Parce que l’Art est un pas effectué du connu visible vers l’inconnu secret de la Nature, vers l’invisible.Kalil Gibran

Avant tout, pourquoi traiter de ce sujet dans les expériences artistiques sur l’esthétique et la spiritualité… ?

Parce que l’apport de Sami Ben Ameur est très important : il concerne à la fois la nature de la fonction spirituelle de l’art, et les moyens dont l’artiste dispose pour que son exposition, « Éther et mélodie» qui se tient du 10 mars au 30 mars 2018 à la galerie Kalysté à la Soukra (Ariana), réponde à cette exigence.

Pour essayer de répondre aux questions que je me pose sur l’expérience spirituelle, cosmique et artistique de l’artiste tunisien Sami Ben Ameur.

Sami Ben Ameur, né à Sfax le 18 février 1954, est un artiste plasticien. Il nous renvoie à son expérience personnelle et son principe de nécessité intérieure. Car la volonté de l’esprit vient de la force engendrée par cette nécessité intérieure et le cercle spirituel progresse vers l’avant et vers un point appelé centre.

En contemplant quelques œuvres de l’exposition de Ben Ameur « Éther et mélodie » on constate des impressions, des signes, des formes, la lumière, la beauté, effet spirituel, la vibration de l’âme, et effet physique très superficiel, mais cette impression de superficiel peut se développer jusqu’à créer un événement intérieur. Plus l’objet est analysé, plus il y a un écho intérieur fort. Associé à des images astronomiques, il convient de considérer les dimensions et la forme de la Terre, autrement dit la «figure de la terre », qui constituent un thème central. Il a la particularité d’évoquer la forme ronde de la terre et la volonté du peintre d’embrasser du regard la totalité du monde.

L’artiste utilise dans sa création artistique une variété de techniques et de matériaux, couche sur couche, mouvement impressionniste. Dès le début, son œuvre (de son exposition « Éther et mélodie ») est l’expression d’une grande exigence artistique et spirituelle qui se traduit à travers la luminosité, le chatoiement des couleurs, la profondeur de son inspiration. D’autre coté, La nature qu’il vénère est une source d’inspiration pour lui et ses pochades sont imprégnées de cette aura de lumière et de couleurs que l’on retrouve dans toutes ses toiles.

Sa peinture représente donc de façon explicite un espace fini à l’intérieur du cadre et de façon implicite. Pour représenter le monde, le peintre, comme le géographe, doit prendre le recul nécessaire pour voir toute l’étendue de son sujet. Parmi tous les cadrages possibles, il préfèrera donc la vue d’ensemble qui englobe de grands espaces au gros plan ou au plan rapproché qui porte l’attention du spectateur sur le détail.

Il utilise des couleurs douces, bleutées, ombres noires, lumière blanche pour montrer la réverbération sur la neige, des formes occupent tout le tableau : coups de pinceaux visibles, touche floue caractéristique de l’impressionnisme Bien sûr, on ne manquera pas de dire où se trouve la fameuse pie noire. Il s’agit d’une scène spirituelle d’intérieur où l’on peut voir l’espace cosmique. La peinture est déposée en volume (surface multiple) de couleurs : il y a du dégradé, des effets de modelé.

Pour Sami Ben Ameur, c’est la couleur typiquement terrestre. Le jaune saurait devenir très profond… Comparé aux états de l’âme, il pourrait servir à la représentation colorée de la folie, mais non la mélancolie. Si l’on essaie de rendre le jaune (cette couleur typiquement chaude) plus froid, il prend un ton verdâtre. D’autre coté, on constate la puissance d’approfondissement du bleu est telle qu’il devient plus intense justement dans les tons les plus profonds et qu’intérieurement. C’est la couleur du ciel, tel que nous nous le représentons, au son du mot ciel. Donc, la couleur de bleu est la couleur typiquement céleste. Le bleu développe profondément l’élément du calme. Musicalement, le bleu clair s’apparente à la flûte, le foncé au violoncelle, s’il fonce encore, à la sonorité somptueuse de la contrebasse.

Cette exposition est l’occasion de revenir sur le titre «Éther et mélodie ». En art plastique, le terme d’éther a recouvert plusieurs notions, c’est une œuvre d’art, ou une création artistique et esthétique. C’est généralement un élément fait par un artiste.

En harmonie avec le thème de cette exposition, Ben Ameur utilise des mélodies intimes dans ces intersections sensuelles de la matière et de la lumière. Car la poésie a généralement été rattachée au lyrisme, l’expression des sentiments (exciter les mouvements dans ses œuvres). Mais avec Ben Ameur, la poésie s’oriente vers les visiteurs, les sentiments mutent du domaine affectif vers le plaisir esthétique.

L’artiste traduit en peinture une sensation ou une image mentale. S’il est pour lui utile de répertorier les éléments dont l’artiste dispose pour créer une œuvre capable d’atteindre l’âme humaine, il insiste fortement sur le fait que la théorie est subordonnée à la pratique et au sentiment, et qu’il n’y a pas de recette pour créer une œuvre d’art en dehors de la nécessité intérieure de l’artiste, qui obéit à des lois spirituelles.

En contemplant les œuvres artistiques du plasticien Sami Ben Ameur, on remarque que l’harmonie de couleur est d’une même essence céleste que les notes musicales, la poésie de l’œuvre, la musique, le son et le rythme.

Parfois même la mélodie, passant par une pulsation physique à travers le souffle bien sûr, mais aussi par les efforts de la bouche et les vibrations du corps de l’artiste, c’est d’une manière mystérieuse, énigmatique, mystique, que l’œuvre d’art véritable naît de l’artiste. Détachée de lui, elle prend une vie autonome, devient une personnalité, un sujet indépendant, animé d’un souffle spirituel.

Par ailleurs, Ben Ameur, ne peut créer que selon ce principe : réaliser à partir du néant et du plus profond de sa pensée. C’est ainsi que l’artiste peut comprendre le mystère de la création et s’élever vers l’idéal de la lumière créatrice dans laquelle il puise. Très tôt, il cherche à retranscrire sur la toile l’éblouissement de la lumière du soleil, qu’il étudie dans la nature ainsi qu’au travers de nombreux écrits scientifiques. Son exposition «Éther et mélodie », s’inscrit dans un ensemble de tableaux qui évoquent la terre et la lune. Chacun d’entre eux cherche à explorer la capacité de la couleur à générer du mouvement. Dans cette version, le disque, isolé, est décentré sur la toile pour suggérer les rotations cosmiques. L’enchaînement et la fusion des anneaux colorés stimulent la qualité vibratoire de l’image. La saturation chromatique, qui confronte des couleurs complémentaires, donne toute sa puissance à cette forme astrale.

Il représente, donc, la vie spirituelle comme un chariot, décrit comme un cercle, qui est la forme la plus appropriée pour schématiser la notion de “la nécessité intérieure”. Le point central du cercle évolue vers l’extérieur à travers ses nombreux rayons auxquels il doit son rayonnement, son développement, son agrandissement et sa réalisation artistique. La véritable création se fait selon le sens intérieur-extérieur, de l’invisible vers le visible, du néant vers l’existence.

Cette naissance cosmique, constitue une bonne entrée en matière. En effet, proposant une représentation de la mer et du ciel, il peut en même temps être interprété comme portant l’essence de l’abstraction. Au centre du tableau, semblant pouvoir en recouvrir la surface, le nuage, indéniable forme-pensée, traduit par son déploiement et sa couleur une idée et une émotion conjuguées.