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La campagne de Syrie se poursuit suivant le même scénario mais ses jours ne se ressemblent pas. Chaque semaine on assiste à de nouveaux éléments. Les russes devraient bien orchestrer leur campagne militaire en planifiant chaque semaine une nouveauté comme s’ils voulaient dissiper toute lassitude qui pourrait naitre chez ceux qui suivent les événements. Mais si le problème syrien préoccupe les grandes puissances et leurs alliés régionaux, il ne semble pas intéresser le monde arabe ou les pays frères de la Syrie.

Ce pays est meurtrie par quatre années de guerre civile désastreuse pour le pays et annonciatrice de grands dangers pour ses voisins proches et lointains. Après un mois de frappes aériennes menée par l’aviation russe et une large offensive terrestre conduite par l’armée syrienne renforcée de contingents militaires iraniens et du Hezbollah libanais, la diplomatie est entrée en action pour essayer d’orienter les acteurs vers une solution politique. Au cours de cette dernière semaine, Vienne a abrité la deuxième réunion des pourparlers sur le conflit syrien. Beaucoup d’observateurs estiment que c’est un début prometteur mais qu’il est encore tôt pour y voir un succès. De l’autre côté sur le terrain, les combats se poursuivent avec la même intensité. Il serait utile à ce stade des opérations d’analyser les positions des acteurs externes à la Syrie et passer en revue le cours des opérations et ses répercussions sur la suite du conflit.

1. La position des différents acteurs externes

● USA et ses alliés européens : les occidentaux veulent négocier un calendrier précis du départ de Bashar Assad. Ils soutiennent les rebelles modérés dans la région Nord de la Syrie aujourd’hui contrôlée par les Kurdes.

● l’Arabie Saoudite: soutient les rebelles de Jabhat Nosra affiliée à Al Qaida. Le royaume Wahabite a une position tranchée «  Assad partira soit à l’issue d’un processus politique soit parce qu’il sera renversé par la force ».

● la Turquie : soutient les groupes rebelles de jabhat Nosra et Ahrar Cham mais combat les Kurdes du nord de la Syrie (sympathisants du PKK).

● la Russie : insiste pour que le président Assad joue un rôle dans la transition politique en Syrie. D’un autre côté elle soutient militairement le régime syrien dans son combat contre tous les groupes rebelles qui le menacent. Moscou estime qu’un règlement politique n’est possible qu’après la neutralisation des groupes terroristes en Syrie.

● l’Iran : offre un soutien militaire au régime syrien depuis 2012. L’Iran soutient le principe de non ingérence dans les affaires internes de la Syrie et le respect de la souveraineté du pays et du droit du peuple syrien à décider de son destin.

● Ligue des Etats Arabes : mutisme complet comme si le problème ne concerne pas les pays arabes qui sont touchés par les problèmes des réfugiés et surtout par la montée de l’extrémisme religieux qui ne cesse d’attiser les feux du conflit syrien et de la discorde dans le monde arabe.

● La Tunisie : premier fournisseur de combattants étrangers en Syrie et grand absent des pourparlers de Vienne. La Tunisie devrait être fidèle à la Ligue des Etats Arabes.

2. Synthèse des événements

Sur le plan Diplomatique : Dans la foulée d’une première rencontre organisée le 23 octobre entre la Russie, les USA, la Turquie et l’Arabie Saoudite, Washington évoque une participation de Téhéran aux pourparlers de Vienne pour tenter de trouver une issue politique au conflit syrien.

L’invitation a été élargie à plusieurs acteurs alliés des USA et autres pays de la région qui sont directement touchés par la crise syrienne.

La Russie a accueilli à Moscou et au Caire des chefs qui prétendent appartenir à l’Armée Syrienne Libre (ASL). Elle a aussi affirmé qu’elle est entrée en contact avec les Kurdes de Syrie.
Sur le plan militaire : l’aviation russe continue d’accomplir près de 50 sorties aériennes par jour pour frapper les positions des groupes rebelles dans les banlieues des villes de Damas, Homs, Hama, Idlib, Lattaquié et Alep. Les objectifs visés par l’aviation russe sont des postes de commandement, des dépôts logistiques de munitions de carburants et des camps d’entrainements des groupes de Jabhat Nosra et Ahrar Cham.

Les Américains ont entamé des frappes aériennes consistantes en Irak et en Syrie visant exclusivement l’Etat Islamique. Leur action se résume en 3R (Raqqa, Ramadi et Raids) et qui voudrait dire qu’elle va désormais se concentrer sur des objectifs situés dans les villes de Raqqa en Syrie et Ramadi en Irak et qu’elle va être concrétisée par des Raids aériens soutenus dans le but de désorganiser les troupes de Daech. Les USA ont ravitaillé des groupes rebelles et les kurdes au nord de la Syrie pour les inciter à combattre l’EI. Ils aussi comptent déployer 50 combattants des Forces Spéciales au Nord de la Syrie avec les Kurdes pour les aider dans l’acquisition du renseignement et dans la réception des ravitaillements.
L’ASL commence à communiquer aux russes des renseignements sur J. Nosra.

Une coopération est mise en œuvre entre les Russes et les Américains pour coordonner leurs activités aériennes dans le ciel syrien. Une autre coordination similaire est établie entre les russes et Israël. L’autoroute Damas Alep est nettoyée de toute présence de groupes rebelles. Cette route est très importante pour acheminer les renforts et les ravitaillements des unités de l’Armée Syrienne.

Conclusions

sur le terrain : Les frappes aériennes russes ont doublé d’intensité depuis le début de la cinquième semaine de la campagne militaire. Elles sont toujours concentrées dans les banlieues des six villes du réduit côtier (la Syrie utile). L’Armée syrienne a réussi à contrôler intégralement l’autoroute Damas-Alep axe stratégique pour l’acheminement des renforts et des ravitaillements aux troupes éloignées de la capitale.

Les défenses des rebelles dans les banlieues des grandes villes tiennent encore mais difficilement. Les ravitaillements se font rares, l’hiver approche et le moral ne sera pas au beau fixe après plus d’un mois de bombardements quotidiens.

Les sources syriennes et russes ont annoncé l’extermination de plusieurs rebelles d’origine tunisienne et tchéchène aux environs des villes de Lattaquié et Hama.
D’un autre côté la coalition des USA est entrée en action en ciblant les objectifs de l’EI dans l’ouest de la Syrie ce qui va encore renforcer la pression sur les groupes rebelles. En un mot la situation militaire en Syrie se dirige vers une défaite imminente des groupes rebelles.

sur le plan diplomatique : Il semble que tout le monde est prêt à faire un pas en direction d’une solution politique du conflit syrien. Une vingtaine d’acteurs et d’observateurs sont conviés aux pourparlers concernant la Syrie. Il est encore tôt de qualifier cette initiative de succès mais il ne faut pas non plus espérer une issue rapide. Le point positif est d’avoir réussi à réunir autour de la même table des protagonistes ayant des positions divergentes (l’Iran et l’Arabie Saoudite) et d’œuvrer dès maintenant pour une solution politique au conflit.

La principale pierre d’achoppement des pourparlers concerne l’avenir de Bashar. Mais on constate une certaine souplesse de la part des Américains et de leurs alliés européens et arabes. On ne parle plus du départ du président syrien comme condition préalable pour une solution du conflit mais d’un calendrier précis pour son départ.
On retient aussi que les positions les plus catégoriques ne viennent pas des acteurs les plus influents (Russie, USA et Iran). Ces trois pays donnent l’impression d’être plus souples que celles des pays frères de la Syrie.

On remarquera aussi l’absence des représentants du régime syrien et de l’opposition. La Russie pense qu’il est encore tôt pour les réunir ou les faire participer. La guerre n’est pas encore finie et n’a pas dit son verdict. Il y aura un vainqueur et un vaincu, cela facilitera les pourparlers et c’est peut être pour cette raison que les russes disent qu’il est difficile de voir une issue politique avant de vaincre les terroristes.

L’issue du conflit devrait pencher vers les volontés des acteurs les plus influents dans la campagne militaire. C’est pour cette raison que les USA ont tenu à participer directement à l’élimination des terroristes en Syrie en ciblant l’EI à l’ouest du pays. La Russie et l’Iran ont pris une avance notable sur les autres acteurs. Tandis que les pays qui ont soutenu discrètement l’effort de guerre (par l’argent et le matériel de guerre) auront aussi une voix discrète que ce soit dans les pourparlers ou dans l’après guerre. La Russie semble avoir bien orchestré un plan de fin de conflit qui penchera pour son avantage.

Les pourparlers sur une solution du problème syrien ont réuni beaucoup d’acteurs qui ne sont pas tous directement impliqués dans le conflit. On notera la présence de la Chine en tant qu’observateur et l’absence de la Ligue des Etats Arabes. D’un autre côté on ne comprend pas le désintéressement total de la Tunisie pour ces pourparlers. Notre pays est le premier pourvoyeur de combattants jihadistes en Syrie. 7000 jihadistes tunisiens constituent le tiers des effectifs de l’EI. Leur avenir devrait être discuté durant les pourparlers. Ce n’est pas une affaire simple qui pourrait être ignorée. Il est encore tôt pour solliciter une place dans les prochaines réunions sur le conflit syrien.