On ne sait par quel nom appeler ces hautes solitudes. Il faut juste accepter de prendre le temps devant les photographies de Douraïd Souissi, les voir pour ce qu’elles sont. Et, paradoxe, pour ce qu’elles font : nous tourner littéralement le dos. En shootant dans différentes villes tunisiennes, de Makther à Haouaria, le photographe a réalisé des portraits de gens de la classe moyenne. De ces sujets en grande partie masculins, que l’on voit se replier sur leur intimité, nous ne saurons que les prénoms qui donnent d’ailleurs son titre à l’exposition : Mohamed, Salem, Omrane, Hbib ou Hsouna, etc. C’est comme s’ils devaient, malgré tout, nous rester inconnus au seuil infranchissable du cadre photographique. Si la proposition esthétique de Douraïd Souissi redoute le bavardage, elle ne ferme pas pour autant la bouche à l’interrogation éthique.