« En cas de crise, l’Etat doit soutenir les entreprises avec l’argent du contribuable pour préserver les emplois ». Une phrase entendue à chaque fois que l’Etat tunisien intervient au secours des capitaux, depuis l’époque de Ben Ali jusqu’à ce jour. L’Etat tunisien n’a jamais hésité à intervenir pour assurer la pérennité des capitaux en dépit de l’endettement et de l’inégalité sociale.

Il y a quelques années, l’Etat est intervenu pour soutenir les hôtels face à la crise du tourisme en mettant des millions de dinars sur la table. Il y a quelques jours, de nouveaux fonds d’aides à l’entreprise ont été évoqués pour faire face à la crise covid19. Désormais, il est même question de soutenir une chaîne audiovisuelle privée. Tous ces processus témoignent de la régularité d’une politique étatique au service du secteur privé. Cette pratique est par ailleurs présentée sous formes de fonds pour le développement et la sauvegarde de l’emploi, sous des dénominations diverses, du style Fonapram, Foprodi…

Toutes ces aides financières interviennent d’une façon unilatérale pour protéger économiquement le capital et son propriétaire au détriment des dépenses publiques. Certes, d’une manière directe l’Etat intervient pour protéger l’un des piliers de l’économie et de l’emploi. Mais ce faisant, il renforce indirectement les inégalités sociales. En effet, l’usage indirect des ressources du contribuable notamment celles des classes ouvrières et moyennes, renforce la capacité des propriétaires des capitaux à limiter les pertes ou à renforcer la croissance de leurs capitaux, et donc à s’enrichir encore plus.

Alors que faut-il faire pour assurer la croissance économique et la protection des emplois ? Faut-il les laisser couler ? Faut-il les nationaliser ? Sinon on fait comment ?

Faut-il les laisser couler ?

Les laisser couler ou en d’autres termes les laisser se débrouiller, après tout on est dans un système capitaliste et le marché est supposé s’autoréguler par la main invisible sans l’intervention de l’Etat. Cette solution est tout simplement stupide car on assistera à la monopolisation des secteurs par des méga entreprises / multinationales, ce qui peut être nuisible à l’économie tunisienne comme à l’indépendance du pays. Et on assistera probablement à l’effondrement total ou partiel du secteur privé, causant la perte de milliers d’emplois et donc plus de pauvreté.

Faut-il les nationaliser ?

Une intervention radicale de l’Etat, reviendrait à planifier le secteur privé voire à le nationaliser partiellement. Dans le cas extrême, l’Etat va monopoliser l’économie et on va se retrouver dans le schéma d’un Etat « communiste » bourré de corruption et de bureaucratie, avec probablement une fuite des capitaux et une paralysie économique.

Sinon comment faire ?

Pour répondre le plus simplement, chercher la voie d’une économie libre et égalitaire en d’autres termes préserver la liberté économique tout en renforçant l’égalité sociale. Présentée en ces termes, la solution semble avoir des allures utopiques. Cette solution existe pourtant déjà sous le nom d’économie coopérative, c’est une économie basée sur ce qu’on appelle « Les sociétés coopératives».

Le concept des sociétés coopératives est apparu la première fois en France en février 1848 sous le gouvernement provisoire d’après la révolution de 48. Ce concept consiste à ce que le salarié dispose d’une part du capital de l’entreprise dans laquelle il travaille. Ce concept existe à ce jour en France et dans d’autres pays sous une forme juridique appelée SCOP ou SCIC. Dans le cas des SCOP le capital est détenu totalement par les salariés. Dans les cas des SCIC les salariés font parties des capitaux. Ce concept permet de proposer une aide aux capitaux tout en renfonçant l’égalité sociale. Car si au lieu d’accorder des aides sous dotation d’une façon unilatérale, l’état proposerait une aide sous forme d’augmentation du capital partagé par les salariés, transformant ainsi les entreprises en coopératives. Les moyens de production et d’échange ne sont plus la propriété d’entrepreneurs et d’actionnaires mais de coopérateurs égaux dont les travailleurs font obligatoirement partie voire en ont le monopole.

En d’autres termes l’Etat intervient financièrement pour renforcer le capital sous forme d’augmentation du capital et cette part augmentée sera partagée par les salariés. Ainsi on sauvera l’économie et l’emploi tout en réduisant voire en supprimant l’inégalité sociale. Dans ce schéma, le capital devient la propriété totale ou partielle des salariés qui ne seront plus des ouvriers exploités. Ce seront désormais aussi des actionnaires qui pourront à ce titre réalisé des bénéfices grâce aux capitaux alloués par l’État.