Au lendemain de la révolution du peuple tunisien qui a connu sa journée de gloire le 14/01/2011 avec la fuite du Tyran, la TV tunisienne a été comme électrocutée.
– Le 14 janvier, tandis que l’ancien régime était entrain de vaciller, TV7 diffusait un documentaire surréaliste sur les canaux romains et l’architecture antique.
– La nuit du 14 au 15 janvier, elle a diffusé des chansons.
– Le lendemain 15 janvier, surprise ! un présentateur sous un logo modifié « télévision Tunisienne Nationale » tétanisé par le rôle qu’on lui avait alloué, donnait la parole à des tunisiens de la rue par téléphone.
– Pour le téléspectateur, le spectacle surréaliste était aussi important que les témoignages téléphoniques. Le pauvre homme écoutait en usant d’un crayon sur une feuille imaginaire comme si sa main était prise de convulsions. Il osait à peine interrompre ses interlocuteurs, semblait dépassé par ce qui lui arrivait et il respirait la peur par toutes les pores de son corps.
– Dans la nuit, quelques téléspectateurs ont fini par trouver la mascarade trop longue et ont commencé à donner aux journalistes des leçons de savoir faire : vous êtes des journalistes de télévision, sortez et ramenez des images et des témoignages vivants…
– Toutefois, la TV nationale a joué cette nuit là un rôle primordial auprès d’une population terrorisée par les tirs au-dessus des maisons et par les milices dévastatrices. Elle a su rassurer un peu, apporter le réconfort d’une promesse d’un secours même hypothétique, et parfois les journalistes ont su trouver les mots pour conseiller les auditeurs qui ne savaient plus quoi faire.

Tout va changer avec la nomination du gouvernement !

Dans un premier temps, plus de place aux témoignages populaires mais une longue et fastidieuse soirée avec des membres du gouvernement. L’intervention la plus odieuse et la plus cynique fut celle du ministre de l’Intérieur qui est venu tancer la populace et lui rappeler ses torts. « La révolte a coûté cher au pays : 3 milliards pour l’économie, 33 commissariats vandalisés, des dizaines de mairies et de Gouvernerats et de banques abîmés ! Voilà le fruit des « désordres » !!!! Tant d’efforts de la nation (vous comprenez l’Ancien Régime) partis en fumée à cause de ce soulèvement ! »

Et bien sûr, ce cher ministre a su trouver les mots pour accuser une partie de la jeunesse d’être dans les voitures des voleurs et des tueurs. Et de manière à peine voilée, il a pris la défense des « ces pauvres familles terrorisées qui changeaient de domicile toute les nuits pour échapper à l’aveugle vindicte populaire » J’ai failli pleurer mais je me suis souvenu à temps qu’il parlait de ceux qui craignaient la révolution parce qu’ils savaient qu’elle ne leur pardonnerait pas ce qu’ils avaient fait !

Dans la même soirée, un autre ministre s’est présenté pour dénoncer les méfaits de l’information non contrôlée d’Internet et ses suppôts de Satan « Facebook et Youtube »… Bien sûr il n’a pas oublié les télévisions et radios étrangères qui diffusaient des informations fausses et non confirmées par les autorités compétentes et il appelait les bons tunisiens à ne faire confiance que dans ce qui était diffusé par la télévision nationale, qui seule avait des sources sures !

Tout cela était nauséabond ! J’ai changé de canal !

Aujourd’hui, 18 janvier, j’ai voulu voir où en était la résurrection de TV7. C’était 13 H, l’heure du journal télévisé !
– Premier sujet : la matinée du 1er ministre sur un ton qu’on croyait avoir oublié ! Décidément, rien n’a changé !
– Deuxième sujet, Oh divine surprise, concernait la démission de trois ministres. Enfin du nouveau !
– Mais rassurez-vous, les miracles ne durent jamais longtemps, le sujet suivant était dégoulinant : le ravitaillement est enfin là, le calme règne, circulez ! Il n’y a rien à voir !

Je suis passé sur Eljaziraa !

Vers 17 H, curieux de voir les réactions après les manifestations et les quatre démissions de ministres, me revoilà sur la chaine nationale ! Et là, quelle agréable surprise : un reportage auprès d’intellectuels tunisiens et tenez-vous bien : le plus courageux de tous, celui qui poussait à la parole libre et franche, c’était le journaliste ! Il harcelait ces pauvres professeurs et autres philosophes pour les pousser à « cracher le morceau » et à dire leur opposition à la composition du Gouvernement d’unité Nationale ainsi que leur refus des ministres du RCD !

Dans la soirée, enfin, une vraie émission politique « Volonté du Peuple » avec trois ministres, un journaliste invité, un animateur compétent et des contradicteurs par téléphone. Ce fut imparfait mais cette émission était la première du genre sur la télévision nationale et je dois l’admettre de bonne augure !

Lotfi Midouni
Tunisien
Midouni@gmail.com
Professuer de lettres Modernes à DAX (40100)