Des algériens en deuil portent le cercueil de Mohamed Roukhi le 12 avril 2007.

Mercredi 11 avril 2007, un boom assourdissant paralyse l’Algérie et l’opinion mondiale. Des gravas, du sang, des blessés, des morts…beaucoup de morts. Dans son bureau surplombant la baie d’Alger, au service des transmissions du ministère de l’intérieur, Mohamed Roukhi n’aura pas eu le temps de dire adieu à sa femme et ses deux enfants. Il est mort dans l’explosion, comme 13 autres membres du personnel du palais.

Mercredi 11 avril 2007, l’heure s’est arrêté pour bon nombre d’algériens et pour Abdelhak, alors âgé de 12 ans qui ne reverra son père que le lendemain, revêtu d’un linceul blanc, maculé par le sang versé par El Qaeda au Maghreb islamique. Vers 13h le jeudi 12 avril, le cercueil part pour Zéralda avant de retrouver sa dernière demeure au cimetière de Sidi Abdallah. La foule est dense, Abdelhak, avec ses yeux d’enfant ne comprend pas pourquoi autant de monde se joint à la famille pour pleurer son père.

Des inconnus lui tendent la main et le saluent comme on salue un Homme. Sa mère pleure. Le ministre de l’intérieur, Yazid Zerhouni rend hommage aux martyrs. Les mains défilent une à une dans le petit cimetière de Sidi Abdallah…puis les années passent, et Abdelhak se retrouve seul à Paris se nourrissant dans des poubelles prés de la gare du Nord.

Ayant fui l’Algérie en aout 2013, celui qui fut l’enfant de tout un peuple n’a plus rien. Il n’existe aux yeux de personne. Une famille l’héberge pour une nuit, lui donne à manger, de la vêture et un peu d’attention. Il erre en espérant que sa mère, disparue, soit encore en vie.

Abdelhak Roukhi souhaite poursuivre ses études, il garde précieusement dans la poche de son jean troué le certificat de scolarité usé par son voyage dans l’espoir d’aller à l’école en France, pays qui a tant condamné l’attentat qui lui a volé son père. L’adresse de l’ambassade et du consulat d’Algérie à Paris lui son données comme seul issue à son errance européenne.

Seul, dans le souvenir de la foule présente lors des obsèques de son père, il attend que l’Algérie accepte de le prendre dans ses bras, lui donnant ainsi une carte consulaire où il sera l’enfant de son père mort en martyr et que toute la nation a pleuré…