tunisie-there-is-no-alternative

Image par Charles Hope, flickr.

1 Si manger la viande une fois par mois est largement suffisant pour la santé, qu’est ce qui nous pousse à désirer en consommer toujours plus ? C’est le mimétisme d’un consommateur qui n’a pas pu remettre en cause ce mode de consommation, et qui n’a pas d’abord su dire Non à ce qui est considéré comme nécessaire et imposé d’un en haut ou venue d’un ailleurs : il imagine qu’il n’ y a pas d’alternatif (TINA) pour penser autrement, il s’agit d’un consommateur qui se résigne.

2 Et si nous commençons à perdre toute la confiance au sujet de l’origine, de la nature et de la qualité de cette viande écoulée sur le marché à un prix exorbitant, qu’est ce qui nous empêche de penser à un autre mode d’échange que celui faisant usage exclusif de l’argent sur le marché ? La consommation collaborative, le partage et autres alternatives concrètes citoyennes (ACC) et simples existent, sauf qu’elles semblent être oubliées et ignorées. Pour l’exemple de la viande, nos parents ont pu assister, au moins dans la belle ville de Zarzis, à une pratique dite « Gassaamiya » où une fois par mois ou tout les deux mois, les familles et voisins égorgent une bête –souvent la vieille parmi les chèvres et brebis- et partagent la viande fraîche et sans passer ni par l’argent ni par le marché. Alors vous êtes pour TINA ou pour les ACC ?

Ces abréviations de mots sont chargées de sens car il en va de nos vies et de notre avenir. Nous vivons ensemble et voulons –en toute raison et en tout bon sens- que cela se fasse bien et le mieux possible. Certes la vie n’est pas en rose et les insatisfactions s’intensifient, la complication s’installe et le bon sens lié au simple semble être camouflé. Mais face à cette réalité et ses complications, nous sommes devant deux types choix : se résigner et laisser la fausse logique du marché s’occuper de l’essentiel pour gérer nos affaires -et nous gérer aussi, ou bien penser et faire un autre choix alternatif qui ne s’impose pas d’en haut (Etat providence et/ou marché) mais qui prend de la distance et parte des initiatives citoyennes. Le choix est alors entre deux genres d’attitudes : le genre consommateur (dans le système) et le genre Acteur (pour un autre bien vivre et mieux se comporter). Bien sûr cela ne peut concerner tous les aspects de la vie sociale, politique et économique du vivre ensemble, mais une belle partie du quotidien et de la vie en cité. Bien sûr la nostalgie de « c’était mieux avant » est flatteuse mais la quête du bon sens ne se cherche pas, j’imagine, dans une modernité ravageuse de beaucoup d’aspects de notre vie et de son lieu.

Ceux qui croient que l’histoire a déjà prit sa fin semblent ainsi renoncer à croire qu’il y a d’autres moyens que le marché du système capitaliste mondialisé pour résoudre les problèmes et relever les défis de l’Homme, de la société et de l’Humanité. Le célèbre slogan TINA signifie qu’il n’y a pas d’autres alternatifs ; que cette réalité est nécessaire, que l’Etat doit se plier et que les citoyens n’ont pas le choix, doivent suivre et adhérer. C’est un « sayl jèriff » (torrent balayant) auquel il est irrationnel de se montrer résistant, pensent-ils. Les ACC signifient les alternatives concrètes citoyennes qui, à la marge du système, développent les solutions et prouvent ainsi le contraire de TINA – c’est-à-dire une non existence de l’absence de voies alternatives TINTINA (There Is No there is no alternative), ce qui est donc équivalent à ACC : c’est d’abord un Non à la résignation et au torrent balayant ! C’est un Oui aux choix autres que le tout marché et tout Etat. TINA est une petite parenthèse de l’histoire que les ACC doivent effacer et faire oublier à jamais.

En effet la résignation ne tient pas : si, pour éviter le pire d’un éventuel vide s’installant suite au refus du système dominant actuel, on doit avaler la justification par le contraire consistant à dire « accepter momentanément le pire comme passage intermédiaire pour passer au meilleur », alors on risque sans doute de s’installer à vie dans le pire. En fait, le pire dure depuis longtemps déjà.

Le premier élément vers la consolidation de notre foi et conviction dans le bon sens des ACC est de ne pas croire au TINA, de l’enterrer à jamais ou de considérer qu’elle n’existe pas : TIN TINA peut être le nouveau slogan des ACC contre l’esprit TINA. Les exemples ne manquent pas lorsqu’on observe la part pervertie de la logique du marché rentrer de plus en plus dans les domaines de l’éducation, de la culture et de la santé. L’argent pervertie l’économie, l’économie pervertie à son tour la politique et la gestion qui s’installe et s’impose sera autour de la finance et équilibres financiers. Le citoyen est oublié et l’environnement sacrifié et… tant mieux (que dis-je !!!) car c’est à lui de réveiller et faire émerger les ACC. La ferme pédagogique et l’ombre du palmier (voir deux articles publiés par nawaat) sont deux ACC qui tentent de renouer le lien avec la nature.

Cette étape du refus de la résignation n’est que brève et intellectuelle. Car refuser l’esprit de ce système n’est pas la fin en soi et n’a pas à se transformer en une attitude négative consistant à être un antisystème à vie, un utopiste ou un révolutionnaire qui ne sort pas du cercle de la contestation. Sans implications pratiques positives, ces contestations restent de vrais remèdes que le système adore pour apaiser les tensions contre ses aspirations et sa stratégie. La critique, l’opposition, l’esprit révolutionnaire, c’est bien lorsqu’elles sont constructives, concrètes et authentiquement alternatives. Le système ici est un symbole qui s’identifie en fait à nous même refoulés pour justifier notre incapacité à réagir et faire éloigner la mise en œuvre de nos devoirs et engagements. En critiquant le système, nous critiquons en fait nos attitudes et nos engagements face à la résultante et à l’aboutissement de nos laxismes et faible prise de conscience.

Ce qui s’est passé en Tunisie en 2011 comme révolution est la véritable occasion et qui a permit de s’exprimer haut et fort : non au TINA. Notre révolution était donc l’expression d’un refus du non-sens. Elle avait tout le potentiel de préparer dès le début le terrain aux ACC, elle semble trainer un peu –mais je pense que ce n’est pas vrai. Les doutes qui semblent s’installer sont, j’imagine, liées, d’une part à la faible prise de conscience de ce placement de la révolution dans le cadre de cette orientation (siyaq) relatif au rapport entre TINA et les ACC et, d’autres part, les faibles acquis du sens de l’implication, de la responsabilité et de l’engagement dans les affaires politiques et de la vie de cité. Les chances de réussite ou plutôt d’aboutissement de notre révolution sont, au fond, intactes – malgré un semblant sentiment de confiscation. J’ai voulu à travers cet article d’opinion parler de la première condition de réussite des ACC : être convaincu et agir dans le bon sens. Un média engagé coté citoyen l’aidera à prendre conscience et à faire émerger ses initiatives et alternatives concrètes. Si chacun fait sa part, non seulement l’incendie prend fin mais la plantation des ACC redonne vie au printemps –pas seulement arabe mais celui de la civilisation humaine. Je tenterai prochainement, in chaâ Allah, de parler de la deuxième condition de réussite citée dans le précédent article.

L’idée ici est de présenter trois parties d’une simple opinion autour d’un plaidoyer pour le développement des ACC en Tunisie. Il s’agit de trois conditions de réussite cité dans l’article du 2 mai 2015.