Prenons un détail. À élargir sa perception, à la manière d’une lentille, quelque chose se produit. Ce n’est pas si fréquent, mais l’effet est sidérant. Cela est vrai quand l’artiste s’appelle Ismaïl Bahri. Si l’on savait apprécier la sobriété, on dirait de son travail qu’il nous fait toucher du doigt à une substantifique moelle. Instruments, sa première exposition monographique, fait passer l’inévidente simplicité des choses au tamis de la caméra. On peut faire mousser la glose, mais on n’aimerait rien y ajouter. Car la description, si c’en est une, sera toujours sèche, réduite au minimum. Peut-être que le seul mot qui lui fasse écho est celui de « délicatesse ». N’en disons donc rien. Parlons d’Ismaïl Bahri et de ses mains – lui qui a la délicatesse dans la peau.

On voudrait parler de lui sans user du superlatif. Bleu glacé, le regard d’Ismaïl Bahri file droit vers l’infiniment petit. Dans sa réserve, il entre pour une part beaucoup d’humilité devant les choses. À la rigueur, comme dirait l’autre, on pourra obtenir de lui quelques explications sur sa manière de faire, mais jamais sur l’intention. Encore faut-il insister. Car une fois à l’aise, il est intarissable. Quelques minutes suffisent pour comprendre que l’étonnement chez lui ne vient pas sur rendez-vous, et qu’il faut de la précision pour rester au contact de la « chose-même ». Voilà déjà un mot coiffé de précieux guillemets, dont le vidéaste n’abuse pas plus que du verbe « affecter », qui survient chez lui avec quelque chose d’irradiant. Il y a, dans la démarche d’Ismaïl Bahri, une sorte de phénoménologie spontanée dont le minimalisme est voisin de celui d’un haïku.