Ce qui caractérise la campagne en cours, c’est la présence des médias qui couvrent les déplacements des gouverneurs qui, eux n’agissent qu’en donnant des ordres de destruction que tout le monde applaudit. Les agents d’exécution ne sont que des policiers et des ouvriers mobilisés pour l’occasion. On utilise les bras pour démonter des parasols et on fait appel, comme cela s’est produit quelque part, à des bulldozers, signe de fermeté et de « volonté pour venir à bout » de l’occupation du littoral de ceux qui en trouvent l’occasion pour extorquer l’argent de ceux qui cherchent à fuir la canicule des derniers jours. Les bras sont également utilisés pour saisir les chaises et autres mobiliers de cafés ou autres occupants du trottoir dans certaines villes…

D’autres institutions entrent en lice, tels que l’APAL qui s’est réveillée pour voir les eaux usées déversées sur le littoral, rendant l’eau impropre à la baignade, comme si le phénomène est nouveau et que le ministère de la santé par exemple n’a pas annoncé le fait que de nombreuses plages sont impropres pour être fréquentées par des baigneurs ! Bref, nous assistons à un semblant de sursaut des autorités régionales et locales, comme si elles se sont réveillées d’un coup pour agir et remettre un peu d’ordre dans la gabegie régnante…

Manquements

Ce qui caractérise la campagne actuelle est son confinement dans les régions côtières et les villes, comme si les problèmes d’environnement sont limités à ces sites, et comme si les « solutions » proposées constituent un modèle à suivre.

Certaines leçons sont à retenir de ces « campagnes », notamment :

  • L’absence d’aucune forme de dialogue avec les contrevenants, et les actions se réduisent à détruire les infrastructures (parasols) et à la saisie du matériel de certains contrevenants ;
  • Les visites de terrain se limitent à certains secteurs et à quelques actions médiatisées, sachant que les occupations des trottoirs par exemple sont légion, et ce n’est pas par des actions pareilles qu’on finit par en venir à bout ;
  • Mis à part ce qui s’est passé à Tunis où le gouverneur semble déterminé à agir –malgré les limites constatées-, les autres campagnes semblent vouloir créer un buzz qui n’en est pas un ;
  • Pourquoi les gouverneurs n’ont-ils pas agi plus tôt s’ils sont vraiment soucieux d’améliorer l’état de l’environnement pitoyable du pays ?
  • Qu’est-ce qui manque aux institutions chargées de veiller à l’application de la loi dans les différents ministères et services d’agir ? Faut-il attendre des actions pareilles pour voir les choses bouger un tant soit peu ?

Ces actions nous rappellent quelque chose de « déjà vu ». ZABA n’a-t-il pas fait des « visites inopinées » et « résolu » tant de problèmes, dont il s’est avéré par la suite qu’il ne s’agissait que de la poudre aux yeux !

Alternatives

Il est clair que par des actions pareilles, on ne viendra jamais au bout des problèmes qu’on cherche à résoudre. Une réelle cassure existe entre les pouvoirs publics et les citoyens, et si la campagne actuelle se limite aux espaces municipaux, cela ne veut point dire que les acteurs auront des chances à gagner les prochaines élections (s’ils comprennent que leurs actions font partie d’une campagne électorale avant l’heure).

Le diagnostic des problèmes de l’environnement est établi depuis plusieurs années, même si de nouveaux problèmes ont surgi ces dernières années. Les institutions chargées de l’amélioration de la qualité de notre environnement ont failli à leurs obligations, et ce ne sont pas les gouverneurs qui vont rétablir la situation. Nombreuses violations des normes en vigueur sont connues de tous (rejets de toutes sortes de déchets et de liquides dans le milieu récepteur ou sur le littoral, occupations illégales d’espaces forestiers ou littoraux…).

La résolution des problèmes de l’environnement passe essentiellement par une prise de conscience des citoyens de la nécessité de le préserver et d’arrêter toutes les formes d’atteintes qui prévalent un peu partout dans le pays. Ceci passe essentiellement par des efforts d’éducation et de formation qui doivent passer nécessairement par l’école, chose qui fait défaut actuellement en Tunisie. Miser sur la « société civile » pour résoudre ces problèmes intriqués sans lui fournir les moyens d’y parvenir est tout simplement une gageure ou simplement un joli mensonge qui n’engage que ceux qui y croient, à la lumière des expériences accumulées le long des dernières décennies.

La balle est tout simplement dans le camp des institutions qui doivent cesser de croire qu’elles sont détentrices de « solutions » ou de « vérités » qui se sont avérées malheureusement incompatibles avec les attentes citoyennes ou aussi les solutions mises en place un peu partout dans le monde et qui se caractérisent par leur caractère simple, peu coûteux, innovant et reproductible. L’appel à la société civile pour combler les défaillances de l’administration est une voie qui a prouvé son échec, surtout si cette dernière est instrumentalisée par les pouvoirs publics.

Les problèmes sont tellement complexes pour être résolus par des campagnes du type de celles qu’on est en train de vivre. Les défaillances institutionnelles ne peuvent pas être comblées par des actions ponctuelles. Que chacun fasse son boulot et assume ses responsabilités !