Pour nos peuples, la lutte pour la cause palestinienne vise unilatéralement l’ennemi, Israël, sans se soucier de ce qui a permis à cet ennemi de s’incruster, s’installer et s’enraciner sur cette terre paradoxalement orpheline et sacrée. Sans considérer les raisons, les failles et les moyens mis en œuvre pour coloniser progressivement la Palestine au vu et au su de tous. Et sans se poser ces questions primordiales et pénibles : Où est ce qu’ils ont échoué et de quels manquements sont-ils responsables ?

Il est à noter que ce conflit centenaire a été enfanté par la Déclaration de Balfour, datée du 2 novembre 1917 et signée par Arthur Balfour, secrétaire d’Etat aux affaires étrangères britannique. Ce dernier, s’adressant à Lionel Walter Rothschild, éminence de la communauté juive britannique et financier du mouvement sioniste, propose l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif. Soumise en amont au cabinet du gouvernement britannique, cette proposition a été approuvée avec la promesse de déployer les efforts nécessaires pour faciliter la réalisation de cet objectif. La déclaration de Balfour est considérée comme l’une des premières étapes de la création de l’Etat d’Israël.

Cette déclaration est survenue au cours de la première guerre mondiale, opposant principalement les puissances européennes trainant des contentieux antérieurs issus de rivalités économiques et coloniales. La Palestine était donc une cible parmi tant d’autres, étant sous la coupole de l’Empire Ottoman en déclin, comme le reste des zones arabes. Sans rentrer dans des détails historiques rébarbatifs, en s’appuyant sur le caractère marquant de la société jadis, qui opérait sa métamorphose d’une société agraire et artisanale vers une société commerciale et industrielle, on devine aisément l’estocade apportée aux peuples arabo-musulmans, et dans une plus large mesure, à l’Islam, à cause de leur réticence au changement et au développement et leur mépris des sciences et du savoir.

Les Saoud, retour aux origines du mal

Avec le déclenchement de cette guerre dont le moteur principal était le tropisme pétrolier, Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud, alors préfet sous les Ottomans se rapproche progressivement des britanniques et signe avec eux un traité de coopération en 1915. Le Royaume-Uni, étant l’ennemi de l’Empire Ottoman, soutient officiellement le nationalisme arabe pour l’indépendance. Avec les accords secrets Sykes-Picot pour le remodelage de la région, l’Etat Ottoman est brisé et l’indépendance arabe est aux oubliettes. En 1920, la conférence de San Remo remplace la domination turque par les mandats britannique et français sur une grande partie du territoire revendiqué par les panarabistes, sans satisfaire aucune de leurs demandes, et permet l’enracinement du mouvement sioniste désormais soutenu par l’Empire Britannique.

Protégé par le Royaume-Uni et suite à une multitude de conflits interarabes, Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud écarte ses rivaux et conquiert les territoires des deux lieux saints de l’Islam, la Mecque et Médine. En 1925, il signe avec les britanniques un second traité destiné à délimiter les frontières entre le domaine des Saoud et la toute nouvelle Transjordanie. En 1926, des légations soviétiques et britanniques s’ouvrent à Djedda et Abdelaziz se proclame roi. Et non calife. En 1927, un troisième traité est signé dans lequel Abdelaziz renonce à toute extension du territoire saoudien au détriment des souverains protégés par Londres tandis que les Britanniques reconnaissent le statu quo. Il est essentiel de rappeler à ce stade que la Mecque, tout au long de son histoire et précisément avant l’avènement de l’Islam, subsistait grâce à la Kaaba qui faisait l’objet de visites, rites sacrés et pèlerinages donnant lieu à des rassemblements et des foires. L’enjeu économique que représentait son territoire était vital et sa conquête indispensable pour un peuple qui a traversé les siècles avec une inertie intellectuelle paralysante. La Kaaba est donc considérée comme un fonds de commerce à revenus inépuisables, à condition que les pèlerins restent dupes. L’Arabie Saoudite actuelle a troqué la Palestine contre sécurité et immunité à cause de son gigantesque déficit de connaissances. A l’époque où l’importance de l’esprit dominait largement celle de la force physique et où la sécurité était tributaire de l’intelligence humaine, les sabres ne suffisaient plus. Par l’abus, la ruse et la traitrise, l’Arabie Saoudite a confisqué l’Islam, bafoué ses règles les plus élémentaires pour le pouvoir et la royauté, pour l’honneur dynastique. Sans le bain de sang palestinien, qui dure depuis des décennies, l’Arabie Saoudite n’aurait pas pu exister.

Les monarchies des fatwas, ou l’Islam pris en otage

D’un point de vue ancestral, un attribut principal caractérise les peuples arabes jusqu’à nos jours : la violence. Conjuguée à l’endoctrinement, elle a permis au terrorisme de se cristalliser et devenir Al-Qaïda d’hier et Daech d’aujourd’hui. En effet, en 1927, l’arrêt des conquêtes imposé par le dernier traité signé avec les Britanniques crée une embrouille entre Abdelaziz et ses alliés, Al-Ikhwan, en manque de domination. Une fatwa est alors formulée sommant l’interdiction de se révolter contre le détenteur du pouvoir. L’extermination des Al-Ikhwan devient licite et est presque aboutie. En 1928, une organisation transnationale islamiste sunnite est fondée par Hassen Al-Banna : Les Frères Musulmans. Noam Chomsky, linguiste américain et intellectuel engagé, a écrit : « Les islamistes radicaux ou extrémistes, souvent appelés fondamentalistes ont été choyés par les Etats-Unis dans les années 80 parce qu’ils étaient les plus implacables tueurs au monde ».

La doctrine de cette organisation est basée sur deux cultes, celui de la domination, énoncé par le dogme de son fondateur Hassen Al-Banna : « C’est dans la nature de l’Islam de dominer, ne pas être dominé, d’imposer ses lois sur toutes les nations et d’étendre sa puissance sur la planète entière » et le culte de la mort, inscrit dans sa devise : « Allah est notre but, le prophète notre chef, le coran notre constitution, le jihad notre voie, le martyr notre plus grande espérance ».

Toute personne éclairée et impartiale, libre de son esprit et hermétique à la haine et aux propagandes, peut normalement déduire l’infondé de cet illogisme. La domination dénature l’Islam. Son impact le prouve : à partir de la péninsule arabique et en moins d’un siècle, l’action politique de Mahomet, conjuguée à la mission prophétique dont il s’est senti investi, va affecter une grande partie du monde connu, de l’Atlantique aux confins de l’Asie, et modifier durablement les équilibres religieux, culturel et politique de l’humanité. La civilisation islamique n’est pas à démontrer. L’auteur américain Howard Turner a écrit : « Les artistes et scientifiques musulmans, les princes et les travailleurs, ont fabriqué ensemble une culture unique qui a directement et indirectement influencé les sociétés sur les autres continents ».

En 619, le prophète, par le biais d’une intermédiation réussie, gagne la confiance des habitants de Médine qui lui prêtent allégeance et l’invitent à s’installer dans leur ville après son exclusion de la Mecque. Sans omnipotence ni répression, l’autorité de Mahomet est établie et une armée le protège. Mahomet disait : « Le vrai combat ne se livre pas au sabre, mais dans l’âme de l’homme ». Cette civilisation, déchue officiellement à la chute de Bagdad en 1258, représentative du Monde Musulman d’antan, a été substituée par le Monde Arabe qu’on connait aujourd’hui. Au cours des sept siècles qui séparent les deux mondes, l’Islam a changé de main, a été abusé, instrumentalisé, déformé, évidé jusqu’à la déraison, pour être repris par le wahhabisme et décomposé jusqu’à la barbarie, sous le regard admiratif des ulémas influents de l’Islam.

De l’Egypte et en moins d’un siècle, l’action politique des Frères Musulmans, conjuguée à l’endoctrinement wahhabite financé à outrance, va infecter le monde entier, de l’Occident à l’Orient, et avorter une communauté disloquée, arriérée, martyrisée et sanguinaire. Parce que la masse populaire arabo-musulmane adhère à la thèse wahhabite. Elle vit, pour cette raison, un très grand anachronisme menant à un déphasage par rapport au reste de l’humanité. Les musulmans ne sont pas dans le monde, ils sont, au contraire, à l’extérieur du monde. Mieux encore, ils sont devenus le problème numéro un du monde.

Dieu a créé l’homme avec un cerveau pour faire des choix et être jugé en conséquence le Jour de la résurrection, par opposition à l’animal qui opine à toute dictée. Néanmoins, l’histoire des musulmans est marquée par un bras de fer infernal et ininterrompu entre les savants ayant une attitude critique pour explorer les sciences et qui ont inspiré les sociétés occidentales et les ulémas qui cherchent à analyser et interpréter les textes religieux et qui ont anéanti la réflexion orientale. Dieu a opté pour un prophète sans héritiers et une communauté hétérogène et unie. Seulement, dès son décès, les musulmans ont défiguré l’Islam par le califat, les schismes et le jihad, en difformant ce dernier dont l’essence est purement défensive. Pour les schismes, trois construisent le modèle de société musulman d’aujourd’hui : Le familial, entre hommes et femmes, l’interne, entre sunnites et chiites, et l’externe, entre musulmans et non musulmans.

Gaver son bourreau et blâmer autrui

L’estocade apportée aux peuples arabo-musulmans est l’œuvre de leurs rois et ulémas, œuvre largement méritée et inéluctable. Ces derniers doivent être les premiers à désavouer. Faire de Jérusalem la capitale d’Israël n’est que la concrétisation d’un projet remarquablement planifié. Comment peut-on blâmer sa parfaite réussite ? Le projet sioniste de conquête de la Palestine, élaboré et mis à exécution depuis un siècle avec l’appui constant et indéfectible de l’Arabie Saoudite, n’a pas trouvé de résistances arabes à la hauteur de ses grands moyens économiques, scientifiques, militaires et politiques.

Le projet sioniste n’a pas trouvé non plus une résistance éthique face à l’ostentation, la déloyauté et la barbarie. Malgré tout, l’Arabie Saoudite conserve son territoire intact et son prestige de gardienne des lieux saints de l’Islam. Ses caisses sont renflouées continuellement et ses pèlerins ne désertent jamais son sol. Par une piété aveugle et illogique, les peuples arabo-musulmans militent depuis plus de 70 ans pour la cause palestinienne en gavant son bourreau et blâmant autrui. Comment le Monde Arabe, peuples et gouvernements, envisage-t-il de faire respecter son : « Qods est une ligne rouge ! Elle est arabe et le restera pour toujours ! » ? Est-ce que le simple fait de l’identifier va résoudre les problèmes de la Palestine et arrêter son saignement à vif ? Qu’attendent les gens qui ont envahi les rues ? Que la Palestine reste telle quelle ? Juste pour l’honneur arabe ? Ils attendent que l’évolution suspende son cours ? Ou alors, ils réagissent par culpabilité, impuissance et mauvaise foi ?

Aujourd’hui, le monde entier réalise l’impérialisme sioniste et découvre la double casquette de l’Arabie Saoudite. Une grande majorité soutient la Palestine en tant que pays occupé protégé par le droit international, ni par les prières, ni par le génie musulman. La Ligue Arabe, en état de léthargie constant, n’a cessé de relancer le processus de paix concernant la Palestine, qui a constitué l’essentiel de ses résolutions. Et ce, pendant plus de 70 ans et en n’ayant qu’un statut d’observateur auprès de l’organisation des Nations Unies. Si la Palestine sera sauvé un jour, ce ne sera nullement grâce aux arabo-musulmans.

Aujourd’hui, le Monde Arabe est plus proche de l’adolescent attardé bipolaire que du sage érudit. Il espère, sur coup de baguette magique, pour contrer le projet sioniste, rétrograder les populations par l’endoctrinement et l’inculture, afin de retrouver l’Âge d’Or d’antan, sans avoir ni prophète, ni jugeote, ni une machine à remonter le temps. S’il continue sur cette voie, c’est la défaite assurée et irréversible.