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Source : la page facebook du Rassemblement du boycott des élections 2014

Le compte à rebours des législatives arrive à sa fin. Entre les meetings géants des partis politiques en lice et les campagnes qui envahissent les médias et les rues, il existe une catégorie de Tunisiens que peu de médias évoquent. Ceux-là préfèrent garder leurs doigts indemnes du bleu-violet de l’encre électorale. Certains sont silencieux, alors que d’autres appellent, ouvertement, à boycotter les élections de 2014.

Le soir du jeudi 23 octobre, trois militants du mouvement « Rassemblement du boycott des élections 2014 », Nadhim El Arbi, Bachir El Hamdi et Khelil El Khemiri ont été arrêtés par la police au centre-ville de Tunis. Les militants étaient en train de distribuer des tracts appelant au boycott des élections. « Alors qu’une chaine de télévision privée était en train de filmer notre activité, des policiers nous ont arrêtés sous prétexte que nous n’avons pas d’autorisation », explique Khelil. Les militants qui ont confronté l’hostilité de la police, ont été relâchés par le procureur de la République, au lendemain de leur arrestation. Les trois militants nous ont expliqué les raisons de leur campagne de boycott

Selon eux, les médias nationaux ne couvrent aucune de leur activité, bien qu’ils soient actifs, depuis des mois.

Même s’ils sont invisibles dans les médias et qu’ils préfèrent s’épargner la critique pour leur abstinence, le nombre des gens qui n’iront pas voter est considérable. À part les citoyens qui ont refusé de s’inscrire, plusieurs autres, pourtant inscrits, expriment, à la dernière minute, un doute et même un rejet de la course électorale. Amine Ouichka, jeune ingénieur, explique son boycott :

Pourquoi voter et permettre à des non-démocrates d’accéder au pouvoir par un processus démocratique ?

C’est, effectivement, ce que pense un grand nombre de Tunisiens déçus de la transition démocratique. En l’occurrence, les familles des martyrs qui ont manifesté leur mécontentement, mercredi 22 octobre, à l’avenue Habib Bourguiba contre une justice transitionnelle bloquée, selon eux, par toute la classe politique. Concernant les revendications de la révolution, plusieurs jeunes dans les régions défavorisées boycottent des élections qui, à leur sens, « assemblent des criminels et des corrompus de l’ancien régime, ainsi que des terroristes islamistes qui vont s’allier pour réinstaurer la dictature », dénonce Moudhafer Laabidi, ancien prisonnier politique du bassin minier, toujours au chômage.

Dans une démocratie, l’importance d’une position politique ne se mesure pas au nombre de ses partisans. Et pourtant, un embargo pèse sur les Tunisiens qui ne sont pas d’accord avec le choix de faire des élections législatives dans des conditions pareilles, avec une loi électorale qui ne protège pas les intérêts du peuple tunisien. C’est pour cette raison que beaucoup ne voteront pas ! Que vont changer les élections pour eux ? Rien! Et ils le savent! Non, nous le savons tous ! s’exclame Ahlem, militante de la société civile.

D’aucuns estiment que la déception de la constituante, en 2011, a découragé plusieurs Tunisiens et les a éloigné de la sphère politique.

J’ai eu beaucoup de remords parce que j’ai voté CPR et j’ai passé, plusieurs mois, à défendre l’indéfendable Moncef Marzouki et sa Troika ! Maintenant, je ne ressens aucune culpabilité à ne pas voter, car je pense que les candidats sont les mêmes et ils ne feront rien pour le pays, même dans cinquante ans, témoigne Zebaida Mejri.

Comme elle, plusieurs avancent l’argument de la crise économique et la sécurité qui étouffent, de plus en plus, le pays. En effet, les promesses électorales ont placé la barre des attentes très haut en 2011, et même lors de ces élections, ce qui a causé une déception démesurée de la part d’une bonne partie des citoyens.

La bipolarisation de la course électorale basée, essentiellement, sur la notion du vote utile et de la lutte contre le terrorisme n’aide pas la majorité silencieuse à faire son choix. Dans l’absence quasi totale de programme économique et politique, il est difficile de différencier les centaines de candidats.

Le duel médiatique entre islamistes et destouriens me convainc que ça ne sert à rien d’aller voter ! Je ne voterais pas pour le seul but de saboter les islamistes, car je sais très bien que tous les partis politiques, quelques soient leurs appartenances idéologiques, ne seront pas à la hauteur d’une véritable justice et d’une économie indépendante. Ces élections reflètent uniquement l’individualisme politique et la force de l’argent, affirme, pour sa part, Sonia Ben Rehayem.

Les surprises de ces élections seront, certainement nombreuses, mais le taux de participation sera, sans doute, important, le dimanche prochain.