50-Nuances-de-Grey

50 nuances de Grey. Ou le livre pseudo-érotique le plus mal écrit de l’histoire (j’exagère à peine).

Vous l’aurez deviné, je ne tiens pas cette trilogie à cœur. Cela dit, je ne suis pas ici pour discuter de belles lettres et de trame littéraire. Ce livre en lui-même m’importe peu. Je lui en suis même un quelque peu reconnaissante de m’avoir fait réaliser une énorme faille du système éducatif tunisien.

Vos élèves, messieurs dames, ignorent tout de la sexualité. Ou du moins leur connaissance se limite à quelques blagues salaces à la sauce tunisienne. Au delà, il ne savent rien. Ni de l’hygiène, ni des maladies sexuellement transmissibles, ni de rien.

Et quand de l’abus sexuel (très présent dans cette « saga » tristement célèbre chez des élèves de plus en plus jeunes) se fait passer pour du romantisme à l’état brut, n’allez pas vous demander plus tard d’où sortent toutes ces tentatives de viol. Ne vous étonnez pas d’entendre parler de personnes (hommes et femmes) qui se font violer sans le réaliser, souvent même dans le cadre d’une relation conjugale. De toutes façons, combien de personnes savent-elles ce qu’est un viol ? Dans une société qui se veut moderne mais garde une mentalité caverneuse où toutes les pulsions de Brutus doivent être satisfaites par madame, combien de personnes réalisent qu’elles peuvent dire « non » ? Combien l’osent ? Ce n’est sûrement pas si dur de dire « non »… non ? non. Car la société tunisienne n’a jamais appris à quiconque à ni respecter ni à se faire respecter. La sexualité a toujours été un tabou. N’attendez pas de voir le tunisien moyen discuter sérieusement et scientifiquement de sexualité avec ses enfants ! Oh jamais du grand jamais ! Savoir, apprendre, comprendre, se connaître soit même, c’est « 3ib » (عيب) tout ça! Et pourtant, il faut bien qu’on en parle, de sexualité ! Et si la famille ne le fait pas, l’école doit le faire.

Messieurs dames, nous avons besoin d’éducation sexuelle dans nos collèges et nos lycées. Nous avons besoin d’en parler. Parce qu’un enfant qui ne sait rien et qui n’ose rien demander à personne, ira chercher l’information ailleurs. Il y a ces livres mal écrits, bien sûr. Il y a ces copains plus ou moins (plutôt moins) bien informés. Et puis Internet est un lieu de prédilection. Mais combien peu de personnes savent à quel point internet peut être un endroit sombre. Très. Très. Sombre. Sombre et dangereux car il véhicule des idées faussées et vulgaires de toute sexualité. Le jeune et le moins jeune, confronté à internet et à une société où tout porte une connotation sexuelle, n’est plus conscient des limites à ne pas dépasser, des dangers qu’il encourt, et de ce qui est faisable de ce qui ne l’est pas.

Bien sûr je ne vous dis pas là de censurer le net (on sait tous que le Tunisien tend à comprendre de travers parfois), cela ne créera que de plus en plus de frustration. La politique de privation et de peur ne mènera nulle part. Si vous vous concentrez sur une politique de « la sexualité, c’est le mal absolu », vous ne ferez qu’amplifier la schizophrénie sociale déjà très forte.

Non. Ce que je vous demande, c’est d’être objectifs, de donner à chaque chose sa valeur et d’arrêter de mettre le tabou sur l’une des fonctions les plus basiques du cerveau humain.

Car discuter éduque les mœurs et cultive les esprits. Parfois même, et surtout chez nous, il sauve des vies.

G.B.J