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Le coucou est un oiseau parasite qui pond dans le nid d’autres oiseaux et se fait gaver en jouant sur les sentiments maternels de sa victime. Notre Etat est un coucou pour notre économie. (soure image : wikipedia)

L’histoire des peuples dans l’histoire, c’est l’histoire de leur lutte contre l’État.
Pierre Clastres

Comme pour la médecine classique, l’économie est une discipline où il y a maladie, diagnostics et traitements. Et comme pour la médecine classique, il y a aussi bien des charlatans qui ne connaissent rien à la discipline mais aussi des médecins qui pensent plus à l’Hôpital qu’à leurs malades. Les deux catégories terrorisent les « clients » et les effraient sur leur état de santé pour leur soutirer le maximum d’argent possible.

Une Economie qui n’a pas le moral.

Notre économie va mal. Mais il ne faut rien exagérer.
La maladie est surtout d’ordre psychologique. Si la Tunisie inquiète, c’est surtout parce qu’on la sent un peu perdue.
Après 50 ans de « refoulement » au niveau de la liberté d’expression, la cacophonie évacuative dans laquelle nous vivons est tout à fait compréhensible. La Tunisie a beaucoup de mal à remettre de l’ordre dans ses idées. Elle déprime, voit tout en noir, n’a plus d’appétit pour l’investissement, n’arrive pas à envisager l’avenir, semble totalement désorientée et inquiète ses partenaires.
Une très gosse déprime, en quelque sorte, qui rejaillit sur l’état de santé général.

L’Etat n’est pas l’économie

Indépendamment de la dimension purement psychique de la maladie, nous devons apprendre, en Tunisie, à distinguer entre l’Etat et l’Economie. La faillite de l’Etat n’est, en aucun cas, la faillite de l’économie. Je dirais même qu’une faillite de l’Etat pourrait être ce qui peut arriver de mieux à notre économie.

Chronique de la mort d’un certain type d’Etat

Sur le plan économique, après l’indépendance, la Tunisie a fait de tout et du n’importe quoi. Le même parti à oscillé entre socialisme, coopérativisme et libéralisme. En 2010 et 2011, La Tunisie ne dépendait pas de l’extérieur au sens qu’elle remboursait en capital et en intérêts plus qu’elle n’empruntait. Nous étions une bonne vache à lait pour l’extérieur. La Tunisie était considérée parmi les pays émergents et la conduite de Ben Ali n’était pas, d’un point de vue macro-économique, comparativement aux autres pays de « notre catégorie », si mauvaise que cela. Ben Ali était, quoique l’on dise, pragmatique économiquement et a bénéficié du système éducatif mis en place par Bourguiba. Ben Ali a hérité d’un pays appauvri par une gouvernance économique catastrophique mais relativement sain sur les autres plans.

Ben Ali, par ailleurs, a négligé le développement des régions intérieures, le système éducatif et contribué à mettre en place un climat mafieux basé sur le népotisme et le clientélisme qui a développé ses tentacules dans tous les rouages de l’Etat.

Au départ de Ben Ali, l’Economie était relativement saine avec des petits mafieux aux petits soins de leurs entreprises. Mais l’Etat était devenu corrompu et incompétent dans la totale incapacité de recruter la crème de notre système éducatif. L’Etat, après Ben Ali, est devenu incapable de présenter le moindre quinquagénaire valable à son peuple. C’est tellement pitoyable que cela en devient hilarant.

Si le RCD était principalement l’outil de la propagande, l’administration, la police et la justice étaient les principaux instruments du régime népotique. Avec un Etat aussi vil, il était normal que la Tunisie bascule vers une sorte de ploutocratie où le pouvoir s’achète par celui qui a le plus de moyens.

L’Etat Coucou parasite et trompe l’économie (voir photo)

Avec la culture mafieuse qui le caractérise, grâce à la désorientation des Tunisiens suite à la révolution, l’Etat n’a eu aucun scrupule et aucune difficulté à s’accaparer toutes les ressources possibles. Son budget a explosé. La rémunération de ses serviteurs s’est améliorée. Ses effectifs se sont renforcés.
Comparativement au budget 2012, les seuls ministères qui ont vu leur budget diminuer en 2014 sont ceux de l’investissement et de la coopération internationale (-38%), du développement régional (-20%), domaines de l’Etat (-9%), Agriculture (-2%), environnement (-13%), technologie (-3%), Tourisme (-14%), Equipement (-5%), Emploi et Formation professionnelle (-6%).

Pendant que nous papotons sur facebook, l’Etat, tranquillement, a fait marche arrière sur tout ce que la révolution a demandé (le développement) et accélère dans la direction opposée. Effrontément, en bon coucou, il ose demander à sa victime, à savoir l’économie, de plus en plus d’efforts.
Par ici la monnaie : plus d’impôts, plus de taxes, moins de subventions et enfin plus de dettes vis à vis de l’extérieur.
Nous ne tiendrons évidemment pas compte de l’état des sociétés Etatiques. Des pertes pour le contribuable actionnaire et des gains pour les camarades fonctionnaires. L’Etat n’hésite pas à chouchouter le nouveau pouvoir et donne à ses partisans, titres, rémunérations et honneurs au détriment, évidemment, du pauvre contribuable payeur.

Globalement, le budget de l’Etat fait une progression de 24%. C’est le Jackpot pour l’ANC (+51%), la Présidence qui ne préside presque plus rien (16%), l’intérieur (16%), la Justice (32%), les affaires étrangères (18%), la défense (50%), les affaires religieuses (30%). Un fabuleux (+174%) est même constaté au ministère des finances particulièrement intéressé par ses propres finances.
Seul le ministère économique de l’industrie et du commerce figure sur la liste des heureux élus (47%). N’ayons pas de fausses joies. Ce n’est que la caisse de compensation qui grossit parce que, nous dit-on, nos pauvres nous couteraient de plus en plus cher. Sachez que même en Europe, là où il y a subventions, il y a malversations et détournements.

La Tunisie a ainsi perdu sa souveraineté économique vis à vis de l’Etranger parce que nous n’arrivons plus à subvenir aux besoins d’un Etat qui se goinfre sur le dos de la révolution. Les chiffres sont plus qu’évidents, avec un Etat qui consommerait autant qu’en 2012, la Tunisie n’aurait eu aucun besoin à s’endetter (pour une autre raison que payer les dettes antérieures).

Quoiqu’en disent les numérologues statisticiens et Docteurs Economistes directement ou indirectement payés par l’Etat, l’Etat Tunisien semble donc, à l’analyse objective des chiffres, avoir totalement réussi son coup d’Etat. Evidemment, tous s’accordent à lui demander plus d’efforts et des programmes économiques énergiques pour rétablir la santé de l’Economie. La faim du coucou est loin d’être rassasiée.
Mais les choses ne sont pas aussi simples.

L’Etat graisseux est désormais chroniquement schizophrène

L’Etat est devenu, au mieux, un Etat totalement autiste avec des représentants du peuple qu’il a rendu tout aussi autistes à coups d’honneurs et de privilèges. L’Etat illumine la scène médiatique de son incompétence. Il est caricature d’Etat de tous points de vue (présidence, parlement, démocratie, projets d’avenir…). Même le personnage le puissant de l’Etat n’a aucune fonction dans l’Etat.
L’Etat n’est pas devenu plus fort mais simplement plus gras et plus impotent. Jamais, l’Etat n’a été aussi faible.

L’Etat, lorsqu’il choisit les hommes qui le serviront, ne tient aucun compte de leurs opinions. S’ils veulent bien lui être fidèles et le servir, cela suffit.
Oliver Cromwell

En effet, à l’intérieur de l’Etat, les forces se rééquilibrent. Pendant des décennies, l’Etat a recruté ses dirigeants chez les serviles au RCD. Pendant ces dernières années, il les a recrutés chez ceux qui ont prêté allégeance au nouveau pouvoir.
Contrairement à ce que l’on peut croire, c’est une excellente chose. L’Etat est désormais sujet à une bataille interne et suicidaire qui le rend de plus en plus incapable d’assumer de façon efficace sa mission de soutien à une nouvelle dictature. Les idéologies en son sein sont inconciliables. L’ex dictature y cohabite désormais avec ses ennemis d’antan. Le monstre obèse, incompétent, autiste, gras, impotent est ainsi devenu aussi totalement schizophrène. Ce n’est plus qu’un malade mental.

Bien sûr, cet Etat moribond continue de promettre à son économie et à son peuple qu’il est capable de redresser la situation. Piteusement, il racle ses fonds de tiroirs pour trouver en son sein, parmi ses anciens serviteurs, un chef de gouvernement présentable.
Mais même cela, il en est devenu incapable. Toute la crème de notre système éducatif est, rappelons le, dans notre économie et cela fait longtemps que l’Etat ne pense plus à les recruter. Ils n’ont ni titres d’anciens ministres, ni titres de représentants de la Tunisie dans de grandes organisations mondiales. Ils n’ont pas été ambassadeurs et n’ont aucun « pins » de l’Etat sur la poitrine. La Tunisie, si riche en compétences, regarde tout simplement au mauvais endroit.

La société, ce n’est pas l’Etat. L’Etat n’est que le gérant d’une société anonyme qu’il a pris l’engagement de servir, mais qu’il ne se charge, en réalité, que d’exploiter.
Pierre Reverdy

Les bonnes nouvelles

Heureusement, de plus en plus de Tunisiens sont entrain de réaliser et de comprendre que cet Etat cadavérique ne peut plus rien faire. De plus en plus de Tunisiens, détournent le regard de cet Etat vers la société civile pour résoudre le problème de la Tunisie.

En tant que Docteur en économie, fortement déconseillé par l’Etat, sans aucun titre, honneur et rémunération reçue de l’Etat, voici donc la bonne nouvelle que j’annonce à l’économie Tunisienne. Chère Economie, tu es saine et en bonne santé. Tu as juste une mauvaise déprime due au mauvais diable qui se fait passer pour ton guérisseur.
Prenant exemple sur les bons médecins de famille, j’essaye, autant que je peux, d’expliquer aux non initiés du jargon technique, par des analogies compréhensibles, mon diagnostic concernant la maladie dont ils souffrent. D’autres docteurs vous diront certainement d’autres choses.

Il est temps, chère économie, que tu t’associe à ta société civile pour revoir de fond en comble le fonctionnement de cet Etat calamiteux. C’est un long traitement que de le rendre de nouveau au service du pays avec de vrais fonctionnaires qui pensent au pays et au peuple.

La bonne nouvelle dans la bonne nouvelle est que la dérive gauchisante, s’appuyant sur un Etat providence lançant des grands projets à tours de bras est devenue budgétairement totalement impossible. Il fait désormais un sale temps pour les démagogues en Tunisie. Le peuple a été saturé de promesses. Même les plus crédules ont désormais du mal à y croire.

Finalement, cette révolution ne nous a pas coûté si cher que cela.

Positives chère économie. Tu es encore belle et séduisante. L’avenir est devant toi.
C’est toi qui crée la richesse. Ce n’est pas l’Etat.
Tu rentabilises ce que l’on te prête. Tu n’as jamais eu besoin qu’on dépense pour toi. Cette mentalité de gigolo est purement Etatique. Il veut emprunter pour lui-même en ton nom. Tu ne coûtes absolument rien à redresser. Tu n’a besoin que de Banques saines (ce qui n’est, évidemment, pas le cas des Banques gérés par le coucou et qui ouvrent eux aussi la bouche).

Et puis, chère économie, ne t’en fais pas pour ces soucis de financement extérieur. Ca partira tout seul quant tu chasseras le coucou hors du nid. Cet oiseau de malheur t’a fait perdre confiance en toi.
A moins que tu ne t’entêtes à garder ton actuel médecin traitant, l’avenir est devant toi.

Plus que jamais, la société civile doit se réveiller. Si le « dialogue national » réussit, le problème se reposera dans quelque mois. Ce n’est pas une prévision politique mais une prévision économique. Le coucou n’a d’autre choix que de vous appeler encore plus de sacrifices, pour le bien de vos enfants. Il vous appellera « maman », simulera l’agonie et vous encore plus peur sur son sort. Il criera de plus en plus fort et ouvrira encore plus sa bouche.

C’est utile, une révolution. Ça met des freins au gouvernement, ça le force à agir, à pencher d’un certain côté. Mais pas plus. L’état demeure.
Jean-François Somcynsky