La prison civile de La Mournaguia.

Bien qu’on ait eu un gouvernement “légitime” en Tunisie suite aux élections du 23 octobre 2011, les réformes dans les établissements pénitenciers tardent encore à se mettre en place. Walid Zarrouk, secrétaire général du syndicat de l’établissement pénitentiaire, a beaucoup à dire sur son métier.

J’ai été témoin de meurtres de citoyens tunisiens

Avec une franchise surprenante, il reconnait également sa responsabilité dans tout ce qui s’est passé avant le 14 janvier

On a vécu les évènements de cette révolution et pour tout vous dire, et jusqu’à la dernière minute on a essayé de la réprimer, Jusqu’à ce que Ben Ali ait quitté la Tunisie vers 17h15 (14 janvier 2011). On était encore au service d’un régime, celui de Ben Ali. Je parle là de moi-même et du régime sécuritaire en général. Ça c’est notre histoire et personne ne peut la changer. C’est notre réalité et on doit la reconnaître.

Selon lui, la responsabilité dans toutes les exactions faites aux prisonniers sont dues aux instructions

On est coupable envers ce peuple, sous instructions d’un système corrompu, où 90% ou plutôt 99% de ceux qui avaient des responsabilités étaient impliqués.

Le 28 septembre , M.Walid Zarrouk a été arrêté par la police pour indiscipline et inobservance de l’obligation de réserve. .

Dans une interview accordée à Nawaat datant du mois de mai dernier, il déclare que pour commencer la réforme

il faudra tout d’abord établir un bilan de la réalité de cette institution pénitentiaire. Ensuite, il faut savoir que sans aveu, nulle place à la réconciliation.

Cependant, un problème de taille est encore d’actualité : les directions des prisons sont les mêmes qu’avant. Le directeur de la prison de Mornaguia (ex-prison du 9 avril) qui a été nommé par Ben Ali est encore en fonction.

Après plusieurs actions de protestation menées par son syndicat, notamment le 3 janvier et 26 avril 2012, le syndicat des prisons reçoit une lettre, le 27 avril, de la part du Directeur Général de la prison Mornaguia leur demandant de quitter les locaux du syndicat qui se trouve dans le même bâtiment que Mosaique FM à Tunis.

Peu de temps plus tard, le syndicat reçoit la visite de Yassine Adey, directeur des services “communs” leur sommant de quitter le local. Les responsables du syndicat demandent alors à ce qu’on leur laisse le temps d’en discuter lors de leurs réunions hebdomadaires qui ont lieu chaque mardi et vendredi.

Le 29 avril 2012, le local est cambriolé. En effet, les serrures ont été cassées. Les dégâts n’étaient pas considérables: 320 dinars auraient été volés et un carnet de chèque a disparu- mais c’était déjà un avertissement clair de la part du “cambrioleur”.

Les responsables du syndicat ont déposé de suite une plainte (n°390) au poste de police du Belvédère à Tunis.
Le 2 mai, retournement de situation, ils apprennent qu’ils sont eux-mêmes accusés d’avoir cambriolé leur propre local. En outre, leur plainte “disparaît” du poste de police.

M. Zarrouk, demande alors au ministère de tutelle ainsi qu’au ministère de la justice d’ouvrir une enquête puis à l’Assemblée constituante, au nom du syndicat, de dissoudre la police politique au sein de l’institution pénitentiaire.
Travaillant dans les prisons depuis 12 ans, la révolution du 14 janvier a été pour lui une délivrance mais le chemin qu’il a suivi n’est pas des plus faciles.

Interview (en ar)

Affaire à suivre.