Le label indépendant est devenu une valeur à part entière lors des dernières élections municipales. Au rejet général des élections qui s’est traduit par un taux de participation très faible (35%) s’est ajouté celui assez net des partis politiques, devenus synonymes d’irresponsabilité et de corruption pour une grande partie de la population. Ce recul touche en particulier les partis au pouvoir, Ennahdha et Nidaa Tounes, que les listes indépendantes, prises dans leur ensemble, dépassent nettement. Seulement, le mode de scrutin proportionnel rend l’obtention d’une majorité absolue quasiment impossible, ce qui oblige les listes qualifiées à contracter des alliances pour pouvoir gouverner. Des alliances qui impliquent parfois la création de coalitions mêlant listes indépendantes à listes partisanes. Dès lors, que devient la liste indépendante face à la nécessité d’une alliance ?

Tout est question de rapport de force

Indépendant ou non-indépendant, tout est question de rapport de force. Là où plusieurs listes indépendantes sont arrivées en tête, la question de l’alliance avec les partis politiques ne se pose pas. A la Marsa, les listes Al Marsa Titbadel (La Marsa change) et Alwan Al Marsa réunissent 18 sièges sur 30 soit plus de la majorité. Elles se sont donc alliées, au nom de la proximité de leurs programmes respectifs. Les deux alliés ont désigné un candidat commun à la présidence de la municipalité, candidat qui est assuré de gagner au vu de la majorité réunie. Comme nous le confirme Mouna Mathari de la liste Al Marsa Titbadel : « Nous avons écarté les représentants des listes partisanes ». Les deux listes en tête ont signé un protocole d’accord, établissant la feuille de route de leur politique et distribuant les 11 commissions qu’elles peuvent présider selon la loi et laissant quatre autres commissions, dont celle des finances, allant de facto aux partis Nidaa Tounes et Ennahdha, arrivés respectivement 3ème et 4ème et contraints à être dans l’opposition.

De droite à gauche, Mohamed Taieb Mhiri (Amal El Marsa), Mohamed Slim Meherzi (Al Marsa Titbadel) et Moez Bouraoui (Alwan El Marsa)

A jamais le consensus ?

Là où le rapport de force n’est pas en faveur des élus indépendants, un autre son de cloche se fait entendre. L’idée d’alliance avec les partis au pouvoir fait son chemin, bon gré mal gré. A Béja par exemple, la liste indépendante Al Anwar n’est arrivée que 5ème, obtenant 2 sièges sur 30. Elle est devancée par quatre listes partisanes qui, dans l’ordre, sont : Ennahdha (8 sièges), Nidaa Tounes (6 sièges), le Parti Destourien Libre (6 sièges) et enfin le Front Populaire (3 sièges). Lorsqu’on interroge l’élue d’Anwar Rihem Jabri, elle n’exclut pas l’alliance avec des partis : « Nous venons de la société civile, des scouts, nous ne sommes pas otages d’une idéologie, nous travaillerons avec quiconque propose un consensus qui bénéficiera à notre ville ». Ici, indépendance rime avec rejet de l’idéologie, ouvrant la voie donc, à l’alliance avec les partis au pouvoir dans une position clairement minoritaire.

La liste Al-Anwar à Béja penche vers l’option du consensus

Si le consensus semble aller bon train à Béja, où le nouveau maire Mohamed Yasser Gharbi issu de Nidaa Tounes a été élu – à huis-clos-  avec 22 voix sur 29, il s’est pris un revers à la municipalité d’Ariana où l’ancien constituant Fadhel Moussa de la liste indépendante Al Afdhal a été élu à 20 voix contre 16 pour la candidate de Nidaa Tounes Aziza Htira. La liste menée par Fadhel Moussa avait largement dominé l’élection, obtenant 15 sièges sur 36 tandis que les deux partis au pouvoir en obtenaient 6 chacun. Fidèles à leur habitude de faire fi de la loi au profit du consensus, les élus des deux partis au pouvoir ont proposé de recourir au consensus pour l’élection des trois vice-présidents du conseil municipal. Leur proposition ayant été rejetée, des élus d’Ennahdha, de la liste indépendante Al Ward et de Nidaa Tounes se sont retirés de la salle, boycottant le vote. Leur boycott n’a pas influé sur le vote, qui a vu l’élection de deux vice-présidents d’Al Afdhal et d’une troisième vice-présidente issue des rangs d’une autre liste indépendante appelée « Ariana: toi et moi ».