On ne garantit point que le politique en question soit aussi dorloté le lendemain, car les idées des Tunisiens sont changeantes, et la vérité d’aujourd’hui n’est pas celle de demain. Hier, Dr Kamoun, le grand sauveteur de l’Humanité toute entière nous présenta le vaccin miracle contre le coronavirus. Bien avant fut le faux pilote usurpateur de Japan Airlines salué par ses compatriotes pour avoir annoncé son refus de piloter des avions en direction des Emirats au soutien de la femme tunisienne. Aussi, sommes-nous flattés que nous soyons parvenus à dissuader les États-Unis de s’accaparer notre cargaison de matériel médical depuis la Chine, vers la Tunisie. Pourquoi persistons-nous à croire en ceux qui nous mentent ? Pourquoi persistons-nous à vouloir créer des faux héros ? Pourquoi tant de Donquichottisme politique ?

Nous vivons une époque ou le mensonge est devenu, plus que coutume, la norme en politique. Maintenant qu’on enregistre zéro cas en Tunisie, il faut rendre à César ce qui est à César. Abdellatif Mekki est un opportuniste qui s’approprie indûment de fausses réalisations, bien que les médecins et les citoyens soient les vrais acteurs des progrès retranscrits, en organisant volontairement des collectes de dons un peu partout. C’est grâce à leurs efforts et à leur sens de la responsabilité qu’ils sont arrivés à équiper partiellement les hôpitaux régionaux, les difficultés aussi grandes fussent-elles. D’ailleurs, les citoyens ont le droit de savoir où ont été investis tous ces fonds qu’ils ont versés en guise d’aide à l’Etat. Outre l’absence de chiffres et de comptes rendus qui illustreraient les efforts de nos concitoyens, citons la scandaleuse inauguration de l’unité Covid-19 à Sahloul par le ministre de  la Santé et le bain de foule qu’il s’est offert pour faire un show putréfiant et dangereux, bien qu’un comité Covid tombé aux oubliettes, ait été mis en place depuis le 31 Janvier, soit avant la nomination de notre super héros M. Abdellatif Mekki, trop occupé à meubler les plateaux télé pour décrédibiliser les voix alarmistes.

Entre les hôpitaux régionaux qui se sont retrouvés abandonnés par le ministère de la Santé pour gérer la crise sanitaire à l’échelle régionale et le manque de moyens logistiques et de ressources humaines, on ne peut que remettre en cause le degré d’investissement qui lui est attribué. Une fois de plus, parce que notre corps médical représente la première ligne de défense dans cette crise sanitaire, comme Mekki ne cesse de le rappeler, il n’a pas hésité à taxer le salaire des jeunes médecins qui se sont engagés avec abnégation dans les premières lignes face au coronavirus au profit des hommes d’affaires frauduleux et des télés poubelles. Hélas, nous aimons les flatteries et redoutons l’action. Par ailleurs, les Tunisiens sont toujours dans l’attente des tests rapides promus épidémiquement dans tous les médias et qui n’ont pas encore vu le jour.

Sans doute, était-il trop affairé par l’étrange limogeage du Dr Chokri Ben Hammouda, revêtu d’une mutation de promotion professionnelle en pleine crise, parce qu’il n’y a pas de place pour tout le monde et certaines idées dérangent dans un pays là où le favoritisme ne se fait pas rare. Cerise sur le gâteau, notre général nous présenta avec engouement une simple manipulation de laboratoire devenue classique de nos jours (le séquençage génétique du SARS-CoV-2) comme un exploit scientifique profitant ainsi de la naïveté de nos journalistes et l’innocence de nos citoyens qui espéraient apercevoir une lueur d’espoir.

Monsieur le ministre, les vrais soldats de cette crise sont les équipes soignantes : médecins, infirmiers, aides-soignants, ambulanciers… Tous ceux qui se sont engagés sans barguigner à sauver des vies, malgré le manque de moyens et les risques encourus aux dépens de leur santé, ainsi que celle de leurs familles. Cette crise sanitaire qui a saccagé les hôpitaux, a livré le corps soignant à un combat fulgurant, mais le peuple ne s’en souviendra pas.

Hélas, l’Homme a la mémoire courte et refait toujours les mêmes erreurs. Les incompétents seront toujours reconduits et on ne nommera jamais les gens qu’il faut à leurs postes. Parce que les lâches ont peur de la compétence, parce que les hommes qu’il faut savent qui est responsable de quoi. Demain sera un jour meilleur, ou pas.