La musique et l’actualité politique tunisiennes se sont montrées très inspirants pour certains artistes de la scène alternative arabe. De Casablanca à Amman en passant par les Territoires Occupés, les sonorités tunisiennes sont reprises et samplées, les événements politiques sont célébrés et commentés en musique. Sélection.

TrackTour 22

Terez Yazan & Friends – Dima dima

Formé en 2013 par la chanteuse palestinienne Terez Sliman et le guitariste-compositeur Yazan Ibrahim, rejoints par des musiciens membres du groupe Toot Ard, le groupe a signé avec ce titre un véritable coup de cœur. Pourtant, c’est la reprise d’une reprise. Extrait de l’album Almond Blossom sorti en septembre 2015, il s’agit d’un remake du morceau éponyme de Yasser Jeradi, lui-même reprise de l’Estaca de Lluis Llach, écrit en 1968 connu comme l’hymne officieux de la résistance catalane contre la dictature de Franco. L’arrangement riche et la voix suave de Terez Sliman -qui a gardé les paroles en arabe dialectal tunisien- en font un délice musical comme en témoigne ce live à Ramalllah.

L7a9d feat Danger & L’Ghadeb – Free Weld 15

Les rappeurs marocains ont réagi à la condamnation de de Weld El 15, leur homologue tunisien à deux ans de prison ferme pour son clip Boulicia Kleb , moins de deux semaines après la prononciation du verdict. Dans ce morceau sorti le 26 juin 2013, L7a9d (se lit El Haqed), de son vrai nom Mouad Belrhouate, souligne les similitudes entre sa situation au Maroc et la situation de Weld El 15 en Tunisie. Un an avant, précisément en mai 2012, cet artiste marocain a été condamné à un an de prison ferme pour son morceau « Kilab Al-Dawla ».

El Rass & Munma – Hadhra Horra

Les hymnes soufis tunisiens ont inspiré le duo libanais, particulièrement le spectacle El Hadhra composé par Samir Agrebi et mis en scène par Fadhel Jaziri. Jawad Nawfal alias Munma nous y surprend avec un improbable sample de Leyl Zahi intégré dans une trame de sonorités électroniques minimalistes. Sorti en mars 2013, un mois après l’assassinat de Chokri Belaid, ce morceau lui rend hommage ainsi qu’à plusieurs personnalités historiques tunisiennes. Au refrain, le rappeur El Rass invoque leurs noms dans une sorte d’incantation salvatrice. Dans un texte à la forte charge politique, il analyse poétiquement la situation de l’époque en commentant les dérives autoritaires d’Ennahdha et la nostalgie pour l’ancien régime incarnée par Nida Tounes. Il y commente la bipolarisation politique en faisant un rapprochement avec la crise syrienne et évoque « une coalition entre Coca Cola et le gang d’Ali Baba ».

Bruno Cruz, Mahmoud Jrere, Walaa Sbait, Terez Sliman, Toot Ard – Green Revolution

Sorti le 15 février 2011, à peine un mois après la fuite de Ben Ali, ce morceau, comme son intitulé le suggère, rend hommage à la révolution tunisienne. Il rassemble une pléiade d’artistes palestiniens aux univers hétéroclites, tous réunis autour du producteur et musicien Bruno Cruz qui s’est fait connaître avec son projet Ministry Of Dub-Key. Et ils viennent de différentes villes des Territoires Occupés : Cruz et la chanteuse Terez Sliman de Haïfa, le rappeur Mahmoud Jrere (du groupe Dam) de Lod, le raggaman Walaa Sbait (du groupe 47 Soul) d’Iqrit et les musiciens du groupe Toot Ard du Golan.

Yazan Al Rousan – Sbah Il Kheir

Extrait de l’album “Telfizion” sorti en 2007, ce titre est une célébration hilarante de la maitrise de chanteur jordanien de l’arabe dialectal tunisien. C’est à sa manière que Yazan Al Rousan y exprime son amour pour la Tunisie où il a vécu à partir de 2002 avant de regagner son pays d’origine et y créer en 2007 le groupe de rock Autostrad. Avec son côté décalé, ce morceau a eu un franc succès auprès des jeunes arabes en contact avec la Tunisie et marqués par son arabe dialectal.