L’émission « Zitouna Al-Yawm » s’est intéressée, dans son numéro du samedi 12 septembre, aux marches de protestation contre le projet de loi de la « réconciliation économique ». Le talk-show a réuni trois invités n’ayant rien à voir avec ce mouvement contestataire. Quant à l’animateur, il s’est investi à le décrédibiliser en multipliant les interventions subjectives et partisanes.

L’affiliation nahdhaouie de la chaîne n‘est plus à prouver. Son fondateur Oussama Ben Salem est membre du Conseil de la Choura. Et l’animateur de cette émission, diffusée quotidiennement à partir de 21h, n’est autre que Mohamed Fourati, le rédacteur en chef du journal Al-Fajr, organe officiel d’Ennahdha. Après l’alliance scellée entre le parti islamiste et Nida Tounes, le positionnement stratégique d’Ennahdha a manifestement influencé le positionnement éditorial de la chaîne.

Des invités insignifiants

C’est avec trois invités à la marge de la marche du 12 septembre que le débat a eu lieu. Le plateau a réuni le professeur de civilisation Mohamed Rahmouni, Kamel Gharbi, membre d’un certain « réseau de la justice transitionnelle » ainsi que Ahmed Gofrache, membre du Parti Al-Wihda, une petite formation politique méconnue. Tous les trois ont commencé leurs interventions en mentionnant qu’ils étaient présents lors de cette manifestation. Ainsi se présentent-ils comme des acteurs de la dynamique de protestation. L’imposture est évidente puisqu’aucun des trois hommes ne représente l’une des organisations, des collectifs ou des partis organisateurs de la marche.

L’orientation de l’émission se manifeste dès la première intervention, accordée à M. Rahmouni. Son verdict est sans appel. Il a d’entrée évalué la marche comme « une montagne qui a accouché d’une souris ». M. Gharbi et M. Gofrache ont beau défendre les revendications de la manifestation. L’animateur, en bon et loyal serviteur de son employeur (Ennahdha), a multiplié ses efforts afin de les ramener sur le terrain de la critique de l’opposition. Il a également œuvré à diluer la polémique en insistant sur le fait que « ce n’est pas une question politique ».

La rhétorique de la distanciation

Mohamed Fourati a abusé de la distanciation afin d’exprimer ses positions.

Le côté négatif que les gens ont vu, c’est premièrement, la faiblesse de la mobilisation. Deuxièmement, la division. Il y a aussi des slogans contre Nidaa et Ennahdha, comme si la question n’était pas le projet de loi mais une affaire politique, lance M. Fourati à ses invités.

Il a incessamment invoqués une certaine opinion publique pour introduire ses propres opinions.

La partialité s’exprimera ensuite avec une succession de questions rhétoriques présentées sous forme de problématiques à en débattre. «  Si, à chaque fois que la présidence ou le gouvernement présentent un projet de loi, ses détracteurs investiraient la rue, quel est le rôle de l’assemblée ? », s’interroge M. Fourati. Et il ajoutera quelques minutes plus tard : «  Est-ce que le poids de ceux qui ont choisi la rue leur permet d’obtenir le retrait de ce projet de loi ou même des amendements ? Certains ont posé la question autrement : Si les partis au pouvoir voudraient organiser une manifestation de soutien au projet de loi, ils pourraient mobiliser le double voire plus ». Le coup de grâce viendra vers la fin de l’émission. «  L’opposition doit résoudre ce problème d’une manière radicale », affirme M. Rahmouni. L’animateur rétorque : « Je peux te rassurer. Elle ne le fera pas ».

Jusqu’aux dernières élections législatives, Zitouna Tv a été l’un des médias les plus polarisés du paysage télévisuel tunisien (voir rapports de monitoring de la HAICA de Juillet 2014 et du 4 au 10 octobre 2014). Désormais, Zitouna Tv est sur la même longueur d’onde que les autres médias dominants. Tout comme Assabah, Al Chourouk et La Presse, la chaîne tv islamiste a attaqué la manifestation sur sa « faible capacité de mobilisation ».