Interview avec Kosaï jaïbi, traduite en français

Kosaï Jaïbi est un pharmacien, sympathisant du mouvement Ennahdha dans les années 90. Le 29 juillet 1993, il dit qu’il s’est fait enlever de sa demeure par Ezzedine Jenayah, directeur de la sûreté de l’Etat. On l’accuse d’avoir préparé un putsch, d’avoir préparé le bombardement de la salle où devait se passer le Congrès de la Persévérance organisé par l’RCD, de complot avec l’Iran, de Kidnapping de Cyrine Ben Ali et de Lamia Kallel, fille du ministre de l’intérieur Abdallah Kallel, de tentatives d’attentats terroristes dans plusieurs hôtels à Djerba, Monastir, Hammamet et Nabeul et autres chefs d’inculpation tels que des réunions secrètes et transfert d’argent …Le même scénario se répétera avec Rached Jaïdane, Hammadi Abdelmlak, Sofien Mansouri, Lotfi Rezgui et Mohamed Msedi.

Trois ans plus tard, ils seront condamnés à 26 ans de prison avec six autres qui étaient alors en état de fuite, à savoir Saleh Karker , Samir Ben Mabrouk, Ibrahim Ben Ikram, Abdelltif Tlili, Faycal Ben Aida et Alela Jamai. Selon les accusations, Karker qui était encore en France, serait le chef de ce groupe qui « voulait préparer le putsh ». Le 11 octobre 1993, à peine trois mois passés, Charles Pasqua, ministre de l’intérieur français à l’époque, signe à l’encontre de Salah Karker deux arrêtés : dont le premier était « expulsion pour nécessité impérieuse pour la sûreté de l’Etat et la sécurité publique » et un deuxième « assignation à résidence dans le Finistère, dans l’attente que soient réunies les conditions de l’expulsion ».

Selon Rached Jaïdane, cette affaire n’a été qu’un coup monté de toutes pièces par Ben Ali pour camoufler une autre, celle de la « Couscous connexion ». Dans une récente interview faite avec la militante des droits de l’Homme Luiza Tozcane, il déclarera que

l’affaire dite de la “couscous connexion” dans laquelle était impliqué Moncef, le frère du Président Ben Ali, a fait couler beaucoup d’encre dans la presse française. C’était une affaire de trafic de drogue et de blanchiment d’argent sur le sol français qui remontait à 1992. La justice française avait demandé l’extradition de Moncef Ben Ali. Pour se débarrasser du problème, il a fallu inventer une théorie de complot, un choix fait au plus haut niveau au palais de Carthage et de la direction de la Sûreté de l’Etat. Ce choix s’est porté sur douze personnes dont Salah Karker, un leader du parti islamiste, et de ses fondateurs, et trois autres personnes, indépendantes, dont moi-même. D’autres étaient déjà incarcérées.

Grâce à la Révolution tunisienne, les six personnes sont enfin libres de toute poursuite judiciaire et harcèlement policier. Cependant, les ex-détenus, pourtant amnistiés, veulent avec persistance que cette histoire soit remise au grand jour et que la justice ouvre le dossier de nouveau. Le 15 octobre 2011, ils organiseront une conférence de presse pour relater ce qu’ils avaient subi allant de la torture au procès inique qui s’est déroulé en ¾ heure. Leur seul souci, que justice soit faite et surtout comprendre pourquoi ont-ils été arrêtés et traités ainsi.

Ils affirmeront tous qu’ils n’ont jamais pensé à réaliser un coup d’Etat, ni à bombarder quoi que ce soit, mieux encore, les six ex-détenus dans cette affaire ne se connaissaient même pas, hormis M.Jaïbi et M.Jaïdane qui étaient voisins à Menzah 1 (Tunis).

Censure ?
Le 14 janvier 2012, premier anniversaire de la Révolution tunisienne, on a rencontré Kosaï Jaïbi devant le ministère de l’Intérieur où, dix huit ans plus tôt, il dit avoir été sauvagement torturé durant 38 jours dans les locaux de ce bâtiment … Lors de l’entretien, il nous a révélé que les responsables à la radio Mosaïque FM aurait refusé de passer l’interview qu’il avait faite avec eux avant le 23 octobre. Cette censure serait due, selon M. Jaïbi, aux instructions du ministère de l’intérieur. Par ailleurs, bien qu’il ait été sympathisant du parti islamiste Ennahdha, il ne manque pas d’émettre à son encontre de vives critiques. D’après M. Jaïbi, ce parti s’est emparé des ministères régaliens sans laisser une place à l’opposition qui a été fidèle à son combat sous le régime du dictateur.