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Par Fehd Chabbi,

En Mars 2016, après de nombreux rebondissements, la société Promosport a finalement signé avec la société autrichienne « Austrian Gaming Industries » un contrat portant sur l’acquisition, l’installation et la maintenance d’une solution clé en mains pour la gestion des paris sportifs. Ce contrat, d’un montant de 23,9 millions de dinars, devait permettre aux parieurs de jouer en ligne début Novembre 2016, comme annoncé en Septembre dernier par M. Imed Jabri, secrétaire d’Etat aux sports (on attend toujours).

Mais cette évolution technologique sera-t-elle suffisante pour sauver la société Promosport, menacée de faillite, comme le laissait entendre M. Maher Ben Dhia, ministre de la jeunesse et des sports à l’époque ?

Est-ce que les nombreux parieurs qui ont délaissé la grille hebdomadaire de Promosport pour se tourner vers les sites étrangers de paris en ligne, pourtant illégaux chez nous, pourront être séduits par les nouveautés concoctées par notre entreprise nationale ? Rien n’est moins sûr, et pour cause!

Schizophrénie, ou le pari en terre d’Islam … Depuis son lancement dans les années 80, l’Etat a toujours été mal à l’aise avec sa société de pari sportif. Le but est pourtant de collecter des fonds pour la promotion du sport, objectif louable, mais l’aspect « kmar » a toujours empêché la société Promosport de promouvoir ses activités d’une manière efficace.

Logiquement, en bons musulmans, on ne doit pas parier, mais il y a tellement d’argent à amasser qu’on va s’arranger avec la religion, en y mettant les formes. Et ces formes, ça a été de faire le moins de bruit possible autour d’un jeu qui, au contraire, a besoin d’un maximum de promotion pour se développer et avoir un nombre croissant de parieurs. Tant bien que mal et malgré tout, Promosport a pratiquement toujours attiré une moyenne de 250 à 300 000 parieurs par concours ces dernières années. C’est dire le potentiel de développement possible pour cette entreprise, pour peu qu’on fasse un minimum de promotion.

Irrespect et opacité…

Il y a toujours eu une absence totale de communication de la part de la société Promosport, qui peut pourtant se targuer d’avoir sur sa page facebook plus de 200 000 fans. L’ « admin » de la page se contente simplement de publier les résultats et d’annoncer les concours à venir. Par ailleurs, les commentaires des parieurs, souvent excédés par l’absence de réaction de l’ « admin » à leurs questions et ayant surtout cette sempiternelle impression d’être floués, sont parfois très « hard » dans leurs messages.

Du coup, la page « officielle » de la société étatique, qui pourrait constituer un formidable outil de communication, se retrouve être un « déroulant » rempli d’insultes. Le comble, c’est qu’elle est aussi la meilleure vitrine pour tous les « vendeurs » d’euros qui proposent leurs services afin que les parieurs puissent jouer en ligne sur les sites concurrents.

Plus grave encore, lorsqu’un responsable de la société affirmait en septembre dernier qu’une cagnotte de 2 milliards destinée aux parieurs avait disparu, on pouvait s’attendre à une réaction officielle, ou tout du moins à des explications destinées aux clients/parieurs, mais rien… C’est apparemment dans l’opacité la plus totale et en interne que tout se résout. On croirait que les dirigeants de la société Promosport n’ont toujours pas pris conscience que c’est l’argent des parieurs dont il est question ici et que la moindre des choses serait de savoir ce qu’il devient.

Une taxation indécente et malhonnête…

Encore plus fort : après la caisse noire et le guichet N°5 qui sévissaient du temps de Ben Ali, aujourd’hui les taxes prélevées sur l’argent des parieurs sont a priori « légales » mais restent incroyablement indécentes.

Sur son site, la société Promosport nous explique la répartition des recettes :

Cela veut dire que, pour un concours hebdomadaire type dont la recette serait de 1 million de dinars, 100 000 dinars sont tout d’abord redistribués aux revendeurs. Il reste donc 900 000 dinars, dont 50% va renflouer le Fonds National de promotion du sport et de la jeunesse, 10% va au budget de la société Promosport et 40% sont reversés aux gagnants, c’est-à-dire 360 000 dinars.

Rajoutons à cela que, depuis le 1er Janvier, dans le cadre de la loi des finances, une nouvelle mesure taxe de 25% « les gains engrangés dans les jeux de hasard ».

Bizarrement, cette nouvelle taxe est appliquée par la société Promosport sur les 360 mille dinars destinés aux parieurs. Il ne reste donc concrètement que 270 mille dinars (soit un peu plus du quart du million de dinars misé) à partager entre « les heureux gagnants ». Pour avoir une idée et par comparaison, en France, la Française des jeux redistribue aux gagnants du « Lotofoot » 70% de l’argent parié, soit presque 3 fois plus que chez nous (ce qui correspond à la norme un peu partout dans le monde).

Un management désastreux…

Considérée un temps comme une poule aux œufs d’or, la société Promosport a hélas perdu de sa superbe. Sa gestion approximative, ses scandales réguliers et son absence de communication ont fait fuir de nombreux parieurs. Au dernier concours du samedi 26 novembre 2016, un peu plus de 145 000 bulletins de jeu ont été validés alors qu’ils étaient pratiquement deux fois plus nombreux jusqu’à l’année dernière.

Par ailleurs, le journal hebdomadaire « Ennechria » publié par la société Promosport édité chaque lundi et tiré à environ 50 000 exemplaires, qui est censé être un outil pour les parieurs, est un ramassis d’erreurs. Pire, ce même journal reproduit allègrement une quinzaine de photos par semaine, piochées chez les agences de presse, sans aucun souci des droits d’auteur, et ce depuis des décennies (bel exemple de probité donné par cet organisme étatique que chapeautent une demi douzaine de ministères). Quant au site officiel de la société Promosport, il semble tout simplement surgi de la préhistoire.

Pour finir, avant de proposer de nouveaux produits qui risquent de diluer le «pactole » ridicule actuellement proposé, il faudrait fidéliser les parieurs/clients en leur montrant un minimum de respect et peut-être aussi en publiant annuellement un listing des infrastructures sportives réalisées grâce à leur argent, histoire de montrer que la société Promosport est vraiment au service du sport.