harcelement-sexuel-tunisie

Une cinquantaine de personnes s’est réunie, la semaine dernière, autour de la question du « harcèlement sexuel ». Une des actions de la campagne « un jour… un combat » organisée par une Coalition pour les droits sexuels et corporels sous la houlette de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD) en partenariat avec l’ATL MST SIDA, CHOUF minorities, Mawjoudin We Exist, Groupe Tawhida Bechikh, WAAÏ (وعي) et d’autres organisations.

Durant la rencontre, un seul chiffre alarmant a été révélé. Les organisateurs ont choisi de reporter la publication des résultats concernant le harcèlement sexuel, ultérieurement.

Une Tunisienne sur deux a été, au moins un jour dans sa vie, victime de harcèlement sexuel, avance Ahlem Bel Hadj.

Harcèlement sexuel : Etat des lieux dans les grandes stations de transport public de Tunis

Peu avant la rencontre, les organisateurs se sont divisés sur quatre groupes pour distribuer des tracts de sensibilisation dans les grandes stations de transport public de Tunis ( Place Barcelone, le TGM, Passage et Bab El Falla). Sur terrain, ils ont entamés des discussions avec les passants sur le harcèlement sexuel. « Nous avons été surpris par les réactions des gens. La plupart étaient des hommes qui acceptaient le harcèlement sexuel, sans savoir ce que c’était […] Un passant croyait, même, que le harcèlement sexuel était une relation sexuelle hors mariage », s’étonne Senda Ben Jebara de CHOUF minorities. Parmi les passants interpellés par les organisateurs, certains ont refusé d’aborder le sujet ou de prendre le tract. Oussama Bouagila de l’ATL MST SIDA confie que certains « sont convaincus que le harcèlement sexuel n’existe pas en Tunisie et qu’il faut laisser les gens vivre et le gouvernement travailler ». Pourtant, cet après-midi, passé dans la rue, a démontré aux organisateurs que nul ne pouvait y échapper.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=i15R4alvPXM]

Harcèlement sexuel, calvaire des populations stigmatisées

Selon Emma Hsair, militante de l’ATFD, « les femmes et les personnes LGBT sont souvent dans la ligne de mire des harceleurs. Ils se retrouvent réduits à subir un enchaînement d’agissements hostiles répétitifs ». Rappelons que l’ATFD a mis en place une cellule d’écoute qui offre assistance et protection aux victimes.

« Certaines femmes m’ont confié que des hommes, dans les transports publics, se frottaient ou se collaient à elles. D’autres les touchaient. Quand elles voulaient dénoncer, les présents les priaient de se taire. C’est une question d’honneur, ce n’est pas éthique d’en parler. Elles sont réduites au silence et doivent accepter ce qu’elles subissent », rapporte Oussama Bouagila de l’ATL MST SIDA.

Même en voulant sensibiliser contre le harcèlement sexuel, la femme est sujette d’intimidation dans l’espace public. Comme en a témoigné Senda Ben Jebara, militante de Chouf Minorities, un des passants a détourné son témoignage en une leçon de bonne conduite, en essayant, selon elle, de l’intimider.

En partant du principe que nous sommes dans un pays musulman, il a trouvé que j’étais à demi-nue. Pourtant je porte un demi-manche, un pantalon et des chaussures, s’indigne Senda Ben Jebara de Chouf.

Harcèlement sexuel, pénalisé…

Depuis 2004, le code pénal défini le harcèlement sexuel comme « toute persistance dans la gêne d’autrui par la répétition d’actes ou de paroles ou de gestes susceptibles de porter atteinte à sa dignité ou d’affecter sa pudeur, et ce, dans le but de l’amener à se soumettre à ses propres désirs sexuels ou aux désirs sexuels d’autrui, ou en exerçant sur lui des pressions de nature à affaiblir sa volonté de résister à ses désirs » (Art 226 ter). Il est puni d’un an d’emprisonnement et d’une amende de trois mille dinars. Une peine portée au double si la victime est un enfant ou une personne particulièrement exposée, souffrant d’une carence mentale ou physique qui l’empêcherait de résister à l’auteur du harcèlement.

Malgré la protection juridique, les victimes sont confrontées à plusieurs obstacles. Selon Hayet Jazzar, avocate et militante de l’ATFD, « cette loi écrite par des hommes pour les hommes a besoin d’être revue ». La militante féministe rappelle une revendication qui traîne depuis des années. En effet, selon la même intervenante, mis-à-part quelques victimes qui ont insisté à porter plainte et « à faire face à un appareil judiciaire laxiste », la majorité est forcée à rester dans le silence.