Si la situation était moins grave, nombreuses sont les déclarations de patriotisme qui fleurissent ici et là depuis le coup de main sanglant des jihadistes à Benguerdane qui prêteraient à rire. Dans le contexte présent, elles sont rien moins qu’exaspérantes. Pour des raisons qui tiennent probablement à des connexions mal agencées entre mes neurones, la première idée, tout à fait anecdotique, qui m’ait venue à l’esprit lorsque j’ai commencé à rédiger ce billet est ce post que j’ai lu, il y a quelques années, sur facebook. Il était rédigé par une dame que je ne connais pas, que je n’ai pas envie de connaître et qui est peut-être ma voisine de palier. Voici ce qu’elle disait, fière de sa fibre patriotique : « Oh, moi, j’achète tous mes jeans en Italie pour encourager notre industrie nationale ! » A cette époque – je ne sais pas dans quelle mesure c’est encore le cas – de nombreux entrepreneurs tunisiens et étrangers s’engraissaient dans la sous-traitance pour le marché international de produits textiles et notamment de jeans, baleines de soutien-gorge et autres boutons de braguette. Ce n’était rentable évidemment que parce que ces usines payaient à leurs ouvriers – surtout des ouvrières – des salaires de misère, sans évoquer les conditions de travail éprouvantes et la précarité de l’emploi.