Cela se fait rare, un film qui ne laisse pas le regard tranquille. On connaît peu de courts métrages, dans la cinématographie tunisienne émergente, dans lesquels le geste documentaire nous éloigne nettement du tout-venant des formats du genre. On aurait pu le parier d’avance : après Pousses de printemps, son premier documentaire réalisé en 2014, mais avec l’audace de qui ne veut rien devoir à personne, Intissar Belaid revient dans Beyond the silence sur le rapport avec son grand-père. Le moins qu’on puisse dire de ce court-métrage est qu’il nous oblige à penser deux fois à ce qu’il nous donne à voir. Si sa forme se décante sur fond d’un récit en bribes, le film se rebiffe à quarante-huit images par seconde.

Entre deux regards, Beyond the silence fait passer le rasoir d’Occam dans ses images. Intissar Belaid filme son grand-père chez lui, dans son village keffois, avec sa deuxième femme et leur petite fille adoptive de dix ans. Il est question du temps qu’il fait, de souvenirs, de filiation. Mais le film ne cherche pas à faire récit de vie, encore moins à retracer une trajectoire. Car ce qui intéresse la cinéaste, c’est plutôt la lame de fond qui fait qu’avec son grand-père, elle ne partage presque rien, sauf peut-être un rapport au temps et le même attachement à la nature. Si sa démarche s’écarte plus ou moins de celle des documentaires de famille, Intissar Belaid ne se la garde en réserve que pour inscrire en images la faille entre deux générations, deux âges, deux points de vue. Voilà peut-être pourquoi elle compte sur les moyens d’une écriture vidéo qui, résistant aux emprises du récit, ouvre dans la diégèse du film un passage à double sens.