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Dans l’antiquité, La Tunisie n’était pas encore connue sous ce nom mais les voyageurs et les aventuriers la reconnaissaient et l’identifiaient par l’odeur de ses jasmins. Avant d’aborder la terre ferme, les marins encore au large des côtes tunisiennes, pouvaient sentir le parfum des jasmins et mettaient le cap sur le bon port. Au lendemain de la révolution Héraclès impressionné par l’exploit des tunisiens, s’est invité au pays des jasmins pour offrir ses services. Le héros mythique grec a mis beaucoup de temps pour débarquer dans notre pays. Il s’est égaré parce qu’il ne pouvait plus sentir l’odeur des jasmins. Mais ce n’est pas grave, l’essentiel est qu’il soit enfin chez nous pour nous aider. La Tunisie est dans une impasse, il nous faudra des moyens titanesques pour sauver le pays.

La Tunisie a clôturé une période de quatre années de transition politique qui a alterné le pire et le meilleur. La crise économique et sociale persiste, la sécurité n’est pas encore établie et les réformes tardent à venir. Par contre, la mise en place d’institutions démocratiques demeure le seul point positif à son actif. Aujourd’hui, la situation de la Tunisie est critique et incite à la réflexion. Les paroles stériles qui ont largement inondé la scène médiatique n’ont accouché que la colère et le désespoir chez les tunisiens. Les gens crient au secours, la Tunisie est en perdition. Que faut-il faire pour sauver le pays ? Une bonne partie de la population croit qu’il faut travailler. C’est nécessaire mais ce n’est pas suffisant. En réalité il faut accomplir de grands travaux pour repêcher le navire qui est entrain de chavirer et pour le conduire à bon port. Ceci ne semble pas à portée de nos moyens, d’où l’idée d’appeler Héraclès pour accomplir ses fameux travaux en Tunisie.  L’idée n’est pas mauvaise du tout, la chance pourrait nous sourire une deuxième fois si on joue la carte de la Grèce antique.

Il y a 12 siècles, le calife abbasside Al Mamun a initié le mouvement de la renaissance arabo musulmane. Convaincu de la stérilité des esprits des flatteurs de sa cour mais aidé par une poignée de penseurs et savants authentiques il donnera une impulsion décisive à la culture en s’inspirant de la civilisation grecque antique. Il avait émis ses directives pour déblayer le terrain du savoir en entamant la traduction de la philosophie et de la science grecques. Et si la carte grecque antique a réussi à nos ancêtres, pourquoi ne pas la jouer de nouveau, nous qui sommes toujours à court d’idées ? Mais à la différence près que cette fois en Tunisie nous n’aurons pas à recopier le même processus car la situation qui prévaut aujourd’hui demande l’action et non le savoir. Pour cette raison, invoquer Héraclès pour accomplir ou mieux nous aider à accomplir des travaux importants en Tunisie pourrait résoudre tous nos malheurs.

Héraclès, héros grec, est connu pour avoir accompli 12 travaux difficiles. Fort de son expérience, il saura venir à bout de nos difficultés sans encombre. Il ne sera pas contraint de les exécuter dans le même ordre d’antan. Aussi doit on bien distinguer les travaux et les reconnaitre sous leur forme présente qui ne sont différents de ceux du passé qu’en apparence. Aujourd’hui nous invitons Héraclès à commencer par « les Ecuries d’Augias».

Augias, fils d’Hélios, possédait de nombreux bétails vivant dans des écuries insalubres qu’il n’avait jamais nettoyées pendant plusieurs années. Une quantité énorme de fumier dégageait une puanteur dégoutante. La tâche exténuante d’Héraclès était de nettoyer les écuries en une journée. Cette image semble être ressuscitée en Tunisie. Les ordures ménagères ont envahi nos cités, nos rues et nos lieux de travail. Les rares endroits de verdure sont infestés par les déchets de toutes sortes. En face de cette situation, nous affichons un regard impuissant. Un aveu d’impuissance général semble caractériser tous les citoyens.

A Héraclès nous lui demandons de nous assister dans l’accomplissement de cette œuvre exténuante et répugnante. Cette tâche lui demandera plus d’une journée. Il faudra lui accorder une année pour venir à bout de nos ordures. Néanmoins d’autres tâches doivent être entreprises pour appuyer son exploit. Les experts vont répondre sagement qu’il faut mettre en œuvre une «  stratégie d’ordures ». Mais Héraclès nous répondra : Il faut imposer une discipline rigoureuse et contraignante aux citoyens. Une discipline qui doit être appuyée par un châtiment (pénalisation) adéquat pour inciter les individus à se comporter en citoyens respectueux de l’environnement. Le concours des médias est utile pour assister à développer un esprit civique au sein de la population. Et enfin la mise en place de moyens de nettoyage et d’évacuation rapides des ordures et des procédés de recyclage des ordures conformément aux règles d’hygiène et du respect l’environnement.

Nous souffrons tous, sans le réaliser peut être, des ordures domestiques dans nos villes et nos villages. Nous citoyens, sommes les premiers responsables de ce mal car nous consommons et gaspillons sans limites et par conséquent nous produisons beaucoup d’ordures. Notre deuxième péché est comportemental et disciplinaire. Le citoyen tunisien ne se conforme pas aux règles d’hygiène concernant le conditionnement des ordures et ne respecte pas les heures de collecte. La responsabilité incombe dans un deuxième temps aux agents de propreté et de collecte des ordures. Les bacs roulants sont souvent non fonctionnels et très sales et en nombre insuffisant. Mais le comble réside dans l’heure de collecte. Dans aucun pays au monde, la collecte ne se fait de jour ou durant les heures d’activités administratives. Au pays des jasmins les agents de propreté et de collecte des ordures sont des fonctionnaires administratifs qui travaillent seulement les jours ouvrables et pendant les heures réglementaires et de jour seulement. La plus grande responsabilité est aussi celle du gouvernement et précisément des responsables de ce département. Ils n’ont pas défini de règles qui régissent ce domaine vital et n’appliquent pas la loi contre ceux qui l’enfreignent.

J’appartiens à une minorité de citoyens qui rêvent de voir nos cités propres, de ne pas sentir la puanteur nauséabonde lorsqu’on traverse les rues pour aller travailler ou pour vaquer à nos activités quotidiennes. Je suis d’une minorité de citoyens qui rêvent de voir nos espaces verts propres et qui sentent le jasmin. Je rêve de sentir l’odeur du jasmin avant de mourir. Mais on me répondra تجري الرياح بما لا تشتهي السفن يدركه يتمنى المرء ما كل ما. Je ne suis pas sûr qu’on arrivera seuls à nettoyer notre pays, et c’est pour cette raison que j’appellerai Héraclès tant la tâche est gigantesque. Les Ecuries nettoyées, nous demanderons à Héraclès de planifier le deuxième exploit « La Biche Cerinyte ». (A suivre).