Tout le monde s’accorde sur le fait que le gaspillage de l’argent public et la corruption généralisée durant l’ère Ben Ali, sont les raisons principales du déclenchement de la révolte du peuple Tunisien. On ne s’attendait donc pas à voir persister les pratiques de dissimulation au sein des institutions de l’Etat sur les affaires de corruption, une fois la révolution passait pas là, l’élection de l’ANC faite et l’ex-prisonnier politique Hamafi Jebali placé à la tête du gouvernement.

Gouvernorat de Jendouba : un projet d’aménagement de 36.1km de routes rurales qui pose problème

Pourtant la corruption a l’air de continuer. Nous avons constaté, à notre plus grande surprise, que ces affaires persistent toujours aujourd’hui. Pire encore, le ministère de l’équipement continue à traiter avec une société à qui il a fait profiter dernièrement de 4 milliards. Ainsi Ridha SAADA, doctorat d’état en ingénierie civile et professeur universitaire à l’école supérieure des sciences et des technologies de Tunis, nous rapporte un ensemble de preuves documentant des affaires de malversations et détournements de fonds. Une affaire qui impliquerait des cadres du ministère de l’équipement, de l’habitat et de l’aménagement du territoire et de la Société des voiries, des réseaux divers et des signalisations (SVRDS).

Le projet d’aménagement des voies rurales 1321, 1322 et 1234 du gouvernorat de Jandouba a été assigné en 2009 à la Société générale des équipements et des travaux SOMATRA GET. Le capital de la société était estimé à 20 milles dinars au moment du contrat. Elle ne possédait pas le matériel adéquat. Par ailleurs la SOMATRA n’a pas informé par écrit le ministère de l’équipement, comme l’exige la quatrième clause du contrat avec ce même ministère et la sixième clause du contrat avec SVRDS. La société SVRDS ne peut donc pas, par loi, exercer l’activité sans l’approbation par écrit de l’administration en question. Plus grave, la supervision et le suivi technique des travaux ont étés assignés au patron de la société SVRDS, Mr Jalel Dridi. Par conséquent il est devenu le superviseur et l’exécuteur des travaux en même temps, et ceci avec la complicité du directeur régional de l’équipement et de l’habitat du gouvernorat de Jendouba, Kamel Oueslati. La clause N 11 du cahier des charges relatif à la profession d’ingénieur consultant est pourtant claire : elle ne permet pas à Mr Jalel Dridi de superviser les travaux de sa propre société.

L’équipe de supervision et de contrôle a été démise de ses fonctions en complicité avec le représentant de SOMATRA, Néji Elbenzarti et ceci après le constat du pillage de l’argent public. Cette découverte a eu lieu après le premier décompte. En effet l’équipe avait remarquée que la clause 202 n’avait pas été exécutée du fait de l’absence de déblais rocheux sur toute la voie. Cette clause avant pourtant été facturée 909 410 480 Dinars.

Menaces et dissimulation du ministère de l’équipement

Le 4 janvier 2012 Ridha Saadaa a invité l’homme d’affaires Jalel Dridi au programme télévisé “Al Haqiqa” (La vérité) sur la chaine TV Hannibal, en croyant que l’ère de la corruption était de l’histoire ancienne. Durant le tournage à Jendouba, avant la diffusion du programme, Ridha Saadaa a mis le patron de la société impliquée, Jalel Dridi face aux détails du dossier. Ridha Saadaa a également dévoilé les menaces qu’il avait subi de la part du conseiller personnel de Leila Ben Ali, Mr Abderrazak Said.

Deux jours avant la diffusion du programme Ridha Saadaa a reçu un coup de téléphone anonyme lui intimant de ne plus citer le nom du conseiller de Leila Ben Ali : Mr Abderrazak Said. Le lendemain il recevait même une convocation urgente lui sommant de se rendre au siège de la brigade judiciaire de Fouchana, pour une enquête a propos d’une parcelle de terrain qu’il avait acheté et enregistré en 2006, et à propos de la quelle il avait demandé une régularisation en 2010. Ridha Saadaa s’est rendu à la brigade judiciaire, en faisant notifier au préposé que le statut urgent de la convocation n’était pas proportionnel à la nature du dossier dont il avait demandé la régularisation deux ans plus tôt.

Finalement la chaine de télévision Hannibal n’a pas diffusé l’affrontement avec Jalel Dridi, filmé à Jendouba, au cours de l’émission. Après le programme d’Hannibal Tv, Jalel Dridi a rencontré le ministre de l’équipement et de l’habitat actuel, qui a tenté de le dissuader de dévoiler médiatiquement des dossiers de corruption pouvant nuire à l’image du pays. Ridha Saadaa, quant à lui, nous a informé que le ministre a tenté de fournir des prétextes quand à l’assignation d’un contrat de 4 milliards à la société SVRDS, société impliquée dans la corruption.