Alors que Jaou Tunis 2018 vient de refermer ses quatre pavillons, le constat s’impose cette fois-ci sans appel : le ballon aura été bel et bien dégonflé. Pourquoi dès lors s’y intéresser ? Parce qu’avec sa cinquième édition, cette manifestation est devenue symptomatique par certains aspects d’une situation problématique des arts visuels en Tunisie, du discours dont on les drape ainsi que des conditions de leur exposition. Jouant la carte de l’éclectisme d’ambiance, Jaou arbore un franc sourire quand il fait fond sur des questions dans l’air du temps, qu’il ne peut qu’étouffer sous ses antidouleurs – à moins de les dévorer et les recracher à coups de slogans. S’il a remis les clés de ses pavillons à quatre commissaires, on se demande quelle pertinence a ce choix hors des modes du « contemporain » qui tiennent lieu de pensée sinon à résonance nulle, du moins à dépense peu payante. Mais à cette manière de surfer sur la vague s’ajoute un autre facteur de confusion : la conception « méta » de la Chief Curator Lina Lazaar qui ne sait sur quel pied danser pour justifier le choix d’une thématique patrimoniale trempée dans la sauce des quatre éléments. Diluée dans un karaoké conceptuel brassant tellement large qu’il est difficile d’en retenir la moindre écaille, sa vision de l’événement en dit long sur le paradoxe de ce show : s’il sied aux demi-soldes de la culture, il se plante dès qu’il s’essaie aux propositions alternatives. Sans soumettre son concept à une évaluation sérieuse, Jaou ne tardera plus à s’émousser. Et l’intérêt qui va avec.


Jaou Tunis 2018 : Pavillon « Terre », un peu plus que terre à terre

On retrouve dans le quatrième pavillon de Jaou Tunis 2018 les qualités et les défauts de son ambition : d’un coté, la cohérence d’une proposition sans prétention ; de l’autre l’enjeu mollement consensuel d’articuler conservation muséale et visibilité des objets d’art. L’exposition s’est poursuivie à la Zaouïa de Sidi Boukhrisane jusqu’au 27 juillet 2018.



Jaou Tunis 2018 : Pavillon « Air », spectres en demi-teintes

Bien que sérieux, le troisième pavillon de Jaou Tunis 2018 passe à côté de son élément aérien en entendant faire revenir au présent les fantômes du passé. Le pari est difficilement tenable, tant qu’il réajuste mal les enjeux de son corpus d’œuvres. L’exposition se poursuit à Dar El Baccouche à Bab Mnara, jusqu’au 27 juillet 2018.



Jaou Tunis 2018 : Pavillon « Feu », métaphores ininflammables

Avec un corpus de pièces inégalement intéressantes en soi, mais rentrées au forceps dans un propos thématique qui les décontextualise, le deuxième pavillon de Jaou Tunis 2018 rate son coche. Se voulant fidèle à l’élément feu, l’exposition réduit ses œuvres à des métaphores ininflammables. Elle se poursuit dans l’imprimerie Cérès, jusqu’au 27 juillet 2018.



Jaou Tunis 2018 : Pavillon « Eau », un naufrage curatorial

Prétextant de l’élément liquide pour tartiner une molle sociologie des jeunesses méditerranéennes, le premier pavillon de Jaou Tunis 2018 relève d’une démarche noyée. Au lieu de se poursuivre comme prévu, jusqu’au 27 juillet 2018, dans l’espace de l’église de l’Aouina qu’elle a investi, l’exposition a été démontée.