Suite à la mort du jeune Isam MAROUANI le 4 septembre dernier dans la région de Boumhel située dans la banlieue sud de la capitale, le porte-parole du ministère de l’Intérieur M. Khaled Tarrouche a déclaré que la victime a succombé à un jet de pierre. Or, nous possédons un enregistrement vidéo montrant avec évidence sur le corps de la jeune victime de multiples traces de sévices, ce qui est de nature à décrédibiliser la version de M.TArrouche.

De plus, M. Abdelkader MAROUANI, frère de la victime, nous a affirmé que le rapport préliminaire du médecin légiste niait que la cause de la mort fut un jet de pierre étant donné que l’on a relevé plus de 20 traumas sur le corps de la victime. Et le frère de Issam MAROUANI de demander aux autorités publiques compétentes de procéder à une investigation sérieuse afin de déterminer les circonstances exactes de la mort de son frère.

M. Abdelkader MAROUANI nous a assuré également que le jour suivant l’assassinat de son frère, soit le 5 septembre dernier, des agents du poste de la Garde Nationale à Boumhel ont procédé à une campagne d’arrestation des témoins de l’incident. Et selon la famille de la victime ainsi que les témoins, des pressions ont été exercées sur eux par les agents de l’ordre en vue de garder le silence sur les circonstances de la mort de Isam MAROUANI. Aussi, le frère de la victime exhorte-t-il l’État tunisien à assumer pleinement ses responsabilités pour la protection des témoins.

Il est à savoir, à ce sujet, que l’article 103 du Code pénal, amendé par le décret-loi n° 2011/106 du 22 octobre 2011, incrimine toute pression sur des témoins en raison de leurs déclarations.

Article 103 (nouveau) amendé par le décret-loi n° 2011/106 du 22 octobre 2011 :

Est puni de cinq ans d’emprisonnement et de cent vingt dinars d’amende tout fonctionnaire public ou assimilé qui, sans motif légitime, aura porté atteinte à la liberté individuelle d’autrui ou usé ou fait user de mauvais traitements envers un accusé, un témoin ou un expert, du fait de sa déposition ou pour en obtenir aveu ou déclaration.

La peine est réduite à six mois d’emprisonnement s’il y a seulement menace de mauvais traitements.

Mais quelle était donc la motivation des agents du poste à faire pression sur les témoins? Et où est la vérité, s’agissant des causes de la mort de Isam MAROUANI?

À la lecture du rapport d’enquête dressé par la sous-direction des affaires criminelles, une interrogation s’impose d’elle-même : Qui a tué Isam MAROUANI?

Rapport d’enquête n° 1998, rédigé à Tunis et daté du 05/09/2012, sous le libellé : Autorisation d’inhumer, où on lit (en jaune) : homicide volontaire avec préméditation et complicité…. de Isam fils de Mohamed fils de Abidi MAROUANI)

Le 7 septembre dernier, je me suis rendu avec mon ami Ayyoub MESSAOUDI sur les lieux du drame pour une enquête de terrain relativement aux circonstances de la mort de Isam MAROUANI.

Une fois le témoignage de la famille de la victime enregistré, nous nous sommes transportés sur le lieu du crime, soit devant le poste de la Garde Nationale de Boumhel.

Alors que nous commencions à filmer le déroulement des événements, les agents de la Garde nationale ont procédé à l’arrestation de Ayyoub MESSAOUDI.

Aussitôt, j’ai contacté deux avocats, Maîtres Charfeddine KELLIL et Anouar BASSI qui ne tardèrent pas à arriver sur les lieux. Mais juste avant leur arrivée, au cours d’un échange avec Ayyoub, les agents de la Garde nationale ont commencé par nier qu’il y ait eu mort d’homme le 4 septembre avant de se rétracter et en arriver à attribuer la cause de la mort à un jet de pierre.

Finalement, modifiant encore leurs dires, ils ont prétendu que Isam MAROUANI a succombé dans un accident de voiture.

Entre-temps, j’ai reçu un appel téléphonique de quelqu’un qui s’est présenté en qualité d’intermédiaire avec le syndicat de la Sécurité intérieure pour m’informer que la cause de la mort de Isam MAROUANI était bien un accident automobile et que le conducteur de la voiture était à l’arrêt.

En somme, l’embarras des agents du poste de la Garde nationale de Boumhel était évident; mais quelle était donc la motivation de leurs déclarations contradictoires? Et s’il y a bien eu arrestation d’une personne à la suite du meurtre du jeune homme, pourquoi n’en a-t-on pas fait état dans une déclaration officielle venant rectifier la première erronée de M. TARROUCHE?

Tout récemment, j’ai rencontré deux témoins du meurtre du jeune Isam MAROUANI et j’ai filmé leur déposition sur ces circonstances.

Il en ressort que les agents de la Garde Nationale, dans un premier temps, ont frappé la victime avec des bâtons avant de procéder à son arrestation, l’entraînant à l’intérieur du poste.

À la suite de sa mort des suites des coups reçus, ils l’ont placé au milieu de la chaussée dans l’idée qu’une voiture viendrait à rouler sur son corps, masquant ainsi leur forfait en accident.

Or, comme la voie avait été, ce jour-là, obstruée de pierres par la population, aucune voiture n’est passée, ce qui — toujours d’après les témoins — a amené les agents de la Garde nationale à rouler eux-mêmes, avec leur voiture, sur le cadavre.

En conclusion, j’en appelle aux autorités publiques pour prendre toutes les mesures nécessaires en vue de protéger les témoins dans les affaires de torture dont, malheureusement, se rendent encore coupables des agents de l’ordre, au lieu de se laisser aller à diaboliser les défenseurs de la légalité à la manière du régime de Ben Ali.

C’est ainsi qu’on a vu la Présidence de la République rendre public un communiqué en date du 26 septembre 2012 accusant “certaines parties” de porter atteinte à l’image de la Tunisie !

Extrait du communiqué de la Présidence :

… La Présidence de la République regrette fortement que certaines parties, dont des militants responsables, aient délibérément participé, consciemment ou inconsciemment, à la propagation d’une image qui dénigre la Tunisie, la présentant en État gouverné par des tortionnaires et une pratique instituée de la torture…

J’exhorte aussi le ministère de l’Intérieur à procéder à la réforme effective et radicale du système de sécurité au lieu de chercher à embellir l’image d’une institution ayant produit la terreur durant des décennies de l’histoire de la Tunisie.

Traduction faite par Farhat Othman à partir de l’article en arabe publié sur nawaat.