Quoi de plus excitant que de se creuser les neurones, en pleine canicule, à propos de la question de l’héritage et de l’inégale répartition touchant la gente féminine. Quoi de plus stimulant pour l’esprit, que de se lancer dans ces palabres, sans fins, à propos du texte dogmatique, ses interprétations à l’infini à propos de telle ou telle question ayant trait à la conduite des choses de la vie terrestre et, Dieu seul sait, que le livre saint de notre Islam est un bréviaire où l’on découvre un véritable kit de survie pour les âmes en déshérence. Résultat des courses, c’est à une véritable foire d’empoigne que l’on assiste. En particulier, quand le locataire de Carthage en rajoute une couche à propos du mariage d’une musulmane avec un non musulman. A chacun sa fatwa pour assassiner l’argument adverse. Les plus pragmatiques proposant même de relancer la machine à déchiffrement faisant appel aux « lumières » de l’Islam.

Question: sommes-nous condamnés à prêter une attention à l’agenda de notre nonagénaire de président en matière d’urgences sociales? Ou bien, pour ne pas tomber dans le piège tendu, ne devrions-nous pas subvertir cet agenda et proposer d’autres termes à un débat biaisé ? A propos de la question de l’héritage, n’est-il pas venu le temps de poser, non pas la question de « l’égalité » devant ce qui semble, indéniablement, être un déni de justice, mais la « taxation » de ce dernier ? Nous pouvons nous appuyer sur la longue tradition remontant aux luttes pour l’égalité sociale réelle et dont le thème de « l’héritage » et de la « succession », en un mot de la transmission de la propriété, étaient considérés comme l’acte fondateur du nouveau régime issu d’une révolution.

L’inégalité sociale réelle trouve son fondement dans cette absurde tradition qui consiste à laisser aux « héritiers » l’entièreté de l’usufruit d’un bien qui, le plus souvent, a pris de la valeur uniquement par la loi de la spéculation. Regardez l’état des lieux en matière foncière, depuis à peine trois décennies, où l’on a assisté à la formation de véritables « baronnies » enrichies par le simple fait d’être nées fils et filles de propriétaires fonciers. Propriétés le plus souvent octroyées en fermage par l’Etat au lendemain du changement d’orientation, suite à la liquidation de la politique dirigiste du ministre Ben Salah en 1969.

Voilà les termes d’un débat qui peut rendre un peu de justice redistributive. De cela, ni notre nouveau caudillo de Carthage et sa ribambelle de conseillés issus, pour certains, des rangs de la « gauche », ni les coteries politiques qui n’ont pour devise que de branler dans le manche, n’ont intérêt à le soulever. Pourtant, toutes les révolutions passées en ont fait l’une de leurs actions principales; car taxer l’héritage est toujours le début du renversement de l’ordre social ancien. Aux Cassandre effarouchés par des mesures aussi radicales, rappelant que notre révolution a déjà privé de succession les rejetons du dernier dictateur et ceux de la famille de la défunte régente de Carthage, en fuite en Arabie Saoudite. Est-il raisonnable de s’arrêter en si bon chemin?