hedi-bouchamaoui

Par Noureddine Belazi,

Un entrepreneur exceptionnel, constamment en avance sur son temps.

Le monde entier rend hommage à ses bâtisseurs de génie. Sauf en Tunisie, par envie ou par appétence de commérage, nous dénigrons, calomnions, attaquons, médisons, décrions, accusons, nanisons, pouffions. Le “TANBIR”, sport national par excellence auquel avons donné un nom que l’on ne trouve nulle part ailleurs, n’est pas seulement réservé aux communs des tunisiens, mais hélas, est aussi pratiqué par certaine presse qui par ignorance ou méconnaissance du domaine tombe dans des jugements fortuits, diffamatoires et infamants.

Je profite de votre article pour relater l’histoire exceptionnelle de ce génie que fût feu Hedi Bouchamaoui que votre article, induisant en erreur le lecteur, le présente connivent des autorités de la république bananière, intrus au domaine pétrolier, suceur de sang des tunisiens et pilleur de leurs richesses pétrolières.

Un entrepreneur exceptionnel, constamment en avance sur son temps.

Fils d’un petit entrepreneur, originaire du petit village Bouchamma à 5 km de Gabès, devenu au fil des ans un des grands patrons tunisiens et. Un dirigeant exceptionnel, séducteur et manipulateur, intelligent et chanceux, fonceur et courageux, adepte du secret.

Tout avait commencé vers la fin des années 1960, l’entreprise Française Entrepose se mobilise en Tunisie pour la construction d’un gigantesque projet, l’oléoduc qui allait amener le pétrole d’In Amenas dans le sud Algérien au terminal d’export de pétrole de brut de la Skhira pour le compte de TRAPSA, jadis « Transport de Pétrole du Sud Algérien », filiale à 100% de la société française CREPS, devenue « Tansport par Pipeline du Sahara ». Le jeune entrepreneur Hedi Bouchamaoui, connu dans la région de gabes dans la construction d’édifices avec façade en pierres taillés, l’hôtel oasis, le palais de justice, la maison de l’artisanat, le lycée Sidi Marzouk, est ébloui par ces étranges et gigantesques engins qu’il voie chaque jour passer par son village. Il allât rencontrer les responsables du chantier et leur proposât ses services, ainsi commence l’histoire de cet ingénieux personnage qui devint par la suite l’un des plus brillants entrepreneurs et hommes d’affaires en Tunisie. Ce pipe de 24’’ de diamètre (600 mm) long de 750 km pompait les productions d’In amenas et Hassi Messaoud vers le terminal Skhira. Le tançons dans le territoire algérien fut mis hors service à la nationalisation du pétrole algérien en 1972, seul le tronçon venant d’El Borma est encore en service.

Cette expérience lui permet d’accéder à un secteur, une activité et des techniques strictement réservés aux grandes entreprises occidentales qu’ils gardaient minutieusement au secret.

Environnement d’entreprenariat des années 1960 :

La Tunisie est dans ses premières années d’indépendance, la première école d’ingénieurs ENIT venait juste d’être crée vers la fin de l’année 1968, les ingénieurs diplômés des écoles majoritairement françaises se comptaient sur les doigts de quelques mains. Les entreprises Tunisiennes les mieux équipées avaient comme outils de travail, des brouettes, des pelles, des pioches et les plus fortunées avaient une charrette tractée par une mule.

Malgré l’environnement très défavorable, ce jeune autodidacte réussit parfaitement ses prestations et honore ses engagement et Entrepose l’emmenât réaliser les mêmes travaux dans le champ libyen Zelten oil field maintenant appelé Nasr oil field.

A partir des années 70, il concurrençât des entreprises Américaines, raflant des contrats de réalisation de gigantesques projets par coup de plusieurs centaines de millions de dollars et réalisât un chiffre d’affaire de plusieurs milliards de dollars. Il formât des centaines de techniciens et ingénieurs, employât des dizaines de milliers de tunisiens et compte désormais parmi les plus grandes entreprises internationales sur le marché libyen. Caterpillar, fameux fabricant américain d’engins de chantiers et le plus grand dans le monde, cite dans son historique le nom de l’entreprise Bouchamaoui et lui réserve un papier dans son magazine comme elle ne le fait que pour les plus importants de ses clients dans le monde.

Voyant ses activités diminuées par les conflits politiques entre Kadafi et Bourguiba, il les gela en Lybie vers la fin des années 70, et retournât au bercail.

Mais en Tunisie, la décision n’est pas totalement entre les mains de l’ETAP récemment crée (1972). et Ses dirigeants ne sont pas encore convaincus des potentialités locales. En 1978 il décrochât un contrat de réalisation d’injection d’eau dans les puits de SITEP (Société Italo-tunisienne d’Exploitation Pétrolière » à El Borma dans le sud Tunisien, en dépit de la résistance de l’associé Italien de l’ETAP. Voyant d’un mauvais œil l’arrivé de cet intrus, ils chargèrent, avec la complicité de certains décideurs nationaux, la société Stone et Webster, bureau d’ingénierie Américain, acheté depuis 2012 par Technip, à chasser cet intrus. Stone et Webster Fit comprendre aux décideurs Tunisiens que le travail effectué par cette entreprise Tunisienne était défectueux et que l’entreprise Bouchamaoui était défaillante. Ne trouvant pas support auprès des autorités locales il allât porter plainte auprès du tribunal international La Hey par un fameux procès qu’il gagnât. SITEP déboursât aux environs de 4 milliards de nos millimes, énorme somme qu’il dépensât totalement dans la construction et l’équipement de centres de formation.

En 1981 sa lutte contre le système favorisant les entreprises étrangères aux entreprises locales continues et se voit injustement privé à la dernière minute de la réalisation du pipeline multi produits de SOTRAPIL au profit de Spie Capag.

Mais il ne lâchât pas. En 1982 il réalisa la totalité des ouvrages de développement de la société SODEPS. En 1984 il décrochât, malgré la résistance d’Elf Aquitaine (aujourd’hui Total), la réalisation d’une plateforme offshore, jamais réalisée auparavant par une entreprise autre qu’occidentale et ouvrit ainsi et définitivement les portes de ce secteur aux compétences et entreprises Tunisiennes.

Aujourd’hui les entreprises tunisiennes travaillant dans le secteur se comptent par centaines, les ingénieurs et techniciens tunisiens sont parmi les meilleurs au monde.

Vers la fin des années 90 il accédât au domaine hermétique et à haut risques de l’exploration et d’exploitation pétrolière. Les découvertes en Tunisie étaient marginales, toutefois lui permirent de décrocher des permis en Egypte et en Algérie et ouvrît aussi les portes de cette activité aux autres entreprises tunisiennes.

Nonobstant le pouvoir énorme d’argent qu’il avait, Hedi Bouchamaoui restât :

Modeste : Il avait les moyens de s’acheter les limousines les plus chères du monde, s’offrir des palais en Espagne, avoir son jet privé pour dinez chaque soir à paris, mais sa voiture préférée était une fiat mirafiori, son plat préféré le couscous gabèsien, dans sa sobre villa de style andalou à Tunis.

Apolitique : Pour lui la politique c’est comme le feu, trop s’en approcher ca brule, trop s’éloigner on à froid. Il ne s’est jamais affiché publiquement avec le pouvoir. Certes il influençait mais sans mettre en péril son entreprise.

Formateur : Il croyait, encourageait, supportait et faisait confiance aux jeunes, a formé des centaines d’ingénieurs, techniciens et spécialistes dans tous les domaines de l’industrie pétrolière et ne lésinait pas à se payer les services des plus grands formateurs et spécialistes dans le monde.
Croyant : Feu Hédi était un bon musulman pratiquant, conservateur mais non fanatique, n’a jamais voulu investir dans le tourisme, de peur de se voir directement ou indirectement vendre de l’alcool.

Bosseur : il travaillait plus de 12 heures par jour, une fois il s’est fâché avec ses frères et associés et a déserté le bureau pendant un mois, à son retour il est revenu avec des procédures et organisation de flux de travails que seul un grand génie peut réaliser.
Branché sur les IT : Les micros films, mini ordinateur IBM, fax, PS2 8086, etc., ont débarqué dans son entreprise déjà dés les années 80.

Pionnier : Sa vie était des challenges continus, dés qu’il en gagnait un il en attaquait un autre.

Honnête : Ses fournisseurs, les plus connus dans le monde le croyait sur parole, le « gentil men agreement » était sa devise.

Négociateur : L’histoire de négociation de l’achat des grues Grove sont restés dans les annales de ce prestigieux fournisseur d’engins de levage.

En conclusion si Bouchamoui est dans le secteur du pétrole, ce n’est ni par hasard, ni par connivence, mais suite à un plan tracé et réalisé par un pionnier et un génie Allah Yara7mou.

Noureddine Belazi