La presse

L’abandon des élections pour le choix d’un nouveau rédacteur en chef de La Presse décidé par le président-directeur général de l’entreprise, sur proposition de certains collègues qu’on voit rarement au siège du journal, s’annonce comme un mauvais présage. L’on peut songer dans ce sens au retour de certaines pratiques qu’on croyait révolues, dont le clanisme et le clientélisme qui se répercutent mal sur la ligne éditoriale du journal.

En tenant des élections transparentes et démocratiques pour le choix du rédacteur en chef principal et du rédacteur en chef adjoint au lendemain de la Révolution du 14-Janvier, les journalistes libres de La Presse comptaient alors tourner définitivement la page d’une presse de propagande. Une presse propagandiste qui n’a fait qu’égarer l’opinion publique des années durant.

C’était donc par pure conviction que le rédacteur en chef principal et son adjoint devraient remplir certains critères garants d’un traitement objectif et impartial de l’information que lesdites élections avaient eu lieu. Cet acquis auquel adhéraient la TAP (agence Tunis Afrique Presse), la radio et la télévision nationale, constitue, depuis, la fierté de la majeure partie de la rédaction.

Or, il se trouve qu’il est aujourd’hui sérieusement menacé, dans la mesure où le président directeur général de l’entreprise (un ancien allié du régime déchu) vient de désigner unilatéralement un nouveau rédacteur en chef suite à la démission de son prédécesseur élu. Alors qu’en principe c’est le rédacteur en chef adjoint qui devait diriger la rédaction jusqu’à la tenue de nouvelles élections, le PDG désigne un nouveau rédacteur en chef sans l’accord de l’assemblée générale de la rédaction, arguant la nécessité de remplir un poste vacant.

Toujours est-il qu’un forfait pareil à l’encontre de la volonté d’une grande partie de la rédaction, de la liberté d’expression, des lecteurs du journal et de la nation entière informe assez sur le despotisme et l’iniquité comme un provisoire utile aux intérêts de l’homme et associés.

En réalité, une telle décision a été prise par un petit groupe de journalistes proches de la direction générale. Des « chevaliers de la plume » -tel qu’ils le prétendent – qui se sont toujours flattés d’égarer l’opinion.

Ces « sires » coupables lorsqu’ils parlent, encore plus coupables lorsqu’ils se taisent, tout en eux n’est que l’effet de la complaisance la plus servile et la plus scabreuse. S’il est nécessaire de citer des preuves, l’on ne serait embarrassé que du choix.

Ces journalistes dont l’intérêt personnel semble l’emporter sur le devenir de l’entreprise qui connait des difficultés dans plus d’un département. La « haute intelligentsia » n’admet toujours pas que les choses ont changé, que son règne est fini et qu’il est temps de prendre une autre allure. Leurrer les collègues d’une tolérance illusoire et mettre le scellé sur les pensées des lecteurs semblent être ses exercices favoris.

Les « sires » dont il s’agit s’abstiennent de tourner la page d’une presse qui a tant favorisé la mort politique et morale d’une nation et dédaignent que l’avenir appartient, tout le monde en convient, aux nouvelles idées et à l’innovation. Voilà pourquoi leur tyrannie se montrera toujours avec franchise. Tout autant que l’on sera tous contraints, face à leurs produits, oraux comme écrits, de nous roidir, sinon, de nous envelopper la tête. A bon entendeur.

Le comité des journalistes libres de La Presse