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Le vendredi 26 février 2016, Yassine Brahim, Ministre de l’Investissement et de la Coopération Internationale a signé une convention avec la société italienne ICL-Italy pour la réalisation d’un projet de biocarburants à hauteur de 200 millions d’euros qui devrait permettre la création de 4 000 emplois. Toute la presse, avec sa superficialité habituelle, s’en est d’ailleurs félicitée. Personne ne s’est enquis de piocher dans l’identité de cette mystérieuse entreprise qui se hasarde à engager tant de milliards alors que les investissements directs étrangers fuient la Tunisie comme la peste.

Fait curieux encore pour un projet de cette ampleur, ni le site du ministère concerné ni la page facebook du ministre ne font mention de cette convention alors que pour ce dernier au moins on s’attendait à ce qu’il vante ses propres mérites après que son image fût ternie par le scandale Lazardgate. Mais à chercher qui est cette firme et qui se cache derrière elle, il n’y’a vraiment pas matière à se flatter.

ICL-Ytaly filiale d’un groupe israélien

Par souci de transparence sur le marché international, le groupe agrochimique et industriel israélien ICL Chemicals Tel Aviv a procédé à l’unification de toutes les entreprises qui le représentent ou lui sont affiliées dans plusieurs pays sous l’unique marque ICL. En mai 2015, cette unification a concerné entre autres deux entreprises italiennes dont la Pm Chemicals srl Milano qui est devenue ICL-Italy srl Milano.

Présentée par le ministre comme une société italienne spécialisée en énergies renouvelables, ICL-Italy, comme elle se reconnait elle-même, n’est en fait qu’une filiale qui regroupe et fournit les produits de toutes les divisions de la société mère israélienne ICL dans le domaine de l’agriculture, l’industrie chimique, les additifs alimentaires, etc. Plus est, ICL-Italy est le représentant exclusif en Italie de la firme, israélienne aussi, Carmel Olefins Ltd basée à Haifa.

Sans risque d’équivoque donc, ICL-Italy qui devrait disposer dans le cadre de ce projet d’un pan du territoire tunisien de 13 000 hectares dans le gouvernorat de Kairouan, est bel et bien une filiale israélienne gérée par des Italiens dont fait partie la charmante Lucia Galbiati cosignataire du projet avec le ministre Y. Brahim. Celle-ci a eu d’ailleurs l’amabilité de poser en photo souvenir avec le parapheur dans les salons VIP du ministère. Un détail qui pourrait un jour servir de preuve.

Que cache Yassine Brahim ?

Mr. Yassine Brahim truffé de ses diplômes centraliens et rôdé aux transactions internationales ne pouvait certes ignorer l’identité des investisseurs dans ce qu’il appelle par modestie un mégaprojet. Si les Constituants eux-mêmes n’ont pas condamné la normalisation avec l’Etat d’Israël pourquoi devrait-il se priver d’une bénéfique normalisation économique génératrice d’emplois pour 450 cadres. D’autant plus que le gouvernement, soucieux de redresser la situation économique, a banni les lignes rouges et se trouve même disposé à faire la paix avec les contrebandiers.

Brouiller alors les pistes en invoquant une chimérique société mixte italo-tunisienne tantôt appelée ICL-Tunisie et une autre fois Biomagreb-ICL, signer la convention avec la comptable plutôt qu’avec les dirigeants, ne sert donc pas à camoufler la collaboration économique avec « l’entité sioniste ». Pour Y. Brahim la question ne se pose même pas dans le cadre d’une économie globalisée. Il s’agit surtout de dissimuler le fait que cette affaire est montée par l’escroc international et mafieux Aldo Bonaldi. Et malgré que ce projet n’engage pas financièrement l’Etat, le simple fait de côtoyer ce personnage est susceptible de le faire couler dans un nouveau scandale qui cette fois ne le verrait pas impliqué avec des financiers véreux mais avec des truands de bas fonds.

Aldo Bonaldi le chef du projet Bioéthanol

Selon le journal La Presse du 26/02/2016, Mme Lucia Galbiati n’est déléguée que pour la cérémonie de signature de la convention. Le chef du projet bioéthanol est le ressortissant italien Aldo Bonaldi qui n’a pas manqué de préciser à la presse que le choix de la Tunisie pour ce projet énergétique n’est pas bien arbitraire et que sa firme est bien établie dans le pays. Toutefois on comprend mal dans quel sens ICL Ytaly est  « bien établie » alors qu’il affirme que ce genre de projet constitue une première en Afrique. La réponse est que le signore Bonaldi s’est bien établi en Tunisie non pas en tant qu’entrepreneur mais en tant que latitante (fuyard) planqué dans nos contrées sûres à cause d’un mandat d’arrêt émis à son encontre par Interpol. Selon le Corriere della Sera du 22/03/2011, A. Bonaldi a été condamné pour association de malfaiteurs, faillite frauduleuse, faux et usage de faux, escroquerie aggravée et diverses malversations. Un curriculum bien malpropre pour un chef de projet spécialiste de l’énergie propre.

Aldo Bonaldi, une vieille connaissance de la Tunisie

A. Bonaldi qualifié par les journaux italiens comme «  le sorcier de l’évasion fiscale » puisqu’il doit encore à l’Etat italien 164 millions d’euros, soit près de l’égal du montant du projet bioéthanol, s’est déjà pointé en Tunisie en décembre 2010 avec l’intention d’investir cette fois 900 millions d’euros pour créer une plantation d’eucalyptus couvrant 160 000 hectares qui devait créer 45 000 emplois! Il avait signé avec le Yassine Brahim de l’époque le méga contrat en tant que vice président de la compagnie Global Wood Holding basée en Suisse. Compagnie qui s’est avérée selon la magistrature italienne liée au clan du célèbre boss mafieux italien Michele Provenzano.

L’épopée tunisienne de Bonaldi est aussi marquée par une longue cavale depuis sa condamnation en mars 2011 jusqu’à son arrestation en juin 2013 à l’ambassade d’Italie en Tunisie alors qu’il s’y rendait pour renouveler son passeport. Selon les autorités italiennes, c’est son complice et premier collaborateur italien résident en Tunisie, Roberto Baroni, qui lui a assuré sa planque tunisienne durant toutes ces années. S’il a refait surface auprès de notre ministre Y. Brahim c’est qu’il vient de bénéficier le 19/02/2016 d’une libération conditionnée par le remboursement de ses victimes. Une semaine après sa remise en liberté, voilà déjà qu’il côtoie les honorables commis de l’Etat tunisien.

La méthode Aldo Bonaldi

On ne sait pas comment ce prétendu homme d’affaires italien, à peine libéré de prison, a su se positionner en tant que chef de projet bioéthanol au sein de la ICL-Italy. Mais on sait qu’il affectionne la fréquentation des dignitaires corrompus basés en Italie, en Ukraine, en Turquie et maintenant en Tunisie qui a su surclasser ces pays dans le hit parade de la concussion. Car toute son activité consiste à arnaquer, avec l’aide de ces filous, des organismes financiers privés ou non gouvernementaux par une méthode qui lui est propre.

D’abord il monte des sociétés bidon dans son domaine fétiche l’agro énergie. Puis il élabore des mémorandums d’entente ou des contrats auprès de collectivités locales ou de gouvernements qui sont séduits, outre les pots-de-vin, par des projets qui ne les engagent pas financièrement. Comme pour le projet bioéthanol, même s’il n’est pas concrétisé, il n’induirait pas des coûts financiers pour l’Etat tunisien et le ministre n’aurait pas à subir les affres d’une destitution, voire, d’une incarcération. Tout l’intérêt de ces contrats pour Bonaldi est que le sceau de l’Etat donne un sérieux à son dossier qu’il se hâte à présenter à des organismes financiers. A ce stade, interviennent ses liaisons mafieuses qui font que des banques prestigieuses se montrent prodigues et assurent le financement de ses projets sans garanties réelles. Une fois l’argent empoché, il déclare faillite, change de résidence, et le tour est joué. Ainsi, dans une affaire qui remonte à 2011 et pour laquelle il a été condamné par contumace à 2 ans et 8 mois de prison, il a pu soutirer à la très sérieuse banque Barclay’s 10 millions d’euros dont 2 millions ont servi à corrompre l’administrateur italien de la banque.

En conclusion

L’affaire ICL-Italy commence déjà à s’ébruiter. Déjà le chargé de presse du ministère de l’Investissement et de la Coopération Internationale Chokri Mahjoub a démenti « les accusations » sur les colonnes du journal électronique Espace Manager. Selon lui il s’agit d’une confusion. Ladite société est bien italienne mais elle porte le même nom qu’une société israélienne. De cette réaction primitive à chaud on peut déduire que le ministre voit venir le scandale et se prépare au pire car il ne peut exister deux sociétés transnationales de cette envergure portant le même nom. Il devra par conséquent choisir la nationalité qui fait le moindre mal.

Avec une ICL israélienne il peut à la rigueur faire valoir les traités internationaux, l’ALECA en l’occurrence, qui fait agir bien de gouvernements sous la contrainte économique. Avec une ICL italienne, qui ne peut être que factice suivant la bonne méthode Bonaldi, il peut s’épargner l’ire des nationalistes mais se retrouve embarqué dans une association de malfaiteurs et devra justifier ses mauvaises fréquentations. Un choix difficile car dans les deux cas le ministre Yassine Brahim sera l’homme par qui passera le scandale.