Crédit image : www.foreignpolicy.com

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Crisis Group publie aujourd’hui un rapport intitulé : Tunisie : violences et défi salafiste. Michaël Ayari, analsyte au sein de l’ONG qui œuvre pour la prévention et la résolution des conflits armés explique : « Nous avons commencé à travailler en juin 2012. Nous nous sommes intéressés à la transformation de l’islamisme politique. La question salafiste était sur le devant de la scène avec une utilisation de termes non objectifs. »

Le quatrième rapport sur la Tunisie de l’ONG Crisis Group se penche cette fois sur la question de la violence pour tenter d’apaiser la situation : « Nous espérons que ce rapport clarifiera les choses. Un clivage est toujours dangereux et personne n’en sort gagnant » explique M. Ayayri.

Aujourd’hui, selon lui, le rapport est encore plus d’actualité du fait de l’assassinat de Chokri Belaïd. En effet dés l’annonce de son assassinat des accusations ont été portées contre le mouvement, le projetant à nouveau sur le devant de la scène. Ce mouvement inquiète une grande partie de la population. D’autant plus que ses liens avec le parti au pouvoir Ennahdha ne sont pas clairs.

La Tunisie est aujourd’hui à un point charnière car il y a une crainte de bipolarisation dans le pays : « or cela donne deux camps qui se distinguent et toute confrontation revêt un caractère existentiel pour chaque camp, ce qui est mauvais pour l’alternance politique dans le pays. » explique Michaël Ayari.

Le rapport de Crisis Group explique que le phénomène salafiste dans ses deux composantes : scientifique et jihadiste, grandit depuis quelques années. La révolution de 2011 a libéré ce phénomène : la composante scientifique peut maintenant propager plus librement ses idées et la composante jihadiste soutient et recrute pour la lutte armée à l’étranger.

La population non-islamiste, elle, est de plus en plus inquiète et tient pour responsable le parti Ennahdha.

La synthése du rapport de Crisis Group précise tout de même que la réponse prudente du parti Ennahdha a en partie permis d’éviter le pire en Tunisie, la violence ayant été plus spectaculaire que mortelle jusqu’à présent.

Mais la situation du parti Ennahdha est délicate aujourd’hui : pris entre deux feux le parti doit se décider. Il est à la fois attaqué par les non-islamistes pour son laisser-faire face aux mouvances violentes, tout en étant attaqué par les salafistes dès qu’il se désolidarise d’eux.

Aujourd’hui la situation doit être éclaircie, explique le rapport. Il y a bien une présence accrue de militants salafistes dans les quartiers populaires. Il y a bien affirmation d’un dogmatisme religieux qui est un bras de fer entre deux conceptions de l’islam. Il existe bien des groupuscules armés dans le pays mais pour le moment ces groupes croient au succès de la prédication pacifique sur le sol tunisien. « Mais le désordre qui agite le Maghreb, la circulation d ‘armes, la porosité des frontières avec la Libye et l’Algérie ainsi que le retour éventuel de ces jihadistes au pays risquent d’accentuer le péril. »

Le rapport dresse un bilan clair : une mouvance salafiste jihadiste existe dans le pays et il peut y avoir une spirale qui peut la radicaliser. Pour l’éviter Crisis Group propose plusieurs solutions.

Il faut ainsi apporter des solutions au niveau social. Beaucoup de salafistes sont des jeunes qui s’engagent pour des raisons individuelles. Le fait de sortir du système scolaire par exemple les exclut de la société. Le salafisme leur permet de se réinsérer en passant par l’économie locale et urbaine. Il suffit alors de mettre en place des programmes de réinsertion scolaire et professionnelle pour répondre aux attentes des jeunes de milieu défavorisé, explique Michaël Ayari. Il ajoute qu’il faut désenclaver le travail des associations et mettre en place une politique pour améliorer la vie quotidienne des quartiers défavorisés.

Des réponses doivent aussi être données d’un point de vue idéologique en luttant contre la polarisation dont souffre le pays. Une réponse sécuritaire doit être apportée, pour cela il faut réorganiser le secteur des forces de l’ordre et les rendre plus efficaces. Enfin une réponse politique doit être apportée au vue de la crise que traverse le pays en ce moment.

Le rapport en français :

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