Les intentions sont toujours bonnes. L’apparat est plus ou moins là. Mais au final, en ressort-il grand-chose ? Pas vraiment. Au menu, donc : une nullité qui ne rime à rien ; un gros ratage devant lequel les paupières s’alourdissent rapidement ; et enfin trois déceptions regrettables qui auraient pu se mettre au régime au lieu de s’épancher ou se guinder. Cinq longs-métrages tirés vers le bas, tantôt partiellement, tantôt d’un bout à l’autre. Ce que ces films ont en commun, c’est quelque chose comme un fond de petit commerce : le drame social à la sauce de l’actualité, et le nombrilisme du passé.

« La Sieste du corbeau » de Moez Kamoun

Confirmant avec une nette longueur d’avance son droit au titre de la véritable nullité de l’année, La Sieste du corbeau de Moez Kamoun est bon à mettre à la poubelle, en tout et pour tout : un scénario pitoyable, une dramaturgie aussi incolore que sa mise en scène, un Chouayet sans réelle épaisseur, et un Foued Litaiem à faire pleurer le bon dieu de ridicule. Soit un tas de mièvreries à la sauce dramatico-comique : les déboires d’un mari fraîchement sorti de prison, avalés par sa femme résignée à ouvrir un restau en plein désert, léchés mâchés par un charlatan collectionneur de culottes qui se propose avec sa petite idée derrière la tête d’aider le couple à avoir un bébé, le tout dégluti avant d’être enfin vomi par le public. Il n’y a rien à regretter devant ce film, à part de voir la belle grâce de Souhir Ben Amara s’abîmer pendant une heure trente.

« Whispering Sands » de Nacer Khemir

Avec cette fiction qui revêt la forme d’un objet déplumé, Nacer Khemir s’entête à ne pas changer de pas, même quand le sien est fatigué, pour remplir sa copie. Whispering Sands nous fait remâcher les mêmes ingrédients de ses précédentes œuvres – inventivité de la mise en scène en moins. On reste de marbre devant les états d’âme du personnage de la Canadienne d’origine arabe qui débarque dans le désert pour une raison qu’on ignore. Le film juxtapose les séquences en pilote automatique en faisant mine d’entrer de plain-pied dans une logique de la traversée. Même les récits populaires du guide se débitent à la chaîne et le silence qui les interrompt n’y peut pas grand-chose : l’énigme reste énigme. Il n’y a rien à sauver : c’est copieusement raté.

« La Rumeur de l’eau » de Taïeb Louhichi

La vraie déception revient en premier au dernier film de feu Taïeb Louhichi, molle parabole qui se fait fort d’inventer la version opératique, Sidi Bou Saïd oblige, de la post-révolution tunisienne. Au programme de La Rumeur de l’eau : un metteur en scène qui rentre au bled après 25 ans d’absence, pour remonter l’opéra Didon et Enée de Purcell qu’il a dû abandonner. Quand la caméra se prend d’aller près des corps, avec la bonne volonté de faire respirer quelques odeurs intimes du désir, le spectateur n’a droit qu’à un écrin de joliesse, accouplé à un jeu d’acteurs tellement dénué de relief qu’on dirait que les personnages se confondent souvent avec les vitres sans tain des décors. Le moins que l’on puisse dire, c’est que pour un drame lyrique, la mise en scène glisse dans une savonnade trop démonstrative pour convaincre.

« Fatwa » de Mahmoud Ben Mahmoud

Là où des has been l’ont fantasmé en « chef-d’œuvre », Fatwa de Mahmoud Ben Mahmoud nous a encore déçus. Ce n’est pas qu’on attendait beaucoup de ce drame familial. Mais quand même, on s’est dit que son prétexte à crever l’abcès social pouvait au moins sauver les meubles. Le sérieux du cinéaste aux qualités que l’on connaît n’y suffit pas. La faute à une dramaturgie aux imprévus téléphonés, où un père dans sa peau de musulman light slalome entre des salafistes et son ex-femme à la chevelure progressiste, pour enquêter sur les circonstances de la mort de son fils. Hormis un finish réussi, la déception vient de ce que la mise en scène ne va pas plus loin que ce que lui tendent des dialogues prêt-à-porter, comme si le film s’acharnait à ne confier ses rouages qu’à cette mécanique mal huilée.

« Le Pardon » de Najoua Slama

On a beau être interpellé par l’idée qu’il soulève, le dernier film de feu Najoua Slama, lui aussi, passe à côté de nos attentes. Sur fond de corruption, Le Pardon met en scène un examen de conscience : un coup du sort fait se retrouver un juge, rongé par la culpabilité, et l’une de ses anciennes victimes, un archéologue injustement incarcéré pendant dix ans. Là où un faux diagnostic plonge le premier dans une crise morale et le pousse à se racheter, l’archéologue, cancéreux en phase terminale, choisit la désinvolture pour le restant de ses jours. Si le film mise plutôt sur le soin de l’apparat, il en fait à la fois trop et pas assez sur les questions de fond. Avait-il besoin de ce carton-pâte qui dope l’attention, ou de ses longueurs qui gênent aux entournures, alors que tout tendait les bras à un drame psychologique qui aurait pu être son véritable levier ?