isie-transparence

Le délai d’inscription des citoyens sur les listes électorales est dans sa dernière ligne droite. Celle-ci prenant fin le 22 juillet 2014 à 18h, nous nous avons songé à Nawaat qu’il était également utile de participer à encourager tout un chacun à s’inscrire pour exercer ce droit des plus fondamentaux et pour lequel des décennies durant, tant de Tunisiens se sont battus pour que ce droit de vote soit librement exercé.

En effet, face à la relative faiblesse du nombre de nouveaux inscrits sur les listes électorales et dont Nawaat a déjà dressé le constat récemment, nous avons choisi d’explorer le centre d’appel de l’Instance Supérieur Indépendante pour les Élections (I.S.I.E) dont Phoneact est le prestataire de services. Ceci afin de mieux apprécier comment sont traités les appels du 1814 et que demandent vraiment les citoyens.

C’est à ces interrogations qu’ont bien voulu répondre Mehdi Ayed, PDG de Phoneact, et Rim Abida, responsable du projet dans ce centre d’appel.

Bien qu’ayant répondu à la plupart de nos questions, certaines informations sont demeurées de l’ordre du «confidentiel» et ce, sur ordre de l’ISIE elle-même. Ainsi, il eut été intéressant de connaître le coût d’une telle opération ou, du moins, le contenu du cahier des charges, en sachant que c’est, entre autres, avec les impôts des citoyens que cette Instance existe et, par ricochet, cette opération se déroule.

Il est tout de même surprenant qu’une Instance qui prône tous azimuts la transparence, joue autant l’opacité. D’autant plus, qu’au milieu de l’interview, le représentant de l’I.S.I.E auprès dudit centre d’appel nous signale qu’il faut impérativement contacter le chargé de communication de l’I.S.I.E afin d’avoir son autorisation pour continuer les interviews. Ayant pris contact avec celui-ci, nous lui avons demandé de pouvoir questionner certains agents afin d’avoir leurs sentiments face aux demandes et aux besoins des appelants. Notre requête a été refusée, nous demandant de patienter afin qu’il vienne lui-même nous livrer ses impressions, ce que nous avons fermement décliné.

Notre attitude fut motivée par notre grande irritation à l’égard de cette opacité absurde qui entoure le fonctionnement de certaines institutions publiques. Sous couvert d’organisation et de démarches administratives, l’opacité et les obstacles à l’accès aux informations auprès de ces institutions deviennent, à force, plus qu’agaçants.

Que certaines informations soient de l’ordre du confidentiel, nous le tolérons ; voire le comprenons ; notamment lorsque cela touche à la sécurité de l’État. Mais ce qui est insupportable, c’est la pérennisation de ces pratiques d’un autre âge, ayant formaté ces attitudes couardes poussant à se débiner de ses responsabilités. Cette même couardise poussant ainsi à fuir le fait d’assumer ses devoirs de transparence vis-à-vis des citoyens.

Le fait que l’on nous ait refusé l’accès au cahier des charges et au coût d’une telle opération, qui plus est de la part du responsable de la communication de l’I.S.I.E, nous a singulièrement énervés. D’autant plus qu’il s’était agi d’un refus de la part de celui dont la charge et le devoir consistent également à communiquer sur ce que représente le coût de cette transition démocratique.

Et il est d’autant plus regrettable que le chargé de communication, au lieu de nous donner les chiffres de cette opération faisant partie d’un processus électoral, dont nous savons déjà qu’il a un coût particulièrement élevé, a choisi plutôt l’opacité. Et c’est tout autant regrettable que l’on se retrouve à Nawaat à faire le travail de communication de l’ISIE en rappelant au peuple tunisien, combien, en effet une telle opération électorale coûte cher.

Pour réussir cette transition démocratique, les Tunisiens ont en effet choisi de se munir de tous les atouts pour garantir la neutralité du processus électoral post 14 janvier. Et ils n’ont pas reculé devant le pari audacieux de soustraire l’organisation de ces élections au ministère de l’Intérieur. Et l’audace est telle, ainsi que le signale notre confrère de Nawaat, Riadh Guerfali, qu’en 2011 ce fut :

[…] la première fois dans le monde que des élections nationales soient organisées par une instance indépendante en lieu et place d’un ministère de l’Intérieur.

Si des précédents ont eu lieu dans des États en sortie de crise ou de guerre, jamais, en revanche -précise l’auteur de Nawaat-, un tel pari n’a été tenté indépendamment d’un ministère de l’Intérieur qui, administrativement –et pas seulement–, contrôle le moindre recoin d’un territoire national. D’autant que le fonctionnement d’une démocratie moderne est intimement lié à un minimum d’organisation administrative dont le ministère de l’Intérieur en incarne la colonne vertébrale, tant sur le plan local que national. La logistique impressionnante –rappelle à juste titre Riadh Guerfali– que nécessite l’organisation d’élections rend, en effet, particulièrement audacieux le pari fait par la Tunisie de confier une telle responsabilité à l’ISIE.R. Guerfali, Le Maghreb Magazine, 7 novembre 2011, p.30

Le coût d’un tel pari est très élevé. Mais c’est le prix à payer de ce processus de la transition démocratique à laquelle nous ambitionnons. Et c’est n’est pas pour rien que, mêmes les alliés de la Tunisie, ont mis la main à leurs poches pour y contribuer. Pour l’anecdote, les urnes du 23 octobre 2011 furent offertes par la Suisse et fabriquées au Danemark et coûtèrent, à elles seules, quatre cent cinquante-cinq millions et six cent vingt dinars (455 620 TND). Le coût total des élections du 23 octobre 2011 a avoisiné les 40 milliards de nos millimes (cf. le Rapport de l’ISIE de février 2012, p. 51 et 52).

Communiquer sur l’étendue de ces coûts est très important ; notamment à l’égard de ces citoyens inconscients des enjeux de ces élections… assez en tout cas, pour ne pas s’être encore inscrits sur les listes électorales.

Aussi, pour notre part, nous ne pouvons qu’encourager vivement toutes les personnes indécises à aller s’inscrire. Et ceux qui souhaitent des réponses à certaines interrogations, songez au 1814. Un personnel accueillant est mis à votre disposition pour vous orienter sur les démarches simples à entreprendre.

Note

Par devoir déontologique, nous avons envoyé cet article avant sa parution à M. Ben Ahmed, afin, s’il le souhaitait, y apporter des commentaires.

Nous avons, dans la foulée, été contactés par M. Tarek Chabir, directeur de communication de l’I.S.I.E. Ce dernier s’est excusé du dysfonctionnement ayant eu lieu, soulignant -et nous n’en doutons pas- la sincérité des démarches menées par l’I.S.I.E auprès des médias afin d’agir en toute transparence.

En outre, comme convenu, M. Chabir, nous a envoyé les documents demandés ainsi que les chiffres que nous avons réclamés. Ces informations transmises feront l’objet d’un autre article prochainement.
Nous avons apprécié le courage –car, il s’agit de courage- de M. Chabir, qui a pris ses responsabilités en reconnaissant le dysfonctionnement d’une part et en faisant le nécessaire, d’autre part, pour communiquer en toute transparence, surtout pour une institution aussi névralgique.

A cet égard, nous souhaitons rappeler que le but de cet article ne s’inscrivait nullement dans une campagne anti-ISIE, ni, du reste, cherchait à s’en prendre personnellement à quiconque.

Il s’était simplement agi d’exprimer un constat amer relatif à cette opacité à laquelle nous sommes souvent confrontés de la part des institutions publiques. Cette opacité, laquelle, sans aller chercher trop loin, est presque toujours due à cette crainte absurde d’assumer les responsabilité, parfois délicates, de communiquer avec le public. Et pour ne pas commettre une « boulette », on finit souvent par fuir ladite responsabilité, comme s’il s’agissait d’une faveur que l’on concédait au public.

Ce que nous retenons de cet incident, c’est la célérité et l’attitude courageuse de l’ISIE à rectifier le tir. Nous l’avons dit, il faut une dose de courage pour reconnaitre un dysfonctionnement et le réparer. Tout ceci est à mettre au crédit de l’ISIE. Et il serait bon que d’autres « responsables » -lesquels touchent un salaire en conséquence- en prennent exemple.