Le 23 janvier 2012 a eu lieu la deuxième audience du procès de la chaine Nesma TV accusée par des centaines d’avocats d’avoir diffusé le film Persépolis considéré comme blasphématoire. Rappelons que ce film traite de la révolution islamique en Iran. Le ministre de la justice, Nourreddine Bhiri, décide contre toute attente, d’interdire aux journalistes de couvrir le procès.

Cheker Besbes, journaliste à la radio Mosaïque FM, se fait arrêter de suite pour “avoir filmé à l’intérieur de la salle”.
Hier, lundi 13 février 2012, le tribunal de première instance de Tunis, condamne le journaliste Chaker Besbes à payer une amende de 200 dinars.

Interview avec Chaker Besbes

Interview avec Chaker Besbes

Nawaat : Au cours de l’audience du 23 janvier 2012 du procès Nesma TV, vous avez été interpellé par la police et accusé d’avoir filmé illégalement à l’intérieur de la salle. Pouvez-vous nous rappelez les circonstances de cette affaire ?

Cheker Besbes : Lors de la première audience les journalistes avaient la possibilité de filmer, ce qui n’était pas le cas pour la deuxième audience qui a eu lieu le 23 janvier, chose qui nous a surpris. Pourquoi on a été interdit de filmer, y-a-il une raison qui justifie cette décision … En réalité, il n’y a pas de raison pour cette interdiction puisqu’il n’y a pas fuite d’informations de données personnelles. Les accusés eux-mêmes n’étaient pas contre le fait que les journalistes filment, bien au contraire, cette affaire concerne l’opinion publique ainsi que les médias qui en ont parlé depuis un mois déjà.

Néanmoins, passons outre cette ‘interdiction’ et parlons de mon affaire. Certes je suis entré à la salle de tribunal avec ma caméra mais je ne l’ai pas utilisée, en plus il n’y a pas une loi qui interdit le fait qu’on entre avec une caméra. L’utiliser serait illégal, oui, mais dans mon cas, cela n’a pas eu lieu.

L’agent du procureur général m’a interpellé en dehors de la salle d’audience pendant que je faisais mes interviews et il me semble qu’il n’y a aucune interdiction vis-à-vis de cela.
La justice m’a condamné avant même qu’on sache ce que contenait ma caméra. On m’a condamné comme si j’avais filmé à l’intérieur de la salle d’audience et on n’a pas suivi la procédure légale pour savoir si j’ai bien filmé ou pas.

Nawaat : Que s’est-il passé depuis ? Aviez-vous engagé un avocat pour votre défense ?

Chaker Besbes : Dès que j’ai été arrêté, l’avocate Haifa Abdel Aziz a été chargée de l’affaire pour ma défense. Ensuite, plusieurs avocats ont rejoint, bénévolement, ma cause : Abelsalem Besbes, Ossama Hlel, Salima Khedher, Chaouki Tebib (engagé par la radio Mosaïque FM), Charfeddine Kellil (groupe des 25), Abedessatar Ben Moussa (Président de la Ligue Tunisienne des Droits de l’homme). Il y a plus de 25 avocats qui me soutiennent et que je remercie.
Cela démontre que les avocats sont conscients que cette affaire « a été préparée ». On se demande pourquoi on condamnerait un journaliste dans un temps record, chose qui me rend perplexe, comme si j’avais commis un crime. La loi selon laquelle on m’a condamné est censée (décret 115 de la loi de journalisme) protéger les journalistes.
Je remercie quand même les médias (audiovisuels, papiers et toutes les radios) qui ont parlé de mon procès.

Nawaat: Avez-vous été contacté par des ong ou des défenseurs des droits de l’homme, outre la LTDH ?

Chaker Besbes: Il y a eu l’organisation internationale Reporters sans Frontières , qui m’a de suite contacté et que je remercie. Sa présidente en Tunisie, Olivia Gré, m’a contacté et a fait le nécessaire en établissant un rapport concernant mon affaire. Comme vous le savez, RSF, se trouve dans plus de 55 pays de par le monde, d’où l’importance de ce rapport. De nombreuses organisations m’ont aussi contacté, d’une manière bénévole, entre autres, Abdessatar Ben Moussa qui représente la LTDH.

Il y a eu aussi des partis politiques qui m’ont contacté pour me soutenir mais je ne voulais pas qu’on ‘politise’ ma cause. Certes elle concerne surtout l’opinion publique ainsi que les médias.

Nawaat: Avez-vous eu un contacte avec le SNJT ? Les avez-vous contacté ou avez-vous été contacté par eux ?

Chaker Besbes : Les journalistes ainsi que le Syndicat national des journalistes tunisiens m’ont soutenu dès qu’ils ont eu connaissance de mon arrêt. Le SG du SNJT, Mongi Khdharaoui m’a contacté en plus de mes collègues journalistes qui étaient en train de couvrir le procès des martyrs au tribunal militaire.
Je remercie aussi l’association des jeunes journalistes était également là pour me soutenir.

Nawaat: Vous avez été sanctionné d’une amende de 200 dinars, quel pourcentage cela représente-t-il de votre salaire ?

Chaker Besbes: Cette question n’est pas importante quoique la somme de 200 dinars soit considérable proportionnellement à mon salaire. Cependant, on est contre la sentence, c’est pour cela que les avocats et moi-même allons passés en cassation car, en vérité à s’attendait à un non-lieu puisque je suis innocent de ce qu’on m’accuse.

Nawaat: Quel a été la réaction de Mosaïque FM vis-à-vis de cette affaire ? Concrètement, quel soutien aviez-vous eu de la part de la direction de la radio privée Mosaïque FM ?

Chaker Besbes: Tous les journalistes à la radio m’ont soutenu ainsi que le directeur et le rédacteur en chef qui ont réagi depuis le début de cette affaire. Ils essayent tous de m’aider. Concrètement, la radio a engagé l’avocat Chokri Tebib pour assurer ma défense outre les avocats qui m’ont soutenu d’une façon bénévole.