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Le 30 septembre 2015, la Russie a entamé une opération de bombardements aériens visant des objectifs terrestres en Syrie. Aujourd’hui et après une semaine d’intervention et sur la base des sources ouvertes, les actualités rapportées par les différents medias, il est possible de produire une analyse sommaire de la situation opérationnelle en Syrie.

1 Le Terrain et les forces en présence : il est utile de se rapporter à une carte renseignée de la Syrie pour constater que les forces adverses en présence se positionnent comme suit :

● Le réduit côtier entre la méditerranée et l’autoroute Damas Alep : Couvre la côte avec les deux bases russes de Tartous au sud jusqu’à Latakieh au Nord et s’étend jusqu’à l’autoroute Damas Alep qui passe par les villes de Homs, Hama, Maarat Noaman. La région est en grande partie contrôlée par l’armée syrienne et des unités du Hezbollah à l’est de Damas. C’est la région la plus peuplée et la plus riche de la Syrie. Elle compte les ¾ de la population avec Alep, Damas et Homs les villes les plus peuplées de la Syrie. Les russes sont installés dans les deux bases et ont déployé 50 avions et hélicoptères, des unités d’infanterie de la marine et des Spetsnatz (Forces Spéciales).

● La frange frontalière kurde : elle longe la frontière avec la Turquie et couvre la région entre Kobani à l’Est jusqu’à la frontière Ouest avec l’Irak. Elle est contrôlée par les combattants kurdes.
● La poche Idleb –Alep : couvre les provinces Idleb et Alep. Elle est contrôlée par les groupes rebelles de l’Armée de Libération Syrienne, des groupes du Front Al Nosra et Ahrar Chem. C’est une zone frontalière avec la Turquie.

● La poche Deraa : au sud de Damas jusqu’à la frontière avec le Liban. Contrôlée par des groupes rebelles.

● Le vaste territoire de l’Etat Islamique : près des deux tiers du territoire syrien qui s’étend de l’autoroute Damas Alep à l’Est jusqu’à la frontière Ouest avec l’Irak. La région comprend les abords du fleuve Euphrate et la ville de Palmyre. Une grande proportion est désertique. Elle renferme les puits de pétrole à Raqa, Dir Zor et aux confins de Palmyre. La population n’est pas dense.

2 L’intervention russe: la campagne russe s’est étalée sur trois étapes.

● Une étape préliminaire : entamée au mois de septembre qui a vu une préparation intense dans l’infrastructure en vue de réhabiliter la base de Latakié, et dans le rassemblement du matériel de guerre par l’envoi des avions de combat et d’hélicoptères d’attaque, un contingent d’infanterie de marine et des bâtiments de guerre de la marine russe. Au cours de la dernière semaine de septembre, l’aviation russe a accompli plusieurs missions de reconnaissance sur le territoire syrien pour identifier les objectifs futurs.

● une étape de légitimation : Entamée au cours de la deuxième quinzaine du mois de septembre, c’est une action diplomatique très rapide conclue durant la tenue de l’Assemblée générale des Nations Unies. Le président russe a réussi à convaincre les acteurs occidentaux de sa campagne.

● Le Feu vert reçu, Poutine n’a pas perdu du temps et a frappé le fer tant il est encore chaud. Les avions russes ont entamé une opération de bombardement qui s’est étalée sur toute la semaine à compter du 30 septembre  pour frapper des cibles bien choisies :

● 30 septembre : Homs et Hama sur l’autoroute Damas-Alep. Objectif : Groupes rebelles.

● 1 octobre : Hama et la province Idleb. Objectif : Groupes rebelles.

-2 octobre : Hama et province Idleb. Est Damas. Objectif : Groupes rebelles.

● 3 octobre : province Idleb et Alep Ouest Damas (Groupes rebelles).

● 4 octobre : province Idleb et Alep (Groupes rebelles). Ville de Palmyre (EI).

● 5 octobre : Alep et Ouest Damas. (Groupes rebelles)

-6 octobre : Dir Zoor (EI). Alep et confins Damas.(Groupes rebelles)

-7 octobre : Raqa (EI).

3 Synthèse : une lecture de la chronologie des frappes aériennes russes conduit simplement vers les constats suivants :

● depuis le début de l’opération les avions russes n’ont pas cessé un jour le bombardement d’objectifs situés dans les zones contrôlées par les groupes rebelles qui combattent le régime syrien depuis 2011.

● les frappes sont concentrées sur l’autoroute principale Damas Alep, autour de la ville de Hama et dans la province d’Idleb et Alep.

● Hama est le symbole de la rébellion. Elle a été effacée de la carte du temps de Hafez Assad pour son soulèvement et a été le premier foyer du soulèvement en 2011. C’est le fief des Frères Musulmans. Idleb et Alep sont très proches de la frontière Turque.

● Durant toute la première semaine, l’aviation russe n’a frappé qu’à trois reprises dans le territoire contrôlé par l’EI. Un seul objectif aux alentours de la Capitale de l’EI à Raqa le 7 octobre. Et 2 autres objectifs à Palmyre et Dir Zoor.

● C’est ce qui expliquerait la fuite de milliers de Daechiens vers la Lybie. Ils ont eu tout le temps pour organiser leur exfiltration.
● la concentration des frappes s’est déroulée dans le fief des rebelles qui menacent le régime de Damas et qui contrôlent une région limitrophe de la Turquie.

4 conclusions

● la Russie n’a pas choisi arbitrairement les objectifs qui doivent être bombardés. C’est en commun accord avec le commandement syrien.

● les frappes ont ciblé les alentours de l’autoroute Damas Alep pour l’exploiter éventuellement dans le domaine logistique indispensable aux futures opérations terrestres. C’est aussi une limite probable de l’objectif des troupes terrestres. Le réduit côtier s’étend de la cote jusqu’à l’autoroute. L’autoroute pourrait être l’objectif opératif (Terrain) de la campagne aéroterrestre.

● Vaincre les rebelles des provinces Idleb et Alep pourrait être l’objectif opératif (Ennemi) de la campagne qui pourrait satisfaire l’objectif stratégique de l’intervention de la Coalition présidée par la Russie.

● L’objectif Stratégique recherché par Moscou est politique. Il pourrait être «  Sauver le Régime de Bashar ». Le président syrien a demandé ouvertement l’appui de la Russie et c’est sur la base de cette demande conforme au droit international que Putin s’est appuyé pour intervenir en Syrie.

● les frappes russes contre l’EI sont très limitées pour le moment et ne pourraient pas constituer une préparation à une action future contre l’EI.

● Au sud de Damas dans la province de Deraa, région contrôlée par les rebelles, l’aviation russe n’a pas travaillé.

● le jeudi 8 octobre, le Général syrien Ali Abdallah Ayoub a annoncé le début d’une offensive terrestre de l’Armée syrienne conjointement avec l’appui de l’aviation russe pour «  écraser les groupes terroristes et libérer les régions.. » . L’offensive a pris la direction de Hama. Mais on ne connait pas encore les résultats. C’est une suite logique aux frappes aériennes qui n’ont pas épargné cette ville depuis le 30 septembre. L’offensive se dirigera sans doute de Damas vers le Nord dans les provinces Idleb et puis Alep.

● Quant à l’Etat Islamique il pourra dormir sur ses lauriers. Il était le prétexte de l’intervention mais sur le terrain, la réalité est autre. Comme quoi «  la guerre est le domaine de l’incertitude ».