Un rapide coup d’œil sur cette période souligne que nous fûmes sous l’emprise du règne de la médiocrité où la moyenne est devenue la norme et où domina une sorte de compromis où les idées et les hommes devenaient interchangeables. Ce fut la sacro-sainte loi de se situer toujours au centre, (« El wassatiya », chère au Timonier des Frères Musulmans) à penser mou en glissant nos convictions dans notre poche afin d’atteindre le nirvana de l’être interchangeable, facile à ranger dans des cases ou à obtenir un strapontin ministériel. Un seul mot d’ordre: ne rien remettre en cause concernant l’ordre économique et social. Un seul mode d’emploi: « la gouvernance » qui, sous couvert de saine gestion des institutions publiques, impose d’appliquer à la chose publique les méthodes de gestion des entreprises privées supposées plus efficaces.

Sous le règne de la médiocratie

Rappelons que c’est la « Dame de fer », Margaret Thatcher et ses hommes de mains, dans les années 80, qui forgèrent ce concept. Ce mode d’emploi, qui depuis a fait tache d’huile à l’échelle mondiale, est une forme de gestion néolibérale de l’Etat caractérisée par la déréglementation, la privatisation des services publics afin de les adapter aux besoins des entreprises privées. Ses défenseurs réclament de nous que l’on accepte de « jouer le jeu »; cette expression à caractère tautologique, signifie l’acceptation de pratiques officieuses qui servent les intérêts de courte vue et permettent à l’arbitraire de prendre le dessus. Au bout du bout, avec cette posture, on se condamne à tricher pour perpétuer le régime des institutions corrompues. Mais la consternante médiocrité n’est ni accidentelle ni anecdotique. Historiquement divisée par la concurrence, les classes possédantes n’atteignaient quelque cohésion que par l’exercice du pouvoir de la maîtrise des mécanismes de la dictature policière face à la menace des « classes dangereuses ». Depuis un certain 14 janvier 2011 et la fuite du dernier spécimen de ce type de régime vers les cieux cléments de l’Arabie Saoudite, nos classes dirigeantes n’ont plus la main.

Les municipales, une occasion pour rectifier le tir

Les élections municipales sont prévues pour 2018. Nous avons l’occasion de stopper le règne de la médiocratie. Comment? D’abord en recueillant, même si le temps nous est compté, toutes les expériences de gestion municipale transitoire et surtout les hommes, les femmes et collectifs militants qui les ont porté après la tornade des « Dégage » qui a viré les conseils municipaux acquis à l’ancien régime. C’est à une assemblée municipale de faire la synthèse des riches expériences ayant eu lieu sur tout le territoire de la République. Cette assemblée débouchera sur la rédaction d’une plateforme alternative de gestion municipale. Elle pourrait mettre au point un label commun, à l’occasion des futures élections, d’un mouvement présentant partout des candidats qui se démarqueront des différentes combinaisons politiciennes représentatives de la médiocratie régnante représentée par les deux principales auberges: Nida et Nahda.

« Tounes Ma Tsamehch! » (Tunisie Insoumise!)

Voici une idée de label commun pour un mouvement alternatif pour les prochaines échéances électorales. Toutes celles et ceux qui n’ont pas désespéré de l’énergie révolutionnaire du grand chambardement qui a vu de nombreux dictateurs détrônés, sont dans l’obligation de se rassembler en une maison commune pour défendre, en pratique, les idéaux révolutionnaires toujours menacés. L’accumulation d’expériences dans les différentes villes où des équipes d’animation municipales ont été imposées par le mouvement révolutionnaire doit se traduire dans une offre politique alternative aux combinaisons des auberges qui ne visent qu’à perpétuer le statu quo.

Gérer des villes petites, moyennes ou grandes réclame que l’on invente des mécanismes d’autogestion qui permettront aux habitants de se prendre en charge pour transformer leur cadre de vie. Ces mobilisations citoyennes en assemblées décisionnaires transformeront radicalement l’ancienne gestion pyramidale, car les chantiers en attente de réalisation sont nombreux. Que ce soit la gestion rationnelle des ordures ménagères et des services de propreté, la question de l’éclairage public, les espaces verts, les locaux mis à disposition des associations pour le bon fonctionnement de ces dernières, la prise en charge de la petite enfance dans les crèches municipales publiques, l’animation culturelle sous toutes ses formes, etc… Tout cela conditionné par une fiscalité reposant sur une juste répartition de l’impôt, une stricte application de la stricte progressivité dans le calcul de ce dernier.

Il y a urgence à lancer des appels au niveau de chaque municipalité pour que celles et ceux qui partagent ces préoccupations se liguent et portent les couleurs de la révolution à la prochaine échéance sous la même bannière. Rédigeons rapidement et de manière collective un appel à signature allant dans ce sens. Autrement, ce sera une autre occasion ratée.