El-Kelma-lik-Al-Janoubia-Tv

Capture d’écran : émission de «  El Kelma lik » de la chaîne Al Janoubia Tv.

Lors de notre zapping hebdomadaire, nous sommes tombés pour la énième fois sur un micro-trottoir. Cette fois-ci, il ne s’agit pas d’une matière complémentaire incrustée dans un débat ou dans un magazine tv. « El Kelma lik » est une émission quotidienne, d’une durée de 20 minutes, intégralement faite de micros-trottoirs et diffusée sur Al Janoubia Tv. Une occasion de se pencher sur cette technique excessivement utilisée par les chaînes tv tunisiennes.

 

Le micro-trottoir consiste à interpeler les passants dans la rue et à leur poser, tous, la même question afin de collecter un grand nombre d’opinions sur un sujet donné. Cette technique très controversée est souvent critiquée pour son nullissime apport informatif et l’absence de critères objectifs pour le choix des intervenants et le tri de leurs témoignages au montage. Si une opinion particulière domine, c’est le choix du journaliste. Il s’agit donc d’un regard subjectif présenté comme une opinion majoritaire.

Les chaînes tv recourent au micro-trottoir pour des raisons qui relèvent plus de l’économie de l’entreprise que du journalisme. Tout d’abord, pour en faire un, pas besoin d’un journaliste qui a des compétences particulières. D’ailleurs, un journaliste n’est pas nécessaire puisqu’il n’y a qu’une seule question. Pas besoin d’un profil qui a un background bien déterminé ou qui a des capacités distinctes en matière de collecte et de traitement de l’information. Et puis, un micro-trottoir ne nécessite pas des ressources humaines importantes. Un poseur de questions, un cameraman et un monteur, c’est tout. Pour les techniciens, des connaissances basiques sont largement suffisantes. Un autre élément s’ajoute à ces facilités de production : Le temps. 30 minutes sont suffisantes pour le travail de terrain. 30 autres minutes le sont pour le montage et l’habillage. Et le tour est joué sans que l’entreprise n’ait à investir grand-chose.

A part les faibles charges de production en ressources humaines et logistiques, le micro-trottoir représente un choix de facilité pour les rédactions qui échouent à concevoir un produit télévisuel de proximité. Pour combler ce déficit, il est de mauvaise coutume que les chaînes tv parachutent un micro-trottoir dans un débat entre des spécialistes. Une manière populiste de retenir l’attention du téléspectateur sans lui assurer un apport informatif quelconque et tout en lui faisant croire que « la parole est à lui ».

Parfois même érigé à tort en « reportage », la technique du micro-trottoir réduit ce genre journalistique, potentiellement riche, à des témoignages en vrac. Il ne fournit ni informations, ni constats factuels. Pas de commentaires appuyés par des données objectives non plus. De quoi être une aubaine pour les chaînes à petit budget, les journalistes incapables d’établir des liens de proximité avec leur audimat mais aussi les propagandistes et autres manipulateurs des foules cherchant à laisser croire que « c’est ce que les gens pensent, c’est que les gens veulent ».

Parenthèse autocritique : Nawaat.org propose à ses visiteurs « Klem Cheraa », une série hebdomadaire de vidéos de micros-trottoirs. Conscients de son faible apport informatif, nous en faisons surtout un usage citoyen dans le but de provoquer des débats permis par notre plateforme interactive et la gestion de nos pages sur les réseaux sociaux.