Le moins qu’on puisse dire de Ahl El Kahf est que son élégante sécheresse l’aura infléchi sur un spectre qui va du journal intime à la lettre-film. Fakhri El Ghezal, qui  se voit à l’aise aussi bien avec la forme vidéo qu’avec la photo argentique, n’en est pas à son coup d’essai. Déjà auteur d’I’m at the back, réalisée en 2017, il y creuse le même sillon que dans ses films. Mais contrairement à The after, son premier long-métrage documentaire produit en 2015, le contexte du quotidien se prête ici, dans sa tenue formelle certainement autant que dans sa ligne de mire, à une sorte de visitation subjective du vécu. Emprunt d’un gris de brume, le film lui-même est dans la « reprise » : il revient sur le périple clandestin de deux rappeurs, Joujou M et Galla3, partis en 2014 de Redeyef, ville du bassin minier tunisien, vers l’Italie pour rejoindre la France. Le cinéaste a filmé avant. Il aura aussi filmé après. En partageant les réminiscences, Ahl El Kahf s’écrit avec ce désir de retracer une trajectoire tout en sillons, sur laquelle vient se greffer un geste épistolaire qui fait passer son adresse au tamis de l’absent.