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Par Khaled Ridha

Les bénéficiaires du monopole politique du RCD sont nombreux et divers. En tête de liste, il y a l’ancien président et les membres de sa famille (épouse, enfants, gendres, neveux…) : « la famille régnante ». Viennent ensuite, les grands commis de l’Etat et les hommes d’affaires proches du clan au pouvoir, les hauts responsables du parti et des organisations « nationales », les hauts cadres de l’administration centrale et les directeurs généraux du secteur public, puis les gouverneurs les secrétaires régionaux du RCD et les affairistes locaux liés à eux, enfin les maires de village, les responsables locaux du RCD.

Tout ce beau monde a établi des réseaux de clientélisme et de délation. Des relations de « services offerts » contre « services rendus » rattachent les uns aux autres. Les fonctions attribuées et les avantages acquis sont tributaires de l’appartenance à tel ou tel réseau, du degré de pouvoir de tel ou tel protecteur…

Ce système de domination-extorsion a ses propres règles dont la plus importante est qu’avec des relations on peut enfreindre toutes les règles et rendre inopérantes toute base légale. Tous les obstacles légaux et institutionnels sont aisément contournés et mis à profit par la fameuse formule magique : « C’est l’un des nôtres ! » ( Hadha mt’a3na)

Ce système complètement irrationnel et totalement arbitraire élève la corruption au stade de vertu cardinale : « profite et fais profiter ! » ( koul wa wakkil). Il fait doubler les fonctions « officielles » par les relations « officieuses » rendant les premières de façade, inopérantes et à la limite inutiles.

Il tire sa force de la force et du « prestige de l’Etat » qu’il accapare à son profit, de la force brute qu’il utilise contre ceux qui se montrent critiques à son égard, de l’intimidation de ceux qui refusent ses règles et de la peur qu’il suscite chez la majorité des citoyens.

La révolution a réussi à mettre fin à la peur de ce Moloch mais celui-ci tente depuis le 14 janvier de reprendre force et de ne rien lâcher dans l’espoir de restaurer sa domination exclusive afin de préserver ses privilèges.

Si du fait de sa rapacité, le clan du Président a réussi à faire l’unanimité contre lui cela ne doit pas faire oublier que la lutte sourde au sommet de l’Etat opposait des requins dont chacun voulait s’approprier la plus grande part de bénéfices. Mais au-delà des gros bonnets, la multitude des profiteurs veulent que le changement se limite à remplacer un chef par un autre.

En effet tous les bénéficiaires de l’ancien système tiennent à garder ce qu’ils ont acquis auparavant et ne veulent sous aucun prétexte rendre compte à la justice ni laisser qui que ce soit examiner l’origine de leur fortune ou de la fonction qu’ils occupent. Même les « petits maires » ont crié au scandale lorsque certaines voix se sont élevées pour demander qu’ils soient remplacés par d’autres !

Parallèlement aux tentatives de déstabilisation de l’ordre public : pillages, incendies, fuite de détenus, rumeurs d’enlèvements, résurgence de conflits d’ordre tribal…une campagne de dénigrement est menée contre la révolution et les organisations les plus hostiles : la liberté c’est le chaos, les élections livreront le pays aux islamistes, la révolution est l’otage des extrémistes de gauche et de l’UGTT, les avocats ces profiteurs sont de faux révolutionnaires, ( Yadh Ben Achour a même été comparé au Pape de l’inquisition !)[1]…

Au nom de la démocratie, les anciens bourreaux critiquent leur exclusion du jeu politique et se présentent comme victimes d’un système dont ils étaient les seuls bénéficiaires ! Un avocat habitué aux plateaux de la télévision n’a-t-il pas déclaré que : « le RCD est la plus grande victime de Ben Ali » ! Les médias relaient les doléances de toutes ces nouvelles victimes qui versent des larmes de crocodile croyant ainsi manipuler des citoyens qu’ils ont si longtemps brimés.

Après s’être terrés pendant trois mois, les profiteurs se montrent au grand jour manifestant avec fracas leur colère contre le nouveau système qui est en train de se construire allant jusqu’à proférer des menaces : si vous nous excluez attendez-vous à un bain de sang ![2]

Les anciens responsables poussent l’audace jusqu’à parader à la tête d’un cortège de manifestants à Hammamet [3] Des réunions secrètes se tiennent un peu partout. Des formations politiques voient le jour sous des dénominations neutres au début (la patrie, l’initiative…) puis la couleur est clairement annoncée ( parti libre destourien, parti réformateur destourien…).[4] Des meetings sont organisés où trois mille nostalgiques assistent à l’un d’eux.[5]

Mais le net n’est pas oublié. Bien au contraire, des messages de haine et de calomnie sont diffusés pour discréditer les partis, les intellectuels, les avocats …on oppose les uns aux autres, on fait allusion à l’ordre désormais impossible, à l’économie qui périclite…à la Tunisie qui n’est plus cet havre de paix et de stabilité. Des nostalgiques purs et durs appellent au retour de ZABA.

La période de panique est passée pour les profiteurs, désormais ils se montrent de plus en plus sûrs d’eux, de plus en plus audacieux ….Il faut dire que la dissolution par jugement légal du RCD n’a nullement signifié la fin de ses réseaux et de sa mainmise sur l’Etat et l’administration. La lenteur voire l’absence de procédures judiciaires à l’encontre des anciens responsables, les complicités au sein de l’administration et avec une frange du patronat, les médias non encore réformés…font que la situation n’a pas fondamentalement changé pour les maîtres d’hier qui rêvent d’être également les maîtres de demain.

A ce rythme, j’ai peur qu’un jour on entende dans les artères de Tunis : le RCD est mort ! Vive le RCD !

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[1] Commentaire 18/04/2011. Shemsfm.net 16/04/2011
[2] Info-tunisie.net 22/04/2011
[3] Kapitalis.com 27/04/2011
[4] Elkhadra.over.blog.com Wikipédia :partis politiques tunisiens
[5] Kalima-tunisie.info 29/05/2011