Le problème de la relation entre les sociétés musulmanes et la culture de la démocratie et du pluralisme n’est pas nouvelle malgré qu’elle commence à s’imposée avec beaucoup d’acquitté sur le champ publique depuis « le printemps arabe ».

En effet, c’est à partir de 1925 que la question était posée réellement par l’égyptien Ali Abderaziq dont l’ouvrage « L’Islam et les fondations de pouvoir » a constitué un tournant décisif dans l’histoire contemporaine du monde arabo-musulman. L’ouvrage a donné naissance à une grande controverse dans un contexte marqué par la montée des interrogations sur les particularités des systèmes politique occidental.

L’auteur a pu dépasser les paradigmes classiques pour construire une rupture épistémologique dans sa méthode d’aborder la question du rapport entre le religieux et le champ politique. Dès l’origine, les questions se sont posées sur un mode intensément passionnel, chargé de perceptions et de représentations liées au problème de la modernité.

Il se trouve aussi que ces questions se rapportent à un problème essentiel auquel les sociétés arabes ont dû faire face au cours de leurs histoires : celui du rapport entre la religion et la politique, ou encore, du mode de présence de la religion sur l’Agora.

À y regarder de près, on a l’impression que le problème n’est pas totalement résolu et que le débat se déroule entre deux sphères qui s’ignorent ou qui se veulent indépendante l’une à l’autre. Il y a donc différentes catégories de pensées plus ou moins liées à ce qu’on appelle globalement « la réforme ».

Pendant les deux derniers siècles, le débat sur le revivement du monde arabe est l’une des premières préoccupations des penseurs, de politiciens et des théologiens. Néanmoins, il faut noter que ce terme de « réforme » et la conception que l’on fait comporte est plein d’ambiguïté car la même notion peut désigner l’intégration dans la modernité avec toute sa philosophie de droit de l’homme et d’humanisme ou encore le retour à l’utopie des temps métahistorique. Pour tous les chercheurs, ces confusions sont connues et régulièrement dénoncés par ceux qui se sont penchés sur ce type de questions[1].

Pour beaucoup, la dissolution des institutions traditionnelles et des systèmes sociaux qui le supportait paraissait reposer le problème. Toutefois, ceux qui défendent ce choix tiennent peu de compte des diversités régionales et de l’évolution historique propre à chaque secte, lesquelles sont intimement liés aux conflits historico-politique.

Beaucoup d’intellectuels ont insisté que les conditions historique du 19ème et du 20ème siècle sont bien différentes de celles qui prévalaient treize ou quatorze siècle plus tôt. Les mouvements réformistes de la fin du 19ème siècle, avaient rassemblé des penseurs venant des lieux différents tel que Mohamed Tahar Ben Achour de la Tunisie, Mohamed Abdou de l’Egypte, Mohamed Iqbal de l’Inde…(etc.) et semblait pouvoir mobiliser les forces de l’inteligencia toute entière.

Ses options fondamentales étaient apparemment claires : à l’instar des mouvements qui l’on précédé, il se proposait de mettre fin aux mécanismes et pratiques qui ont entraîné le déclin culturel et civilisationnel, et loin d’envisager de renoncer à l’Islam comme idéal, ce courant réformiste à proposer de réformer la pensée politique arabe en se basant sur les exemples européens.

En Tunisie, l’élite tunisoise a était à l’origine d’une grande métamorphose au niveau du discours politique avec la proclamation du « Pacte fondamental » qui est une charte reconnaissant les libertés fondamentales de l’homme, à l’instar des réformes politique introduite par la Sublime Porte sous le nom de Tanzimat[2].

Ce fut l’objet du « ‘Ahd al-Aman » promulgué solennellement le 10 Septembre 1857 instaurant la sécurité des personnes et des bien de tous les tunisiens sans distinction entre leurs religions (article 1) ; l’égalité de traitement en matière fiscale devant la loi (article 2) ; l’égalité de traitement devant la justice entre musulman et non musulman (article 3) ; le respect des pratiques religieuses des minorités non musulmane (article 4 & article 6) et l’égalité des sujets devant la loi (article 8).

Le 26 Avril 1861, la Tunisie connaissait la première constitution dans tout le monde musulman qui établissait un partage du pouvoir entre le Bey et ses ministres, et accordait de large prérogative au grand conseil formé d’une soixantaine de dignitaires, ce qui veut dire que la Tunisie s’engageait depuis plus d’un siècle dans une direction strictement opposée à la pensée traditionnelle et conservatrice pour soumettre les conceptions religieuses à la critique de la raison en vue de démêler l’idéal religieux des formes historiques dans lesquelles il a était mis en œuvre, autant au niveau des représentations qu’au niveau des pratiques politiques.

Notes:

[1]: TALBI (M), Plaidoyer pour un islam moderne, Paris, 1998.
BEN ACHOUR (Y), Politique, religion et droit dans le monde arabe, Casablanca, 1992.
REDISSI (H), L’exception islamique, Paris, 2004.

[2]: Les Tanzimat furent une ère de réformes dans l’Empire ottoman qui durèrent de 1839 à 1876, date à laquelle fut promulguée la Constitution ottomane, suivie de l’élection d’un premier Parlement ottoman.

Mohamed Arbi Nsiri