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Crédit photo : Mounir Bechedly

Selon un réflexe tragiquement universel, après chaque traumatisme lié à des actes présumés terroristes, les esprits les plus droitiers réclament l’instauration de lois d’exception, la suspension des droits et libertés, voire de la démocratie elle-même. L’attaque de Jebel Ouergha au Kef samedi 26 juillet n’a pas dérogé à la règle. Le sang des deux soldats tués n’avait pas encore séché que des voix s’élevaient pour réclamer la loi martiale et « le jugement des représentants de la troïka devant une juridiction militaire ». Chacun a trouvé son coupable, et la peur est accoucheuse de monstres. Cyniquement, certains partis politiques captent cette émotion pour en faire commerce.

C’est le cas de la page officielle Nidaa Tounes, qui quelques minutes après le drame publiait une vidéo de la veuve de Mohamed Brahmi titrée « Ceux qui portent la responsabilité du sang de tous les Tunisiens tués ce sont les criminels d’Ennahdha ».

La technocratie, cet euphémisme ersatz de la droite classique

Quelques jours auparavant, par la voix de Néji Djelloul, le parti se disait satisfait des mesures de rétorsion et de censure prises par le gouvernement Jomâa (d’autres sont encore à l’étude), même s’il estime que « cela reste insuffisant ». Une façon de suggérer qu’une fois au pouvoir, Nidaa Tounes ferait davantage que la fermeture de mosquées (mesure rare même sous Ben Ali) et la requête de filtrage du web.

L’assaut meurtrier de samedi s’est déroulé à 4 kilomètres de la frontière algérienne. L’Algérie, où la quarantaine d’assaillants se sont vraisemblablement repliés.

Le 22 juillet, dernier volet de son action tous azimuts de prévention d’autres attaques djihadistes, Mehdi Jomâa se rendait pour une visite éclair en Algérie, en compagnie des hauts officiers de l’Etat-major. Symboliquement, c’est la ville frontalière de Tébessa qui fut choisie. Peu d’éléments ont filtré de la visite de la délégation tunisienne de haut niveau, si ce n’est les formules d’usage de « coopération accrue ».

Y a-t-il une volonté politique réelle, côté algérien, de renforcement de la lutte antiterroriste, comme l’assurent les très diplomates officiels tunisiens ? Il y a lieu d’en douter, si l’on considère certaines déclarations d’Abdelmalek Sellal pas plus tard qu’en mars 2014, alors en pleine campagne électorale pour un 4ème mandat de Bouteflika. Arrogant dans son anti démocratisme, le Premier ministre algérien y apparait bien plus soucieux d’éradiquer par tous les moyens le Printemps arabe à ses portes.
On imagine la complexité de la tâche consistant à collaborer en matière de sécurité frontalière avec un régime tenu par des généraux historiquement rompus aux coups fourrés. A moins que les technocrates ne trouvent des recoupements d’intérêts avec le pouvoir algérien.

Pendant ce temps-là, la page djihadiste « l’Aube de Kairouan » continuait de narguer tout le monde en postant quasiment en temps réel le déroulement des combats.

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Gaza, un casse-tête pour les autocrates

Que l’on apprécie ou pas le style Marzouki, force est de constater le contraste saisissant entre sa gestion de l’élan populaire pro Gaza et la gestion d’autres pouvoirs craintifs du moindre mouvement de foule.

Ainsi, comme au temps de Ben Ali en 2008, l’Algérie interdisait cette semaine une manifestation de soutien au peuple palestinien aux prises avec Tsahal. A l’inverse, le président Marzouki a appelé lui-même à faire du vendredi 25 juillet une journée de mobilisation populaire de solidarité avec la résistance à Gaza.

Ce qui vaut à la présidence d’être accusée par l’élu Mongi Rahoui de faire diversion et de « vouloir semer le désordre ». Visiblement, il n’y a guère qu’en Tunisie où l’extrême gauche est adepte de l’ordre.

Pas d’union sacrée pour le 25 juillet

On aurait pu penser cette année que la double commémoration de la proclamation de la République tunisienne et de l’assassinat de Mohamed Brahmi permettraient un semblant d’union nationale.

Concrètement, parsemée de chaises vides, l’Assemblée nationale a donné à voir une classe politique plus décimée que jamais par des querelles partisanes. Reprochant à Mustapha Ben Jaâfar et à Moncef Marzouki une récupération des célébrations à des fins électorales, le Bloc démocratique a boycotté l’évènement, une décision annoncée par Sami Ettaieb.

Par égoïsme mais aussi par électoralisme à trois mois jour pour jour des élections, chaque parti tire à lui la couverture du 25 juillet, le Front Populaire voulant en faire « sa » fête exclusive. La veille, le concert en hommage au martyr Brahmi au Bardo n’était pas dénué de quelques fausses notes, à l’image du drapeau du régime syrien qui planait sur l’esplanade, exprimant ce qu’il y a de plus malsain dans le deuil vindicatif à relents nationalistes.

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UPT : le grand cafouillage

Entre les brouilles, les réconciliations, les annonces et contre-annonces de communiqués contradictoires, l’Union Pour la Tunisie c’est à ne plus rien y comprendre.

Daté du 24 juillet, le dernier communiqué en date correspond en tout cas à une forme de reddition du camp pseudo gauchiste, ou encore une OPA hostile réussie de Nidaa sur les autres composantes de l’UPT.

Alinéa 3, on peut y lire que « l’Union accepte la pluralité des formes de candidatures pour les élections législatives, dans le cadre de listes individuelles au nom des partis ou de listes de coalition au nom de l’UPT ».

Dans la même semaine, Béji Caid Essebsi réitérait sa position dans les colonnes du quotidien londonien Al Qods Al Arabi : « décision a été prise de se présenter sous la dénomination Nidaa Tounes, tout en laissant les listes ouvertes aux forces démocratiques désireuses de s’y joindre ».

En clair, ce sera cavalier seul et quelques cacahuètes pour les éléments acceptant d’exister au crochet du parti. Gageons que Abderrahim Zouari, qui faisait cette semaine son come back médiatique et politique, trouvera son bonheur dans l’une de ces listes, agrandissant ainsi la grande famille de la nostalgie.