Juste et sans prétention, La voie normale d’Erige Sehiri apporte une pierre précieuse à la rencontre documentaire avec le monde du travail dans la cinématographie tunisienne. À l’intersection de la chronique sociale et du road-movie, elle prend le wagon pour évoquer l’univers de nos cheminots, en mettant la pédale douce sur la seule ligne ferroviaire qui soit conforme aux normes, reliant Tunis à Ghardimaou. Bien qu’elle soit surnommée « la voie normale », elle n’a rien des rails sur lesquels s’élancer en toute sécurité : paradoxalement, elle est la plus déterriorée du réseau ferré. S’il adopte un profil bas, ce documentaire est loin de s’accoutrer des habits du film-dossier de société. Car le regard qu’il nous propose se double d’un autre regard que les cheminots eux-mêmes portent sur leur propre travail. Et c’est tout son mérite que de travailler, sur trois ans, à conjuguer deux dimensions : d’une part, la représentation sociale d’un travail ingrat ; d’autre part, la rencontre avec des paroles et des visages, soit la singularité des sujets et des vies.