débuté son livre en parlant de sa naissance, de sa famille, de son père, de son grand-père paternel, de son grand père maternel, de ses études à Tunis et à Paris ? N’a-t-il pas illustré l’épilogue de son livre par un certain nombre de photos dont vingt quatre le mettaient en exergue dans les évènements relatés ? Il se place au centre de tous les grands moments. Il en relate les faits avec le narcissisme qui lui a valu le qualificatif de « Pain » par Wassila.

Toujours d’après lui, Bourguiba lui propose des portefeuilles ministériels : lui, il hésite… il refuse… il pose ses conditions… et il finit toujours par accepter. Il démissionne de son poste d’ambassadeur à Paris en 1971 pour la noble cause, dit-t-il, «de la démocratie et du multipartisme ». Mais en réalité, Beji Caïd Essebsi n’a fait qu’adhérer à la manigance conduite par Wassila Bourguiba contre Bourguiba et Hédi Nouira qui consistait en une démission collective d’un certain nombre de ministres y compris l’ambassadeur Béji Caïd Essebsi.

Neuf années plus tard, sans pour autant obtenir gain de cause, il accepte de redevenir ministre ! Sa justification était « pour assurer la démocratie et l’exercice des droits politiques ! » Une année après son intégration au sein du gouvernement Mzali, ont eu lieu les élections parlementaires anticipées du 1er novembre 1981. Il figurait sur les listes du Parti Socialiste Destourien « PSD », qu’il qualifiait auparavant de rongé par « la bureaucratie et l’autocratie ». Béji Caïd Essebsi avouait que les résultats de ces élections étaient décidés avant le vote et que Driss Guigua, qui était alors ministre de l’intérieur, était chargé de la sale besogne après en avoir informé Mohamed Mzali. Il ajoutait qu’il n’a appris que les résultats étaient manipulés que quelque temps après, alors qu’il était, en ce moment, membre du gouvernement !! Encore une fois, Béji Caïd Essebsi avale «une autre couleuvre », sans broncher,

Mieux encore, il « avalise » les résultats en continuant à faire partie du gouvernement.

Béji Caïd Essebsi a toujours agi en politicien opportuniste : force est de rappeler également que malgré son ralliement au groupe « Errai », il n’a pas coupé les ponts avec Bourguiba par pur calcul politique ! pour preuve : lorsque Ahmed Mestiri a décidé de créer le MDS, Béji Caïd Essebsi qui prétendait militer pour le multipartisme, s’en est démarqué pour ne pas compromettre son éventuel retour au gouvernement.

Tout au long de son livre, Béji Caïd Essebsi glisse de nombreuses insinuations qui mettent en évidence son amertume à cause de sa destitution par Ben ALI. Il n’avait jamais dévoilé les raisons de sa destitution. Mieux encore il prétend avoir démissionné tout en en refusant le poste de Président du conseil constitutionnel !!! La vérité est toute autre : deux ans après le “changement du 7 novembre”, Béji Caïd Essebsi était candidat sur les listes du RCD aux élections anticipées de 1989. Élu à la chambre des députés, il en a assumé la présidence de la commission des affaires politiques et des relations extérieures puis, la présidence de la chambre. Cette dernière fonction ne durera pour lui qu’une seule année et il connait fort bien les raisons de cette mise à l’écart : N’a-t-il pas reçu, discrètement et sans en informer Ben ALI, le patron des services de renseignements Français ? Béji Caïd Essebsi présidait la chambre des Députés. Cette ‘’trahison’’ lui a valu de reprendre son siège de simple député : Toujours pas de démission de sa part : quelle humiliation!

Il espérait toujours et c’était pourquoi il s’est contenté de ‘’cultiver son jardin’’ pendant plus de 15 ans sans se manifester, même pas pour dénoncer les conditions de détention de Bourguiba. Ce n’est qu’après la révolution que BCE se rappelle qu’il est Bourguibiste et qu’il en est l’héritier exclusif. A-t-il oublié que pendant toute la période de la « détention » de Bourguiba, Béji Caïd Essebsi n’a jamais levé le petit doigt pour dénoncer ni la « résidence surveillée » de son idole, ni les atteintes aux droits de l’Homme ni la répression exercée par Ben Ali?

Le parcours de BCE et sa façon de relater les faits me rappellent l’histoire du jeune homme qui demande à son père « à quand notre pèlerinage à la Mecque » et le père de répondre : « après la mort des dignitaires du quartier ».