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Capture d’écran : édition du soir du 30 août du journal télévisé de TNN (Tunisia News Network).

Liberté, démocratie, bonheur, prospérité, corruption… De plus en plus de thèmes font l’objet d’études quantitatives présentées, annuellement, sous forme de palmarès mondial. Inévitablement, les médias en parlent. Un exercice où les tentatives de vulgarisation glissent, parfois, vers la désinformation. Le journal télévisé de TNN (Tunisia News Network) est tombé dans ce piège, lors de son édition du soir du 30 août, à propos d’un rapport sur « l’indice de la liberté humaine ».

D’abord, la présentatrice a tout simplement zappé la source de l’information. Elle a annoncé la position de la Tunisie : 113ème à l’échelle internationale et 6ème dans le monde arabe dans le classement de « l’Indice de la Liberté humaine ». Qui a réalisé cette étude ? Elle s’est contentée de relever que c’est « un rapport international » ; avant de souligner que « les pays arabes occupent les dernières places de ce classement dont l’Algérie et le Yémen, 146ème et 148ème ». Toujours sans citer la source, elle ajoute que « le classement se base sur des critères essentiellement en rapport avec les lois organiques, la sécurité, la liberté de manifester, la liberté du culte, la liberté de presse et d’expression, la liberté individuelle et la liberté économique ». L’identité des institutions qui sont à la base de cette étude a donc été éludée.

S’agit-il d’organisations non-gouvernementales, d’institutions gouvernementales ou d’instituts de recherche ? Les téléspectateurs de TNN n’en sauront rien. Ainsi donc, le traitement elliptique de l’information occulte le « qui a fait quoi ? », composante essentielle de tout contenu journalistique. La crédibilité scientifique éclipsant au passage la grille de lecture idéologique et l’appartenance politique de l’auteur du rapport. Pourtant, ces deux éléments sont déterminants pour vérifier la fiabilité des critères sur lesquels se base le classement, surtout dans le contexte actuel.

En l’occurrence, les éditeurs de « l’Indice sur la Liberté » ne sont autres que le Cato Institute, l’Institut Fraser et la Fondation Friedrich Naumann. Les deux premiers sont des think tank américain et canadien connus pour leur conservatisme et leur acharnement à défendre le libéralisme économique. Quant à la Fondation Naumann, il s’agit d’une institution liée au Parti libéral-démocrate allemand œuvrant pour la promotion de principes libéraux. Ce qui explique, sans doute, les positions avancées de certains pays arabes précédant la Tunisie. Ainsi, la Jordanie est-elle classée 78ème mondiale et 1ère dans le monde arabe. Le Bahreïn, cette monarchie qui a écrasé le mouvement de contestation dissident dans le sang en 2011, est placée est 89ème et 3ème dans le monde arabe. D’autres régimes autoritaristes occupent des positions indues. Par exemple, le Sultanat d’Oman est 122ème, juste avant la Tunisie. Quant au Qatar, cet émirat autocratique, il occupe la 124ème place, juste après la Tunisie.

En matière de valeurs universelles, le recours à la quantification n’exclut aucunement l’instrumentalisation idéologique. Traduire le respect de principes par un index qui se base, parfois, sur des enquêtes de satisfaction, ne réfléchit pas la réalité des populations. Même si les auteurs, dans leurs notes sur la méthodologie, affirment avoir accordé la même importance à la liberté personnelle et à la liberté économique.